[Critique] LES BÊTES DU SUD SAUVAGE

CRITIQUES | 12 décembre 2012 | 1 commentaire

Titre original : Beasts of the Southern Wild

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Benh Zeitlin
Distribution : Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly, Lowell Landes, Pamela Harper, Gina Montanna, Amber Henry, Jonshel Alexander, Nicholas Clark…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 12 décembre 2012

Le Pitch :
La petite Hushpuppy, 6 ans, vit avec son père au sein d’une communauté isolée dans le bayou, en Louisiane. Quand un orage éclate, la région est rapidement submergée par les eaux, qui engloutissent toutes les habitations, laissant Hushpuppy et son père dériver à bord de leur bateau improvisé. Toujours pleine d’espoir quant au retour de sa mère disparue, la fillette doit faire face à un nouveau coup du sort quand son père tombe malade…

La Critique :
Premier long-métrage de Benh Zeitlin, adapté d’une pièce (intitulée Juicy and Delicious), de Lucy Alibar (par ailleurs co-scénariste du film), Les Bêtes du sud sauvage a tapé dans l’œil de Barack Obama. Ça nous fait une belle jambe non ? Il a apparemment conseillé le film à tout son entourage. Tout comme Oprah Winfrey d’ailleurs. En festival, il a raflé un grand nombre de récompenses, comme la Caméra d’Or à Cannes, ou encore le Grand Prix du Jury à Sundance.
Mais tout ceci est subjectif, car nombreuses sont les purges qui, d’une manière ou d’une autre, ont raflé des récompenses tout en plaisant à des personnalités influentes. Pour nous autres spectateurs, il faut juger sur pièces. Appréhender la bête.

Ceci dit, Les Bêtes du sud sauvage est, pour le coup, une sorte de claque. Une « sorte », car le film s’avère également assez déconcertant. Il force le respect mais interroge. D’une bien belle façon d’ailleurs, sans céder aux didacts du mélo. Et si on devait juger les goûts en matière de cinéma de Barack sur son seul attachement au film de Benh Zeitlin, on pourrait avancer que le Président of the United States of America a bon goût. Oprah aussi donc. Leur coup de cœur est entièrement justifié et si leurs encouragements à voir le film peuvent faire gagner à cette œuvre plus de spectateurs, ce sera d’autant plus mérité. Car il faut voir Les Bêtes du sud sauvage. Pour se faire son idée c’est évident, mais aussi et surtout pour ne pas passer à côté de l’un des longs-métrages les plus positivement atypiques et poétiques de l’année.
Porté par des acteurs amateurs, avec, en tête de gondole, la petite et prodigieuse Quvenzhané Wallis, Les Bêtes du sud sauvage est une partition mélancolique qui propose au spectateur de suivre les errances d’une gamine pas comme les autres. Élevée dans la nature, d’une façon bien particulière, par son père, un homme dur mais juste et aimant, Hushpuppy (quel nom formidable) ne connait que le bathub, une espèce de communauté ayant élu domicile dans le bayou de Louisiane, de l’autre côté d’une digue, qui sépare leur monde du notre. L’idée est puissante et permet au réalisateur et à sa co-scénariste de brosser une ode à la vie pénétrante et touchante, ainsi qu’une critique virulente sur les us et coutumes d’une société dévorante et conformiste.
Le mode de vie qu’ils défendent se doit d’être en connexion directe avec la nature, détaché du capitalisme et de tout ce que cela implique, basé sur la fête, l’amour et le partage. Une existence difficile néanmoins, qui encourage la prise de risque et qui privilégie en toute logique les plus forts. Hushpuppy, à 6 ans, vit dans sa propre maison, tout près de celle de son père. Elle entretient un souvenir vivace de sa mère, partie il y a longtemps, qu’elle espère toujours voir revenir. Ses préoccupations ne sont pas celles d’une fillette de 6 ans ordinaire.
La communauté se présente à nous, alors qu’une inondation imminente menace de réduire à néant le mode de vie de ces marginaux bariolés.
Quand la pluie commence à tomber, le réalisateur opère un virage proche de ceux que l’on peut observer dans les films catastrophes. Ce n’est pas la fin du monde, non. Pas du monde dans son intégralité en tout cas, mais bel et bien de celui de Hushpuppy. L’eau salée s’accumule, à cause de la digue et autour de ces naufragés, la vie s’éteint petit à petit. Accrochés à leurs idéaux, les survivants s’organisent et le film de ressembler alors à un trip apocalyptique, vu au travers des yeux d’une gamine de 6 ans, qui apprend à composer avec des circonstances exceptionnelles.

En choisissant de mélanger une certaine fantasmagorie avec un réalisme brut, Benh Zeitlin touche au vif. Il oppose les ressentis de sa jeune héroïne, avec l’âpreté d’un monde qui rejète les différences. Zeitlin filme ces paysages dévastés comme il filmerait un no man’s land délabré. Il symbolise les peurs de Hushpuppy par de gigantesques aurochs et dessine la psyché de l’enfance, dans ce qu’elle a de plus innocent. Il n’épargne ni ses personnages, ni les spectateurs, mais n’en fait jamais trop dans le misérabilisme et le pathos. La tonalité de ces Bêtes du sud sauvage s’apparente à une mélopée douce amère qui, tout à tour, amuse, surprend et déchire le cœur.
La forme de cette œuvre fascinante ne touchera pas tout le monde c’est certain. Tout comme le rythme lent du film pourra rebuter. Le manque d’expérience d’un type qui filme son premier long-métrage donne à l’œuvre toute sa force, même si ce dernier accuse aussi certains ratés imputables à une impulsivité parfois mal canalisée. Un menu défaut tout à fait excusable au vue de la qualité de l’ensemble.

Certes, il y a plus passionnant que Les Bêtes du sud sauvage, plus rythmé aussi. Le métrage est parfois bancal et même si le message apparaît au fil des scènes avec un peu plus de clarté, on peut difficilement trouver le tout d’une fluidité exceptionnelle. Zeitlin privilégie les émotions et tel un passionné à fleur de peau, parfois, il se perd en chemin. Encore une fois, rien d’inexcusable. Il faut considérer le film comme un morceau de blues composé essentiellement avec le cœur et non pas avec le cerveau. Et ce que l’on retient au final, c’est son côté fascinant et désarmant du notamment à une poignée de scènes percutantes, à l’instar de ces derniers moments partagés entre un père et sa gamine.

Pour lire la critique très inspirée de l’ami Bruno Matéï, c’est par ici ! 

@ Gilles Rolland

Crédits Photos : ARP Selection


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paulus christiane
paulus christiane
8 années il y a

il a l air beau ce film gilles