[Critique] THE PREDATOR

CRITIQUES | 17 octobre 2018 | Aucun commentaire
The-Predator-poster

Titre original : The Predator

Rating: ★★½☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Shane Black
Distribution : Boyd Hollbrook, Olivia Munn, Jacob Tremblay, Trevante Rhodes, Sterling K. Brown, Keegan-Michael Key, Yvonne Strahovski, Alfie Allen, Thomas Jane, Jake Busey, Mike Dopud…
Genre : Action/Science-Fiction/Suite
Date de sortie : 17 octobre 2018

Le Pitch :
Un Predator s’écrase sur Terre et est rapidement pris en chasse par un des siens, une créature sur-puissante, génétiquement modifiée. Au milieu, un groupe de soldat tente de protéger un petit garçon pris pour cible par les monstres extraterrestres…

La Critique de The Predator :

Dans le premier Predator, celui de John Mc Tiernan avec Arnold Schwarzenegger et Carl Weather, Shane Black jouait un des soldats confrontés au chasseur extraterrestre. Depuis, Black a fait du chemin et a écrit quelques-uns des scénarios les plus jubilatoires de l’histoire du cinéma américain (Le Dernier Samaritain, L’Arme Fatale 2, Last Action Hero…), avant de se lancer dans la mise en scène et de réaliser des hits comme Kiss Kiss Bang Bang ou The Nice Guys. En chemin, on ne sait pas trop pourquoi maintenant qu’on a pris un peu de recul sur toute cette histoire, mais Black est devenu l’homme providentiel. Le seul apparemment capable de redonner ses lettres de noblesse au Predator. Et il est vrai que l’idée de voir Black s’attaquer au mythe, avec sa légendaire gouaille et son talent de réalisateur rentre-dedans, avait de quoi faire monter la pression. Cela dit, on le sait, The Predator a connu une gestation douloureuse et c’est un film bien boiteux qui nous arrive. Malheureusement…

The-Predator-Olivia-Munn

 

« Il faut être cool. Jusqu’au moment où il ne faut plus l’être. »

Dès le début, alors que retentit la musique si reconnaissable qu’Alan Silvestri avait composé pour le Predator originel, le ton est donné : Shane Black veut à tout prix raccrocher les wagons avec le film de McTiernan. Sans omettre le deuxième volet de Stephen Hopkins avec Danny Glover, mais en oubliant carrément tous les autres sortis entre temps. Dans le monde de ce nouveau volet, le Predator est déjà venu deux fois. En 1987 et en 1997. Pas de combat contre les Aliens et rien n’indique que Black ait voulu inclure dans sa mythologie le Predators, de Nimród Antal. On entend donc le thème musical mais l’ambiance n’est pas la même et finalement, cette omniprésence de la musique du premier épisode ne fera tout du long que de nous rappeler que oui, c’était mieux avant…
En s’accrochant au passé comme il le fait, Shane Black s’empêche d’emblée d’obtenir une réelle indépendance. Sa manie de sans cesse singer son modèle n’arrange bien sûr rien à l’affaire.

Gueule de porte-bonheur

The Predator fait plusieurs appels du pied à Predator. Quand Olivia Munn lance un « Toi t’as vraiment une gueule de porte-bonheur », à la face de la créature, détournant ainsi la fameuse punchline de Schwarzie à la fin du premier ou encore quand Black semble copier des plans chez McTiernan, jamais cette nouvelle tentative n’arrive à s’extraire de l’ombre de son prédécesseur. Même constat quand on regarde du côté des personnages. Certes l’action ne se déroule plus entièrement dans la jungle et tout un tas de protagonistes viennent faire leurs petites affaires dans les pattes du monstre mais quand même. Nous avons également ici un commando de types burnés. Le seul rempart contre le Predator, c’est cette escouade de mecs un peu tarés et sur-entrainés. Comme en 1987. Et comme chez McTiernan, nous avons ici Le super soldat (ici Boyd Holbrook, avant Schwarzenegger) mais ce n’est pas tout. On retrouve également une bromance un peu improbable (hier Bill Duke et Jesse Ventura, aujourd’hui Thomas Jane et Keegan-Michael Key), le soldat un peu mystique (hier Sonny Landham, aujourd’hui Augusto Aguilera) et le type qui en sait plus qu’il ne veut bien l’avouer et qui est en plus un traître (Carl Weather jadis, Sterling K. Brown désormais). Shane Black s’est même payé le luxe de remixer le personnage qu’il jouait lui-même dans le premier, à savoir celui du type qui raconte plein de vannes. Ici, c’est Keegan-Michael Key qui le joue. Sans oublier le gamin surdoué (Jacob Tremblay), les chiens extraterrestres, la scientifique badass (Oliva Munn) et le Predator dopé aux hormones de croissance (avec un mec atteint du syndrome de la Tourette en bonus). Si il convient de dire que Shane Black singe le Predator de McTiernan, c’est parce qu’il pousse en permanence tous les compteurs dans le rouge, sans faire preuve d’une quelconque mesure. Alors oui, parfois c’est amusant, mais sous le vernis du plaisir évident pris pendant le tournage vient s’ajouter l’amertume encouragée par une production calamiteuse, émaillée de plusieurs problèmes au final visibles. Le montage par exemple, est parfois hyper brouillon tandis que l’histoire se montre plus souvent débile et sans intérêt que méritante et passionnante. Même les punchlines s’avèrent poussives. Au début, on se dit qu’il est normal que Black ne mette pas dans le mille à chaque vanne, mais au bout d’un moment, le mec en met tellement à côté que ça en devient suspect. Avec son gros joujou à plus de 100 millions de dollars, Black fait un peu n’importe quoi. On reconnaît sa patte mais tout ici est surligné. Black charge la mule comme un gros bourrin, est vulgaire mais très rarement drôle, tandis que son script fait peu à peu preuve d’une crétinerie qui n’a rien de jouissif bien au contraire.

Predator vs The System

Car à la fin, The Predator se met à ressembler non pas au premier film, le modèle absolu, mais à Alien vs Predator ou pire, à une production Asylum. La dernière scène en particulier, avec ses effets tout pourris et son dénouement aux fraises, enterre la crédibilité de la démarche pour ce long-métrage qui a clairement le cul entre deux chaises. Apôtre du cool à l’américaine jusqu’à aujourd’hui, Shane Black est, avec The Predator, ce mec un peu lourd et à la longue carrément énervant, qui en fait des caisses. Son film est à son image : c’est le genre à sans cesse nous rappeler qu’il est super cool, tandis que le premier se contentait de l’être. Sans forcer et tout en étant aussi terriblement immersif, angoissant, brutal et même poétique. Ici, on dissèque le Predator, on essaye de nous faire avaler des couleuvres, l’effet de surprise est aux abonnés absents, l’histoire s’épaissit mais jamais pour le meilleur, les personnages font tous leur petit numéro dans leur coin et même si le film offre quelques bons moments, que la mise en scène est efficace et que le gore est au rendez-vous, on est à des millions de kilomètres de la force de l’œuvre originelle. Un film qui n’appelait probablement pas de suite. Une chasse à l’homme avec un monstre dont on ne savait rien et qui savait entretenir le mystère. Ici, en 2018, le Predator nous en dit trop. C’est limite si on ne le voit pas aux chiottes. Ah ben, tient en voilà une bonne idée pour la suite…

En Bref…
Personne ou presque ne se souvient de Predator 2 avec Danny Glover. Pourquoi ? Parce que même si il n’était pas parfait, lui au moins, ne faisait pas n’importe quoi avec le personnage. Car finalement, c’est un peu ce que Shane Black a fait, sous couvert d’une légitimité discutable. Certes son film est bourrin, on s’amuse parfois, on ricane et les acteurs font le job, mais tout ceci reste bien trop laborieux et brouillon pour convaincre. Comme si Black avait voulu mettre tout le cinéma d’action des années 90 dans un seul long-métrage. Le mec nous fait même le coup du chien qui ne meurt jamais ! Alors bien sûr la production chaotique n’aide pas. Pour autant, si The Predator se démarque en effet des blockbusters actuels, il faut le reconnaître, par son ton et sa violence, il se plante tellement de fois qu’il est très difficile de voir en lui la bombe que tous les fans attendait…

@ Gilles Rolland

The-Predator  Crédits photos : 20th Century Fox France


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