[Critique] BIENVENUE PARMI NOUS

CRITIQUES | 28 juin 2012 | Aucun commentaire

Rating: ★★☆☆☆
Origine: France
Réalisateur: Jean Becker
Distribution: Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Sylvette « Miou-Miou » Herry, Jacques Weber, Xavier Gallais…
Genre: Comédie dramatique
Date de sortie: 13 juin 2012

Le Pitch:
Taillandier, vieux peintre renommé, est un homme au bout du rouleau. En pleine déprime, il décide de tout laisser tomber et de partir sans dire un mot à sa famille. Pendant ses errances, il fait la rencontre de Marylou, jeune adolescente paumée qui vient d’être mise à la porte par sa mère en plein drame familial. Malgré leurs difficultés initiales à s’entendre, ces deux êtres parcourront néanmoins un chemin ensemble, visitant la mer, la campagne, les restos, les hôtels et les maisons de location dans un périple introspectif, qui les verra surmonter des obstacles, réconcilier leurs différences et retrouver un sens nouveau à leur existence…

La Critique :
Cinéaste populaire au sens noble du terme, Jean Becker figure parmi les réalisateurs bien aimés du cinéma français. C’est le fils du réalisateur Jacques Becker (Casque d’or, Montparnasse 19, Le Trou) qu’il a d’ailleurs aidé sur la production de Touchez Pas au Grisbi. Ses histoires touchent chaleureusement sur l’émotion et l’humanité. Il est le maître de plusieurs longs-métrages et d’adaptations qui ont séduit le public français, notamment Elisa, l’Eté Meurtrier, Les Enfants du Marais, Effroyables Jardins, et Deux Jours à Tuer. Ses exploits ont été nominés et récompensés au Festival de Cannes, aux Césars, et son travail a triomphé au box-office pendant de nombreuses années. Évidemment, c’est un réalisateur à suivre.

Quel dommage, alors, qu’un cinéaste aussi talentueux et sincère signe du travail aussi apathique et égaré. Qu’il soit une adaptation fidèle du roman d’Eric Holder ou pas, il faut le dire : Bienvenue Parmi Nous est un film qui patauge dans la médiocrité et n’offre rien de remarquable, se contentant d’un scénario téléphoné et prévisible du début à la fin. On connaît bien les longs-métrages qui sont essentiellement une version longue de leur bande-annonce. L’œuvre de Becker en fait partie.

Voyons plutôt : Taillandier, vieux con autoproclamé, est un homme qui en a marre de tout. Marre d’avoir un foyer. Marre d’avoir du pognon. Marre d’avoir du succès. Marre d’avoir une femme qui l’aime. Marre d’avoir une famille et des petits enfants. Marre qu’il fasse beau. Marre de suivre la même routine, jour après jour. Marre de la vie. Un jour, il décide de tout plaquer, de partir sans prévenir, d’errer dans la nature sans savoir où il va, sans but précis. Il rencontre une jeune adolescente rebelle et perdue, Marylou (que c’est poétique…).

Ce duo inattendu ne s’apprécie pas au début, mais le vieil homme et la jeune gamine découvrent malgré leurs différences qu’ils ont tous les deux des attributs et des qualités cachées qu’ils peuvent se communiquer l’un à l’autre, tel le maître à élève, ou tel le père à la fille. Ils arrivent finalement à partager un bonheur commun et une joie de vivre qui les aidera à surmonter les obstacles et les drames qui menacent de les séparer. Ils finissent enfin par se quitter, riches de leur nouvelle amitié qui leur ouvre un nouveau regard sur le monde, avec une lueur d’optimisme au bout du tunnel.

Familier, non ? C’est le genre de quête spirituelle où deux âmes perdues retrouvent leur sens de la vie qu’on a vu des millions de fois. Ce pitch est très courant et très recyclable au cinéma, mais pas à jeter non plus. Après tout, ce n’est pas l’idée qui compte, mais le traitement et l’exécution. Des films comme Whatever Works ou Welcome to the Rileys en sont un bel exemple, grâce à leur approche bien supérieure au sujet.

Et si Bienvenue Parmi Nous aborde ce thème de la rédemption existentielle archi-réutilisable d’une façon pas strictement mauvaise, il préfère se la jouer facile et se réfugie dans les clichés, les archétypes et le déjà-vu. Si l’intrigue n’a rien de frais, la caractérisation des personnages ne s’en tire pas mieux : Taillandier est un peintre, et il a un vieux pote à qui il raconte tous ses maux. Et Marylou est l’archétype hyper-démodé de la jeunesse : elle force trop sur le maquillage, s’habille en « pute » (selon les personnages du film), n’hésite pas à faire la maligne devant l’autorité et se réfugie souvent dans son Ipod.

Pour ce qui est des personnages secondaires, ils sont tous des caricatures ou des imbéciles : on notera en particulier un serveur de restaurant un peu snob qui a une tendance déconcertante à exagérer l’articulation de sa réplique favorite : « Fort bien, monsieur. » Même les drames de l’intrigue (une tentative de viol pendant une soirée arrosée en boîte avec des garçons qui ont trop forcé sur la bouteille et de la violence conjugale) ne sont pas des surprises. La seule chose qui indique que le film se passe bien au 21ème siècle est le fait que Taillandier possède un smartphone. Et lorsque la fin « émouvante » déboule enfin, à moins d’être complètement étranger à ce genre d’histoire, c’est difficile d’en pleurer des fontaines.

Mais pourquoi en faire un plat ? Bienvenue Parmi Nous ne vise pas très haut. Les acteurs sont justes (Patrick Chesnais en particulier) et nécessairement affables, et l’ensemble est bien filmé, montrant une fois de plus l’attachement plaisant de Becker à la France rurale. Tel un réveil, qui fait son boulot puis s’arrête, le film prend le pitch ultra-connu, l’adapte à l’écran, ne fait rien avec, puis se termine après avoir emballé les 90 minutes. Pas de surprise, pas de risque, pas de grandes ambitions, pas de défauts réellement tragiques. Il existe, tout simplement. Il a essentiellement tous les airs d’un téléfilm (sponsorisé par Studio Canal, en outre), projeté sur grand écran au cinéma, qui cherche juste à faire passer le temps et divertir quelques spectateurs pendant une soirée tranquille avant de plier boutique.

Certains admirateurs du travail de Becker seront peut être déçus. Pour d’autres, ça passera comme une lettre à la poste. Honnêtement, Bienvenue Parmi Nous se rapproche plutôt d’une feuille de salade : inintéressant, terne, oubliable, inoffensif et sans saveur. Et sur la salade, y’a pas grand-chose à dire. Surtout pas sur le goût.

@ Daniel Rawnsley

Crédits photos : ICE3

Par Daniel Rawnsley le 28 juin 2012

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