[Critique] BROADWAY THERAPY

CRITIQUES | 23 avril 2015 | Aucun commentaire
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Titre original : She’s Funny That Way

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Peter Bogdanovich
Distribution : Imogen Poots, Owen Wilson, Kathryn Hahn, Rhys Ifans, Will Forte, Jennifer Aniston, Cybill Shepherd, Illeana Douglas, Richard Lewis, George Morfogen, Austin Pendleton, Lucy Punch, Quentin Tarantino…
Genre : Comédie
Date de sortie : 22 avril 2015

Le Pitch :
Isabella, une jeune femme, call-girl de son état, rencontre un charmant metteur en scène de Broadway. Philanthrope à ses heures, le réalisateur propose une grosse somme d’argent à Isabella afin de la convaincre de laisser tomber les passes et d’enfin laisser libre court à son ambition. La vie de cette dernière change alors de manière significative. Désirant devenir comédienne, elle va enchaîner les péripéties et se retrouver au centre d’un imbroglio impliquant une star d’Hollywood, une actrice trompée, un détective privé, ou encore une psy un peu timbrée…

La Critique :
Il existe des films qui font réfléchir et des films qui rendent mélancolique. D’autres en mettent plein les yeux, tandis que certains collent carrément la chair de poule. Le cinéma offre un vaste éventail d’émotions, et c’est justement cela qui le rend si précieux à nos yeux. Broadway Therapy lui, rend heureux. Tout simplement. Très vite, il arrive à nous afficher un sourire sur le visage et pendant 1h30 ne dément jamais sa condition de véritable booster de bonheur. Dans le jargon, on appelle ceci un feel good movie.

Peter Bogdanovich n’avait pas réalisé de long-métrage depuis 2001 (soit Un Parfum de Meurtre, avec Kirsten Dunst). Légende du septième-art ayant fait tourner quelques grands noms, comme Audrey Hepburn (Et tout le monde riait), Jeff Bridges et Ellen Burstyn (La Dernière Séance et ses deux Oscars), ou encore Boris Karloff (La Cible), Bogdanovich revient enfin aux affaires avec une merveille de long-métrage en forme de vibrant hommage à la screwball comedy de l’âge d’or d’Hollywood. Écrit à la fin des années 90 avec son ex-compagne Louise Stratten, Broadway Therapy fut construit en partie autour de l’acteur John Ritter, qui devait à l’origine interpréter le rôle qui est aujourd’hui tenu par Owen Wilson. La disparition en 2003 de l’acteur joua beaucoup sur la mise en sommeil du projet, qui dut attendre plus de 10 ans avant de redevenir concret, notamment sous l’impulsion de Wilson, mais aussi de Wes Anderson et de Noah Baumbach, les deux fameux cinéastes, ici producteurs exécutifs, notamment responsables de l’impressionnant casting hyper classe. Le long-métrage revient donc de loin et force est de constater que cela en valait la peine, tant le spectacle s’impose rapidement et durablement comme l’une des meilleures comédies du genre de ces dernières années.

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Avec sa musique jazzy, son New York légèrement fantasmé et ses personnages gentiment loufoques pris dans les méandres de situations dignes des meilleurs vaudevilles, le film de Bogdanovich évoque bien sûr le cinéma de Woody Allen. Un cinéma porté sur le verbe, la séduction et les dialogues cocasses et décalés. Pourtant, étrangement, Broadway Therapy ne fait pas office de vulgaire plagiat. Loin s’en faut tant la plume de Louise Stratten et celle de Bogdanovich trouvent leur propre voie, mais sans forcément la chercher. Leur long-métrage est issu d’un savant mélange, peut-être un peu fortuit, mais assurément charmant et enchanteur. En axant toute sa narration sur les confessions d’une ancienne call-girl devenue actrice à succès, qui raconte alors son parcours atypique et explique le pourquoi du comment de son ascension jusque dans les hautes sphères du microcosme hollywoodien, le film s’apparente à un conte de fée contemporain et se paye en outre le luxe d’illustrer un message au sujet de l’importance de s’accrocher à ses rêves, quand il s’agit de donner un sens à sa vie.
Alors oui, dis comme ça, Broadway Therapy peut apparaître comme une énième bluette au sujet d’une Cendrillon sortie du caniveau pour réaliser ses projets les plus fous, mais en fait pas du tout. Ou plutôt si finalement, tant le film embrasse avec bonheur des clichés éculés pour les faire plier selon sa volonté et son ambition. Bogdanovich n’est pas un débutant et si son dernier né a pour vocation de rendre hommage à des œuvres cultes comme L’Extravagant Mr. Deeds, ou L’impossible Monsieur Bébé, à grand renfort de références finement dispersées ici ou là, il sait également exister par lui-même.

Profitant de dialogues impeccablement cadencés, les acteurs de Broadway Therapy sont absolument tous remarquables, apportant leur drôlerie et leur extravagance à une partition qui s’en nourrit, tout en offrant suffisamment de liberté pour laisser s’exprimer une sorte de vraie spontanéité grandement responsable de la fraîcheur qui se dégage du tout. En tête d’affiche, Imogen Poots trouve enfin un rôle qui devrait lui ouvrir toutes les portes. Remarquée auparavant dans 28 Semaines plus Tard ou encore Fright Night, la sublime britannique laisse exploser un charisme stupéfiant, et une intelligence probante, dans un jeu parfaitement canalisé. Ingénue pleine d’ambition jouant sans trop s’en rendre compte de son physique, Isabella, son personnage, habite le film et donne le ton. À ses côtés, Owen Wilson confère énormément de sympathie à son personnage, pourtant pas spécialement attachant sur le papier (il trompe sa femme avec des prostitués et ment à tout le monde, tout le temps), et laisse briller lui aussi une personnalité atypique des plus fameuses, tandis que la fabuleuse Kathryn Hahn s’avère encore une fois géniale, dans la peau d’une femme trompée au tempérament tapageur. Impossible également de passer sous silence la performance flegmatique du parfait Rhys Ifans et celle de Jennifer Aniston, très drôle et relativement à contre-emploi, aux côtés d’un Will Forte toujours parfaitement à sa place. Sans oublier le duo burlesque composé des excellents George Morfogen et Austin Pendleton…

Grand film d’acteurs, réalisé avec une fausse sobriété maligne par un maître du genre, Broadway Therapy est un véritable trésor d’intelligence et d’écriture. Le genre de film qui gagne ses galons par la seule force de sa mise en scène, de sa sincérité, et de sa propension à réussir tout ce qu’il entreprend. Le tout sans chercher l’originalité, mais en parvenant au final néanmoins à surprendre.

@ Gilles Rolland

Broadway-Therapy-She-s-Funny-That-Way-2014-5Crédits photos : Metropolitan FimExport

 

Par Gilles Rolland le 23 avril 2015

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