[Critique] CALVARY

CRITIQUES | 26 novembre 2014 | 1 commentaire
Calvary-affiche-France

Titre original : Calvary

Rating: ★★★½☆
Origines : Irlande/Angleterre
Réalisateur : John Michael McDonagh
Distribution : Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Dylan Moran, Isaach de Bankolé, M. Emmet Walsh, Marie-Josée Croze, Domhnall Gleeson…
Genre : Drame
Date de sortie : 26 novembre 2014

Le Pitch :
L’existence plutôt paisible du Père James est brusquement bouleversée quand un mystérieux individu menace de le tuer durant une confession. Se sachant peut-être en sursis et pensant avoir reconnu la voix de son interlocuteur, le prêtre tente malgré tout de ne pas chambouler ses habitudes et vaque donc à ses occupations. Au fil des jours, l’étau se resserre, et les efforts de James semblent inutiles tant la perspective de mourir parait provoquer une émulation de plus en plus malsaine autour de lui…

La Critique :
Le calvaire du Père James débute dès qu’un homme lui annonce qu’il compte le tuer. Pas tout de suite non, mais dans sept jours. Un homme qui n’a rien à reprocher au prêtre, si ce n’est justement sa condition de prêtre. Abusé dans son enfance par un curé, il n’a rien oublié et n’ayant pas eu la possibilité d’ôter la vie à son tortionnaire, c’est maintenant à un « bon » prêtre qu’il veut s’en prendre. Pour que cela ait du sens…

John Michael McDonagh donne le ton dès les premières minutes. Dans le confessionnal, alors qu’une voix annonce au protagoniste principal qu’il ne lui reste que sept jours à vivre. Dans ce lieu clos, soumis à la confidentialité la plus totale, prend naissance une peur insidieuse en forme de gangrène perfide.
Finie la légèreté apparente de L’Irlandais, la précédente réalisation du cinéaste. On est clairement face à un drame pur et dur, même si on décèle ici ou là, de très légères touches d’humour (noir), de toute façon elles aussi empreintes d’une mélancolie prégnante. Comme si le malheur qui s’abattait sur le Père James contaminait l’atmosphère. L’air se raréfie et plus les jours (les heures ?) avancent, plus cette emprise confère à ce récit des plus sombres, une forme d’inéluctabilité tragique. Le titre du long-métrage prend tout son sens, devant l’étrange rédemption d’un homme dont on ne sait finalement pas grand chose, si ce n’est que la lutte qui se déroule dans sa psyché perturbée, découle d’un passé tumultueux. James n’est pas un curé ordinaire puisqu’il a embrassé sa vocation sur le tard et c’est justement ce retournement de situation qui indique qu’au fond, ce personnage mystérieux mais sincère dans sa démarche spirituelle, a quelque chose à se faire pardonner (mais en aucun cas ce qu’on lui reproche).

Calvary

Basé sur une lente montée en puissance, Calvary opte pour une sobriété complètement pertinente. Prenant place dans une petite bourgade irlandaise, où le climat, assez rude, donne le La, le récit s’accorde avec la personnalité d’une âme seule, dont l’une des principales caractéristiques, est de continuer à avancer à contre-courant, quoi qui lui en coûte.
Forcement, assez vite, le film s’avère un peu plombant. Les personnages qui entourent le prêtre sont tous assez durs, pour ne pas dire carrément agressifs. Le village devient alors un microcosme isolé du reste du monde dans lequel règne une violence psychologique nourrie de ressentiments, et de préjugés. Emmuré dans un silence motivé par des vœux sacrés qu’il ne souhaite pas briser, le protagoniste principal fait face à des hommes vindicatifs qui ne font, jour après jour, que mettre à l’épreuve sa foi et qui font de son quotidien un véritable calvaire. Même sa fille, de par sa propension à rappeler au prêtre à quel point il s’est avéré un mauvais père, enfonce ce dernier dans une introspection difficile car directement liée à une potentielle remise en question.
Heureusement intervient également cette jeune veuve, pour sa part compatissante envers cet homme de Dieu, qu’elle sent éprouvé, tandis que pèse sur lui l’ombre d’une mort qu’il ne cherche plus vraiment à esquiver.

Lourd, pesant, Calvary n’est un film facile à appréhender. Pour autant, il s’avère remarquable car jamais il ne flanche. Parcouru de baisses de régime notable et donc parfois un peu trop opaque, il parvient à aller au bout de son discours et orchestre la rédemption d’un homme intègre, plein de failles, auquel on s’attache, à grand renfort d’une mise en scène sobre et immersive. Parfait, Brendan Gleeson, à nouveau au premier plan après L’Irlandais, embrasse avec beaucoup de conviction le destin funeste du Père James. Massif, charismatique, extrêmement touchant, il traduit avec beaucoup de force l’ambiguïté d’un personnage sans concession, qui évolue sur une corde raide, en menaçant à tout moment de tomber et de céder lui-même à la violence qu’on lui renvoi sans cesse. Entouré d’une escouade de comédiens solides, tels Chris O’Dowd, à contre-emploi, Aidan Gillen, Marie-Josée Croze, ou encore Kelly Reilly, Gleeson habite Calvary avec la force d’un grand. Grâce à lui (et aux autres), l’espoir qui cherche souvent à percer, y parvient. Tout spécialement lors du dernier tiers du film.
Authentique drame, sur fond de thriller, le long-métrage mélange les genres et distille également un vrai suspens. Qui est cet assassin potentiel ? Le Père James va-il arriver à éviter le pire ? Des questions certes importantes, mais beaucoup moins que ce qui se joue dans la tête du protagoniste principal et qui se lit dans les silences et les regards. Ici, ce n’est pas vraiment le dénouement qui s’avère intéressant, mais plutôt tout ce qui se joue avant. Un périple intérieur en forme de mise à l’épreuve, sur lequel planent les scandales d’une église dont la crédibilité et l’intégrité s’en trouvent entachées.
En abordant de front la question ultra sensible des agressions pédophiles de certains prêtres, et des dégâts occasionnés sur des victimes marquées à vie, Calvary n’esquive rien, mais arrive, et c’est sa principale qualité, à de jamais tomber dans l’excès, y compris quand il tente le second degré acide et le décalage. Tout simplement car ici, l’homme visé par une vengeance sourde, n’est pas le coupable. On cherche à le faire payer pour d’autres. Sans sensationnalisme facile, John Michael McDonagh reste droit dans ses bottes et appréhende les paradoxes de notre époque avec force. Malgré ses imperfections, marqué par une tonalité propre et une impertinence certaine, son film touche au vif.

@ Gilles Rolland

Calvary-Gleeson-ReillyCrédits photos : 20th Century Fox France

 

Par Gilles Rolland le 26 novembre 2014

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paulus
paulus
6 années il y a

ça a un gout de déjà vu ce film gilles enfin ce n est que mon avis ce qui n enléve pas tes excellent commentaire