[Critique] CINQUANTE NUANCES DE GREY

CRITIQUES | 12 février 2015 | Aucun commentaire

Titre original : Fifty Shades of Grey

Rating: ★☆☆☆☆
Origine : États-Unis
Réalisatrice : Sam Taylor-Johnson
Distribution : Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Marcia Gay Harden, Eloise Mumford, Victor Rasuk, Luke Grimes, Rita Ora, Max Martini…
Genre : Drame/Romance/Adaptation
Date de sortie : 11 février 2015

Le Pitch :
Anastasia, une étudiante en dernière année, rencontre le milliardaire Christian Grey à l’occasion d’une interview pour le journal de son université. D’emblée le courant passe entre la jeune fille et le beau philanthrope, qui va se faire un devoir d’initier sa nouvelle conquête aux joies du sado-masochisme…

La Critique :
Avertissement : vous voulez toucher à l’interdit ? Passer deux heures en compagnie d’un couple torride, pris dans les affres d’une passion hors-normes ? Vibrer devant un spectacle d’un érotisme extrême, entre glamour et sentiments contradictoires ? Un conseil : passez votre chemin et regardez un autre film !

Tout le monde le sait déjà mais on va quand même le répéter pour la forme : Cinquante Nuances de Grey est l’adaptation du best-seller écrit par E.L. James. Le premier volet d’une trilogie qui s’est vendue à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde et qui, depuis sa sortie en 2012, squatte toujours les classements des meilleures ventes en librairie. Inutile de discuter ici du pourquoi du comment d’un tel carton. L’auteur de ces lignes n’a d’ailleurs pas lu le bouquin. On va donc s’en tenir au long-métrage. Au film auquel une campagne promo hyper agressive nous prépare depuis des mois. À cette œuvre attendue de pied ferme qui, à l’heure où sont écrites ces lignes, a déjà battu tous les records de réservations, en dépassant la barre des 200 000 places achetées avant la séance. Ou que vous soyez, il y a ainsi de grandes chances que votre cinéma affiche lui aussi complet à tous les étages (ou presque). Tout ça pour quoi ? Pour un film scandaleux. Pas parce qu’on y voit une paire de seins et des poils pubiens, à trois ou quatre reprises. Non non. Pas scandaleux dans ce sens, mais plutôt scandaleusement nul. Cinquante Nuances de Grey est un navet, un vrai de vrai. Un film qui fonce tête baissée, droit dans le mur, sans se soucier visiblement de ses spectateurs ou même des notions qui, habituellement font d’un film… ben un film justement.

Cinquante-nuances-de-Grey-Dakota-Johnson

Car un long-métrage doit avoir un scénario. Cinquante Nuances de Grey en a bien sûr un, mais celui-ci est tellement squelettique et indigent qu’on tutoie rapidement des sommets de médiocrité, semble-t-il totalement assumée. On voit cette jeune femme naïve et vierge (car oui, allons-y gaiement, on va prendre une vierge et la fouetter) flasher pour un espèce de connard égocentrique aussi charismatique qu’une endive. Un type plein aux as qui doit au passage avoir inventé l’eau tiède et qui vit des bénéfices de son invention, car il n’en fout pas une rame de la journée, tout occupé qu’il est à rédiger des contrats salaces dignes des pires psychotiques. Un contrat qu’il s’empresse de soumettre à l’étudiante afin de lui faire subir pour son propre plaisir les pires outrages et la traiter comme de la merde. C’est beau l’amour. Car oui, les sentiments ne sont pas loin. Au début, elle ne veut que l’aimer et lui ne veut que la suspendre au plafond en lui administrant de copieuses branlées. Au fur et à mesure néanmoins, les yeux de biche de cette superbe jeune femme constamment sous Lexomil, ainsi que sa propension à se mordre la lèvre, vont avoir raison des défenses de l’accro au sexe violent… On s’en doutait, mais ceci est une autre histoire.
Revenons au scénario. Celui-ci ne prend jamais la peine de donner de l’épaisseur à ses personnages principaux, unilatéraux à en crever et terriblement sans relief. Il peut bien leur arriver n’importe quoi, on s’en tamponne le coquillard. Y compris lorsque on découvre que l’obsédé sans cœur doit subir les affres de terribles coups de boomerang en provenance d’un passé douloureux. Que c’est triste.
Le reste enchaîne les « non », les « oui », les « je ne fais pas l’amour je baise », ou encore les « oh oouuuuiii » et les « oh nooooooon ». Que l’on donne le Prix Nobel à Kelly Marcel (c’est elle qui a écrit le film) et sans tarder s’il vous plaît ! Henry Miller peut aller se faire cuire un œuf et de toute façon, rien n’indique qu’il ne soit pas mort une seconde fois en voyant un tel monceau d’absurdités soit disant sulfureuses cartonner à ce point.
Cela dit, à aucun moment Cinquante Nuances de Grey ne promettait d’élever la condition de la femme ou de l’homme. Ce n’est effectivement pas le cas, bien au contraire, mais après tout, là n’est certainement pas le propos. Ce que promet le film, c’est de l’érotisme. Une bonne tranche d’érotisme ! Là est le principal argument de vente, et au final, là aussi le long-métrage s’avère décevant. Avec ses plans fugaces, Cinquante Nuances de Grey est aussi excitant qu’un épisode des Feux de l’amour, et à peu près aussi palpitant qu’une partie de Scrabble avec mémé le dimanche après-midi. En plus, ça dure 2 heures ! 2 heures pendant lesquelles deux acteurs qui ne peuvent visiblement pas se voir en peinture essayent sans trop forcer de nous faire croire à une quelconque alchimie. Ils sont certes très beaux, mais c’est bien tout. Rappelez-vous Jennifer Grey et Patrick Swayze dans Dirty Dancing. Eux non plus ne pouvaient pas se voir en peinture, mais à l’écran, leur romance était crédible. Jamie Dornan et Dakota Johnson font le minimum syndical et ni l’un ni l’autre ne parvient à sauver le film du naufrage total. Un comble quand on est censé raconter une romance, aussi déviante et sado-masochiste soit-elle !

À la réalisation, Sam Taylor-Johnson fait ce qu’elle peut et tout compte fait, si on oublie ces gros plans foireux illustrant des métaphores en carton (brrr Anastasia qui suçote tendrement le crayon à papier sur lequel figure le nom de son prince…), sa mise en scène ne manque parfois pas de classe et tant pis pour l’aspect glacial dont le principal effet est de plomber encore plus la chaleur promise par le film. Son compte en banque va certainement s’en retrouver changé, contrairement à sa filmographie, sur le coup sévèrement plombée, alors que les choses avaient si bien commencé pour la réalisatrice. On ne peut pas tout avoir et parfois, en croyant diriger une love story torride, on se retrouve à devoir assumer un soufflet tiédasse et souvent insupportable de bêtise. Un film au final comparable à Twilight et à tous ces trucs basés sur des codes qu’ils ne peuvent et ne veulent jamais assumer pleinement. D’ailleurs, c’est exactement ça : Cinquante Nuances de Grey est au film érotique, ce que Twilight est au film de vampires….

Alors pour reprendre l’avertissement du début, rabattez-vous sur du solide. Sur des longs-métrages francs du collier. Sur Shame, par exemple, qui traite de l’addiction sexuelle avec beaucoup plus de bravoure et d’émotion, ou si vous voulez absolument voir une jeune femme se soumettre, sur La Secrétaire, un autre direct du gauche autrement plus sulfureux.

@ Gilles Rolland

Cinquante-nuances-de-Grey-Dakota-Johnson-Jamie-DornanCrédits photos : Universal Pictures International France

 

Par Gilles Rolland le 12 février 2015

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