[Critique] EX MACHINA

CRITIQUES | 3 juin 2015 | Aucun commentaire
Ex-Machina-poster

Titre original : Ex Machina

Rating: ★★★★☆
Origine : Angleterre
Réalisateur : Alex Garland
Distribution : Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac, Sonoya Mizuno…
Genre : Science-Fiction
Date de sortie : 3 juin 2015

Le Pitch :
Caleb, 24 ans, travaille en tant que programmateur pour l’une des plus grandes entreprises informatiques au monde. Sélectionné à l’issu d’un concours pour passer une semaine chez le PDG de sa boite, dans un lieu retiré en pleine nature, Caleb ne se doute pas de ce qui l’attend. Fantasque et solitaire, son patron tient en effet à confronter le jeune homme à sa dernière création, un androïde nommé Ava, qui se trouve être la première intelligence artificielle de l’Histoire…

La Critique :
Ex Machina est un premier film, mais l’homme qui se cache derrière est pourtant loin d’être un inconnu. Romancier puis scénariste, Alex Garland, que l’on associe souvent à Danny Boyle, a en effet écrit le roman qui a inspiré La Plage. C’est aussi lui qui est à l’origine de 28 Jours Plus Tard, de Sunshine et plus récemment, on lui doit le script du reboot de Dredd. Alors non, Alex Garland n’est pas né de la dernière pluie. Ex Machina est ainsi important car il marque l’évolution d’un artiste souvent remarquable. Un écrivain présent ce coup-ci derrière la caméra, pour orchestrer la mise en image de son scénario et du même coup donner corps à une somme de thématiques pour le moins fascinantes.

Ex-Machina-Domnhall-Gleeson-Oscar-Isaac

L’intelligence artificielle a le vent en poupe. Rien que ces dernières années, des films comme Avengers : L’Ère d’Ultron, Her ou Les Nouveaux Héros ont abordé le thème et offert autant d’interprétations de ce fantasme de science-fiction de plus en plus tangible, compte tenu de l’avancée des nouvelles technologies. Et au fond, quand on parle de robots fabriqués par l’homme, capables d’apprendre, de « penser », et d’évoluer, on ne fait qu’extrapoler à partir du Mythe de Prométhée, comme a pu le faire en son temps Mary Shelley avec Frankenstein. Il s’agit d’opposer le génie et sa création et d’étudier les possibilités qui peuvent surgir et de souligner toutes les questions philosophiques inhérentes au propos.
Alex Garland est à n’en pas douter fasciné par le sujet. Sa version de Frankenstein est ainsi à l’avenant de son désir d’offrir une déclinaison à la fois maligne, mais aussi représentative du climat dans lequel la société moderne baigne. Le robot peut-il être à la hauteur de l’homme ? Reproduira-t-il ses erreurs ? Peut-il le remplacer totalement ? Est-il infaillible ou encore imperméable à nos déviances ?

Principalement supporté par trois protagonistes, Ex Machina est très clair. Peut-être même un peu trop, tant les trois intervenants ont, dès le début, une fonction très précise. Le choix des acteurs allant également dans ce sens. Ce n’est pas un hasard si Garland a fait appel à Domhnall Gleeson. Parfait pour incarner une certaine forme de naïveté et d’intelligence, cet excellent comédien, ici tout à fait à l’aise avec le genre de partition qu’il maîtrise à merveille, joue le rôle de l’observateur. Du témoin d’une évolution contre-nature. Va-t-il prendre part de manière significative ou se contenter de vérifier et de confirmer ? Question purement rhétorique… Oscar Isaac de son côté, incarne le créateur. Celui qui se prend pour Dieu. Un type pas spécialement sympa, bourré de contradictions, alcoolique, torturé, voire un peu sadique. C’est Victor Frankenstein. Icare. Un homme cherchant à dépasser sa condition par le biais d’une intelligence décuplée par un égo sur-dimensionné et des psychoses dévorantes. On se doute bien que tel le personnage de la mythologie grecque, ce créateur finira pas voler trop près du soleil… Enfin, Alicia Vikander, actrice aussi jolie que talentueuse, incarne l’androïde. Nommé Ava, pour ne pas directement faire référence à la Bible, ce robot aux formes envoûtantes et au visage angélique est tel la créature de Frankenstein. Plein d’interrogations, mais néanmoins beaucoup plus évolué que prévu quand nous faisons sa connaissance, en même temps que Domhnall Gleeson au début du film. Si on fait exception de son anatomie trahissant sa condition, son visage et ses expressions sont d’emblée celles d’une vraie personne. Comment cette dernière va-t-elle réagir devant celui venu pour valider son caractère révolutionnaire et peut-être décider de son rôle à jouer dans la suite des événements ? Là est la question principale au centre du long-métrage.

Découpé en chapitres, représentant le nombre d’entretiens accordés au jeune programmateur pour tenter de tester l’intelligence d’Ava (grâce au test de Turing), Ex Machina, malgré son côté assez prévisible, arrive dès le début à fasciner. Le rythme, assez lent, mais prenant, y est pour quelque chose, tout comme le fait qu’il s’agisse d’un huis-clos. Et puis qu’en est-il de cette servante ? Non pas que l’on ne se doute pas de quelque chose, mais la démarche du cinéaste reste à saluer tant celui-ci ne cherche pas forcément à créer la surprise, mais plutôt à embarquer le spectateur. Et ça marche. Jamais ennuyeux, Ex Machina dévoile petit à petit ses secrets et sa vision d’un sujet fédérateur et quoi qu’il en soit véritablement stimulant. On pense à beaucoup d’autres films, mais au fond, Alex Garland parvient à conférer à sa première livraison une identité propre. Parfois contemplatif, mais jamais statique, il joue sur les codes de la science-fiction en injectant quelques petites touches d’autres genres cinématographiques et au final, le cocktail a du goût. Soutenu par des effets-spéciaux complètement dans le ton, car jamais trop voyants, Ex Machina se refuse à tout sensationnalisme, et assoit sans cesse sa condition de production intimiste. Conte d’anticipation plus sombre que prévu, poétique et parfois agressif, il ne se démarque pas par l’originalité de son sujet mais définitivement par le traitement qu’il propose.
Dire du coup que l’on attend la suite des événements concernant Alex Garland, le réalisateur, relève du doux euphémisme.

@ Gilles Rolland

Ex-Machina-Alicia-VinkanderCrédits photos : Universal Pictures International France

 

Par Gilles Rolland le 3 juin 2015

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