[Critique] MONSIEUR FLYNN

CRITIQUES | 5 septembre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Being Flynn

Rating: ★★★½☆
Réalisateur : Paul Weitz
Distribution : Paul Dano, Robert De Niro, Julianne Moore, Olivia Thirlby, Eddie Rouse, Steve Cirbus, Lili Taylor, Victor Rasuk, Liam Broggy, Chris Chalk, Wes Studi, William Sadler…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 5 septembre 2012

Le Pitch :
Nick Flynn, un jeune homme un peu perdu, poursuit son rêve de devenir écrivain tout en vacant d’un petit boulot à un autre. Un jour, il reçoit un coup de fil de son père, Jonathan Flynn, qu’il n’a pas vu depuis 18 ans. Jonathan Flynn qui se considère comme l’un des plus grands écrivains américains, mais qui n’a pourtant jamais publié. Seul, Jonathan Flynn est un personnage antipathique qui subsiste en conduisant un taxi. Quand il se retrouve sans abris, suite au coup de sang de trop, le père de Nick tombe dans une spirale infernale. Il perd son boulot et se retrouve à la rue.
Pendant ce temps, Nick trouve une place comme employé dans un foyer pour les sans domicile fixe. Le jour où son père est admis au centre, Nick voit ressurgir les fantômes du passé…

La Critique :
Le titre du livre dont le film est l’adaptation, donne une idée assez précise de la tonalité de ce dernier. Intitulé Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie, le bouquin en question est l’œuvre de Nicholas Flynn. Un auteur qui raconte sa vie et plus précisément sa relation avec son père, auteur contrarié, mégalomaniaque, raciste et homophobe. Monsieur Flynn est ainsi une histoire vraie. Une tranche de vie un peu plombante signée Paul Weitz, à savoir un réalisateur qui n’a de cesse depuis le carton d’American Pie (son premier film co-réalisé avec son frère Chris), de brouiller les pistes, en touchant avec plus ou moins de réussite à plusieurs styles radicalement différents.
Monsieur Flynn, son dernier, aborde ainsi une tragédie familiale qui explore les relations difficiles entre un père et son fils. Deux personnages autour desquels s’articule un récit raconté à la première personne, par le père, puis par le fils. Les deux se passant le relais à plusieurs reprises, permettant ainsi au spectateur d’entrevoir le point de vue de chacun d’entre-eux.

La principale qualité de Monsieur Flynn est son côté pudique. Sans sombrer dans un marasme ambiant, Paul Weitz préfère raconter avec une sincérité appréciable, les parcours cabossés de ses héros. Il jongle avec deux récits (celui du père et celui du fils donc), avant de les unir autour d’une situation propice à un conflit psychologique qui servira de détonateur à une crise. Une crise qui touchera l’existence des deux Flynn, qui réagiront différemment, sans pour autant chercher à tout prix à offrir à leur histoire une fin heureuse. C’est pour cela (entre autres raisons), que Monsieur Flynn sonne authentique. Il ne cherche pas à choquer, les situations suffisent. Paul Weitz saisit au vol l’occasion de parler d’une Amérique en proie à une crise économique conséquente. Le propos est malheureusement universel et le film de résonner au-delà des frontières.

Monsieur Flynn parle alors de ces hommes touchés de plein fouet, qu’une succession d’accidents a fait basculer dans la rue. Jonathan Flynn, le paternel incarné par De Niro, est de ceux-là. Il rejoint la faune qui peuple la nuit, lorsque les portes des résidences et des maisons se verrouillent. Un type antipathique qui se voit contraint de côtoyer celles et ceux qu’il considère comme inférieurs. Écrivain persuadé de son talent, il s’invente un rôle d’observateur qui l’empêche d’ouvrir les yeux quant à sa véritable condition. Son fils, lui aussi écrivain, mais beaucoup plus modeste, doit gérer cette situation alors que son père arrive dans le foyer dans lequel il travaille. Un père trop longtemps absent, qui fait irruption à un moment clé de la vie d’un jeune homme en proie à de nombreux démons.

Inscrit dans la lignée du Saint de Manhattan (avec Danny Glover et Matt Dillon), Monsieur Flynn est un drame social modeste. Pas un grand film c’est certain, mais une œuvre qui analyse son époque sans forcer le trait. Ce qui reste rare, donc notable.
De plus, le film bénéficie du talent d’acteurs eux aussi complètement concernés par leurs personnages. À commencer par Paul Dano, l’un des jeunes acteurs les plus remarquables de sa génération. Connu pour ses rôles dans Little Miss Sunshine ou encore There will be blood, Dano apporte une grande sensibilité à son personnage et l’empêche constamment de tomber dans la caricature. Robert De Niro, quant à lui connu pour souvent tomber dans la caricature ces derniers temps, retrouve son taxi jaune et livre l’une de ses meilleures performances de ces dix dernières années.
Jamais très loin des plateaux de tournage, De Niro a en effet enchainé les piges tout en privilégiant une approche du métier d’acteur beaucoup moins subtile que celle de ses débuts. Dans Monsieur Flynn, il interprète à nouveau un personnage touché par la folie. Bob connait bien ce genre de type, mais ici, il évite de cabotiner. Peut-être tempéré par un Paul Dano discret, De Niro nous ressort bien sûr quelques expressions faciales bien connues, mais semble néanmoins beaucoup plus concerné qu’à l’accoutumé.
Possible que beaucoup classent sa performance parmi celles à oublier, mais ce serait un tort. Oui De Niro tourne beaucoup et pas souvent dans des trucs qui valent la peine de s’y intéresser. Mais ce n’est une raison pour lui tourner le dos ici. Sous la direction de Paul Weitz, De Niro retrouve l’étincelle. Le comédien est toujours l’un des plus grands, même si il a œuvré pour nous le faire oublier. Son dernier rôle, qui fait dans un sens référence à Taxi Driver, n’est pas son plus mémorable, mais mérite le respect. Comme ce film qui dépeint une triste descente aux enfers. Une chronique familiale âpre, qui ne cherche pas à se faire remarquer, mais qui touche au but, avec ses défauts et ses longueurs, sans oublier de laisser une place à l’espoir. Un espoir qui, lorsqu’il pointe, finit de rendre Monsieur Flynn intéressant.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Tribeca Productions

Par Gilles Rolland le 5 septembre 2012

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