[Critique] NOS PIRES VOISINS

CRITIQUES | 7 août 2014 | Aucun commentaire
Nos-Pires-Voisins-affiche-france

Titre original : Neighbors

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Nicholas Stoller
Distribution : Seth Rogen, Rose Byrne, Zac Efron, Dave Franco, Christopher Mintz-Plasse, Craig Roberts, Carla Gallo, Ike Barinholtz, Halston Sage, Lisa Kudrow…
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 août 2014

Le Pitch :
La vie est belle pour Mac et Kelly. Jeunes parents d’une adorable petite fille, ils viennent d’investir toutes leurs économies dans une superbe maison, au cœur d’un accueillant quartier résidentiel. En plein apprentissage de la vie de parents et persuadés qu’ils sont encore dans le coup, les deux amoureux vont rapidement être confrontés à une confrérie étudiante, qui vient d’emménager dans la maison d’à côté. Dès lors, leur paisible existence vole en éclats. De fêtes bruyantes en beuveries sauvages, les jeunes n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Persuadés qu’ils peuvent sympathiser avec leurs nouveaux voisins pour les amener à respecter un peu plus les règles élémentaires du savoir-vivre, Mac et Kelly doivent vite se rendre à l’évidence : l’affrontement est inévitable…

La Critique :
Judd Apatow n’a techniquement rien à voir avec Nos Pires Voisins. Il ne produit pas et n’a pas participé à la rédaction du scénario. Pourtant, la filiation est évidente. Nos Pires Voisins, comme les précédents films de Nicholas Stoller, s’inscrit dans le renouveau (dont les origines remontent à quelques années maintenant), de la comédie américaine, initié par Judd Apatow, puis relayé par ses lieutenants, depuis émancipés. Adam McKay (Frangins Malgré eux) et Nicholas Stoller en tête donc.
Nicholas Stoller qui a su, dès sa première réalisation (Sans Sarah rien ne va), imposer sa vision et ainsi affirmer un talent indéniable pour mettre en scène des longs-métrages à la fois furieusement drôles et jubilatoires, mais aussi pertinents dans leur analyse des sentiments et de la vie courante, via notamment des personnages forts et incarnés.
Cela dit, on peut diviser en deux catégories les œuvres de Stoller : d’un côté les comédies franches et de l’autre les comédies plus romantiques. D’un côté c’est le rire qui domine sans pour autant étouffer le reste, et de l’autre, c’est la romance qui se taille la part du lion, tout en laissant passer suffisamment de rires pour s’en payer une bonne tranche.
Nos Pires Voisins, son quatrième film en tant que réalisateur, se place d’emblée dans le groupe des comédies pures et dures. Côte à côte avec le chef-d’œuvre American Trip, laissant donc les excellents Sans Sarah rien ne va et 5 ans de réflexion dans l’autre catégorie.
Une manière comme une autre pour Stoller de jongler avec les genres, tout en les explorant suffisamment pour ne pas tomber dans la redite. Une façon aussi de démonter une maestria évidente, qui fait de lui l’un des réalisateurs américains estampillés « comédie » les plus doués de sa génération.

Car Nos Pires Voisins est une réussite ! En quatre films, Stoller a fait mouche quatre fois. À divers degrés mais quand même, et tant pis pour la critique française boudeuse car hermétique d’office à ce genre de joyeusetés. Ça en fait plus pour les autres !
Sur un postulat de départ évoquant vaguement Les Banlieusards de Joe Dante, Nos Pires Voisins organise une nouvelle plongée au cœur du couple. Cette fois-ci, pas de roucoulade. Tout ceci est derrière Mac et Kelly, eux qui désormais, sont jeunes parents. Changer les couches, se lever la nuit, évoluer l’oreille collée au babyphone a remplacé les soirées et autres fêtes décomplexées, tandis que malgré tout subsiste un désir de rester connectés avec leurs jeunes années.
Boum ! C’est justement quand le couple de trentenaires s’interroge au sujet de leurs nouvelles responsabilités et de tout ce que cela sous-entend, que déboule dans la baraque d’à côté, une confrérie étudiante. Les deux forces en présence tentent alors une cohabitation pacifique avant de se fritter.
Jubilatoire, Nos Pires Voisins l’est rapidement. Telle une furieuse partie d’échec, la bataille entre les parents et les étudiants se compose de coups bas, de missions d’infiltration, de manipulations et de bastons. Le tout bien arrosé de gags bien gras, de pénis en plastique, de feux d’artifice et de références à la culture pop bien senties.
Les mauvaises langues diront que c’est du déjà vu mais non. Nos Pires Voisins, encore une fois, s’inscrit dans des codes bien particuliers et en cela, s’adresse à un public qui peut aisément s’identifier à un camp comme à l’autre. On prend partie pour les étudiants ou pour les parents. Pour Seth Rogen et Rose Byrne ou pour Zac Efron et Dave Franco. On peut aussi prendre la position de l’arbitre et profiter. Dans tous les cas, on s’en paye une bonne tranche et on profite également de la radiographie remarquable de justesse du couple et du passage à l’âge adulte. Sans néanmoins nier le caractère parfois un peu trop balisé d’un film avare en grosses surprises.

Comme Judd Apatow ou Adam McKay, Nicholas Stoller cache des sentiments et de vraies réflexions sous le vernis de l’humour gras et des clins d’œil. Un mélange jouissif, savoureux en permanence et ici, comme souvent, superbement orchestré.
Peut-être parfois un peu laborieux car basé sur une rythmique un poil irrégulière et sur un humour un tout petit peu (mais alors un tout petit peu) inégal, contrairement par exemple à l’impeccable American Trip, Nos Pires Voisins remplit largement sa part du contrat. Merci à Nicholas Stoller donc, mais aussi aux acteurs. Seth Rogen, le patron, est en territoire connu et fait des merveilles dans un rôle taillé sur mesure. Antithèse parfaite de Zac Efron, il mène un duo fratricide solide, alors que le transfuge de Disney Channel fait une entrée fracassante dans un registre nouveau pour lui. Rose Byrne quant à elle, toujours superbe, assoit une épatante capacité à plonger à pieds joints dans un humour franc du collier et exigeant (après American Trip et Mes Meilleures Amies), sans se départir d’un glamour assez exceptionnel car nourri d’un esprit déjanté capable de se plier aux pires outrages (et le pire ici, rime avec meilleur). La scène du tire-lait étant une illustration parfaite du dévouement de l’actrice australienne surdouée. Dans le domaine, Rose Byrne règne sans partage avec une poignée d’autres comédiennes (Kristen Wiig par exemple) et le couple qu’elle forme avec Seth Rogen fonctionne à la perfection.
Dommage alors que le film sous-exploite étrangement Christopher Mintz-Plasse, quand bien même Dave Franco compense, tout comme le méconnu Ike Barinhltz.

Conflit de génération hardcore, Nos Pires Voisins exploite parfaitement son pitch. La mécanique est bien huilée, la majorité des gags inspirés, et le récit toujours ancré dans une réalité palpable car jalonné de repères identifiables par la majorité. En gros, ça déchire !

@ Gilles Rolland

Nos-pires-voisins-rose-byrne-seth-rogenCrédits photos : Universal Pictures International France

 

Par Gilles Rolland le 7 août 2014

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