[Critique] LE RÔLE DE MA VIE

CRITIQUES | 15 août 2014 | Aucun commentaire
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Titre original : Wish I Was Here

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Zach Braff
Distribution : Zach Braff, Kate Hudson, Joey King, Mandy Patinkin, Pierce Gagnon, Josh Gad, Ashley Greene, Donald Faison, Jim Parsons…
Genre : Drame/Comédie
Date de sortie : 13 août 2014

Le Pitch :
Aidan est comédien. Pas une de ces superstars d’Hollywood, mais plutôt un de ces innombrables qui galèrent pour décrocher des rôles. Père de famille, il peut compter sur sa femme pour payer les factures et ainsi se consacrer à la réalisation de son objectif. Quand son père tombe gravement malade, Aidan doit pourtant faire face à une succession de choix. Ces mêmes choix que le jeune homme avait scrupuleusement évité jusqu’alors. Aujourd’hui, Aidan ne peut plus fuir ses responsabilités et doit assumer ses véritables rôles : celui de père, de frère, de fils, et de mari…

La Critique :
Star de la série comico-hospitalière Scrubs, Zach Braff peut se targuer d’avoir déboulé dans le petit monde des réalisateurs avec un film devenu quasi-instantanément culte. Ce film, Garden State, a non seulement impressionné le public et la critique, mais il a aussi cristallisé d’une certaine façon une démarche artistique furieusement indépendante, grâce à un pot-pourri d’émotions diverses et variées, tout en restant ancré dans une réalité attachante.
Dix ans se sont écoulés depuis la sortie au cinéma de Garden State. Entre temps,, le réalisateur s’est mis en hibernation, laissant s’exprimer le comédien. Dans Scrubs, jusqu’en 2010 et dans quelques films. De quoi désespérer quant au retour derrière l’objectif du surdoué Braff.

Le Rôle de ma vie signe donc une résurrection. Celle d’un cinéaste libre, dont l’une des principales qualités est d’attendre que les bonnes idées se présentent à lui, quand d’autres, plus pressés, forcent l’inspiration.
Ceux qui ont vu et apprécié Garden State ont donc logiquement fondé beaucoup d’espoir sur ce nouvel essai. Surtout après le plébiscite du film au festival de Sundance et les nombreux retours positifs de la presse étrangère.
À l’arrivée, le long-métrage porte bien la marque de son auteur. Là est sa force et là est sa principale faiblesse malheureusement.

En 10 ans, Zach Braff a muri. Désormais, il a presque 40 ans. Son cinéma a-t-il vraiment évolué ? Pas vraiment si on en juge par la façon dont le jeune réalisateur aborde des thématiques qui lui sont visiblement chères.
Toujours en plein questionnement existentiel, Braff est devenu père. Dans Le Rôle de ma vie, il se glisse dans la peau d’un acteur galérien, père d’une adolescente et d’un petit garçon. Son propre géniteur est malade, et le fragile équilibre caractérisant toute son existence vole en éclat.
Sous le soleil de Los Angeles, capitale du rêve américain et des espoirs déchus, Braff réaffirme son attachement au cinéma de Woody Allen, même si la forme diffère. Les ressemblances résidant principalement dans le caractère philosophique et furieusement autobiographique du récit. En ce sens, la seconde livraison de Braff pourrait très bien être la suite de la première. Dans les deux métrages, Braff joue un acteur un peu raté et les deux films scrutent le microcosme familial, d’un œil mi-tendre, mi-amer.
Aidan flotte alors au dessus de sa vie, avant d’être forcé d’atterrir et de prendre les choses en main. Là réside la maturité de l’acteur/réalisateur : dans cette volonté de nous parler des responsabilités qui vont avec l’âge adulte. Des responsabilités qui, selon lui, ne doivent pas freiner cette fameuse recherche du bonheur si chère à la Constitution américaine.

Et c’est par le prisme du judaïsme que Le Rôle de ma vie aborde ses thématiques (encore Allen). Assez maladroitement, Zach Braff calque un peu sa démarche sur celle des frères Coen de A Serious Man. Il mélange le réel et l’imaginaire pour faire un pont entre l’enfance et l’âge adulte, tout en incluant Dieu dans l’équation, sans pour autant donner des leçons. Encore et toujours, il s’interroge. Sur la mort, sur l’amour, sur l’ambition et sur cet héritage illustré par des rituels religieux qu’il ne comprend pas bien.

Zach Braff n’est pas un grand réalisateur, sur un plan purement technique. Son cinéma est simple et tendre. Son génie réside justement dans cette tendresse. Dans ces émotions qu’il tient à nous communiquer, sans parfois parvenir à y mettre les formes. Sa maladresse en devient souvent touchante, même si parfois, elle handicape aussi son film. Peut-être trop ambitieuse, l’histoire du Rôle de ma vie manque de tenue et se perd un peu. Entre le frère geek un peu ermite, le père malade et strict, l’épouse frustrée et méritante, la fille brillante mais soucieuse, et le fils turbulent, Braff ne réussit pas à atteindre le parfait équilibre. La première à en faire les frais étant Kate Hudson, elle qui ne semble être là que pour servir la soupe au personnage principal, alors que son rôle aurait pu être beaucoup plus étoffé.
Curieusement, l’épouse est écartée de tout un pan du récit, quand bien même Kate Hudson livre une performance des plus sensibles. Très auto-centré sur son principal protagoniste, le second film de Zach Braff souffre peut-être d’un manque de recul. Il est très émouvant et drôle, mais au final, cette œuvre attachante mais bancale reste un poil vaine. Et si on saisit très bien où Braff a voulu en venir, on regrette un peu ces poses arty faciles et cette incapacité chronique à lier convenablement tous les éléments d’un scénario un peu fourre-tout.

Plus calculé que Garden State, Le Rôle de ma vie manque aussi de spontanéité. C’est sa sincérité qui le sauve. Cette même sincérité qui rythme les échanges entre des acteurs franchement excellents, dont la surdouée Joey King, l’impeccable Mandy Patinkin (le Saul de Homeland), le génial Josh Gad et bien sûr Zach Braff lui-même, parfaitement naturel de bout en bout dans un rôle taillé sur mesure.
Habité d’une émotion jamais feinte, Le Rôle de ma vie reste méritant, car il ne cherche pas l’adhésion du public à tout prix. Il témoigne d’une démarche artistique qui privilégie les ressentis et non le sensationnalisme. Le manque de maîtrise vient d’ailleurs de là. De l’exaltation provoquée par une volonté de livrer le plus fidèlement possible les impressions d’un homme au tournant de sa vie… Un artiste qui encourage l’empathie, dans lequel il n’est impossible du tout de se reconnaître.

@ Gilles Rolland

WISH I WAS HERECrédits photos : Wild Bunch

Par Gilles Rolland le 15 août 2014

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