[Critique] TAKE SHELTER

CRITIQUES | 22 janvier 2012 | 1 commentaire

Titre original : Take Shelter

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Jeff Nichols
Distribution : Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham, Katy Mixon, Kathy Baker, Ray McKinnon, Lisa Gay Hamilton…
Genre : Drame
Date de sortie : 4 janvier 2012

Le Pitch :
Curtis, un jeune père de famille, souffre de troubles du sommeil. Ses rêves, d’un réalisme saisissant, semblent le mettre en garde contre l’arrivée d’une tempête. Une tempête hors norme, à la puissance dévastatrice. De plus en plus perturbé et souffrant d’hallucinations, Curtis décide de nettoyer le vieil abri anti-tornade qui se trouve dans son jardin. Au risque de se mettre à dos son entourage, qui se pose de sérieuses questions sur sa santé mentale…
Grand Prix de la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2011, Grand Prix du jury au Festival de Deauville 2011 et Prix du meilleur film à la Fantastique Semaine du cinéma de Nice.

La Critique :
Il y a du Terrence Malick chez Jeff Nichols, qui réalise ici son second long-métrage, après Shotgun Stories. Une filiation lisible notamment dans les silences, les regards et surtout la façon d’appréhender la nature dans ses bruissements et ses mouvements. En cela, rarement au cinéma un horizon n’avait semblé si menaçant. Dès le début, le personnage principal scrute le ciel, observe la valse des nuages tandis que le vent fait chanter les arbres. En 5 minutes Nichols pose le décors et amorce une angoisse qui ne fera qu’accentuer sa pression au fil des minutes.

Si certains pourront reprocher à Take Shelter sa lenteur, il serait dommage de ne pas reconnaitre dans celle-ci une volonté affirmée et assumée de retranscrire avec pertinence un univers. Nichols prend son temps et accentue l’identification. Nous pénétrons ici l’intimité d’une famille. Une entité fragilisée par le handicap d’une petite fille, victime de surdité. Le couple est aussi analysé avec beaucoup de justesse et de finesse à travers la relation de Michael Shannon et de Jessica Chastain. Au fil des attaques de panique du héros, les dynamiques changent, les priorités aussi et le réalisateur de s’imposer un peu plus comme l’observateur minutieux et discret de personnes ordinaires confrontées à des évènements qui ne le sont pas du tout.

Take Shelter est un film lancinant mais pas que. Traversé par les chocs psychiques de Curtis, le film lorgne vers le cinéma de genre à plusieurs reprises. La paranoïa de Curtis est illustrée par des visions et autres rêves violents angoissants, à la puissance rare. De bruts accès qui confinent à la rage et qui font monter la tension autant qu’ils amènent à s’interroger sur la vraie condition du personnage central. Est-il visionnaire ou schizophrène ? Ces visions apocalyptiques sont-elles les simples expressions d’une maladie mentale naissante où annoncent-elles bel et bien un terrible cataclysme ?
Une question qui perdure jusqu’au final. Une conclusion ambiguë d’une beauté à couper le souffle. A l’image d’un film complexe, dur et bien entendu brillant. Une fresque aux accents tragiques qui interroge la condition de l’homme et sa place au sein du cocon familial, autant qu’elle pose un certain regard sur l’état de notre monde. Une œuvre aux accents bibliques (garantie sans bigoterie), dérangeante car réaliste, servie par une distribution en état de grâce.

Un casting dominé par le couple Shannon-Chastain bien évidemment. Quand le premier laisse à nouveau éclater un talent hors-norme (et retrouve un peu la même problématique que dans l’excellent Bug de William Friedkin), la seconde confirme tout le bien qu’il faut désormais penser d’elle. Ces deux comédiens habitent littéralement une œuvre en forme de claque monumentale. Un film qui scrute le ciel comme pour y apercevoir les prémices d’un changement brutal mais qui insiste sur les regards. En se rapprochant un peu plus plus à chaque séquences des visages, la caméra retranscrit l’inquiétude, le questionnement et la naissance d’un cataclysme. Qu’il soit personnel (la folie de l’homme) ou global (la fin du monde).

Alors, certes, on pense à Malick et à son Tree of Life. On peut aussi penser à Melancholia, de Lars Von Trier, avec qui Take Shelter partage quelques thématiques (sans être aussi prétentieux). Pour autant, Take Shelter est un film personnel. Un chef-d’œuvre dont les images n’en finissent plus de ressurgir dans les esprits.

@ Gilles Rolland

Par Gilles Rolland le 22 janvier 2012

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