[Critique] THE DARK KNIGHT RISES

CRITIQUES | 24 juillet 2012 | 6 commentaires

Titre original : The Dark Knight Rises

Rating: ★★★★½ (moyenne)
Origine : États-Unis
Réalisateur : Christopher Nolan
Distribution : Christian Bale, Anne Hathaway, Tom Hardy, Gary Oldman, Michael Caine, Morgan Freeman, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Matthew Modine, Alon Aboutboul, Ben Mendelsohn, Burn Gorman, Daniel Sunjata, Nestor Carbonell, Aidan Gillen, Reggie Lee, Juno Temple, Rob Brown, Robert Wisdom…
Genre : Thriller/Action/Adaptation/Saga

Le Pitch :
Depuis qu’il a endossé la responsabilité de la mort du procureur Harvey Dent, huit ans plus tôt, Batman a disparu. Gotham City vit dans une paix imputable aux lois initiées par Dent, tandis que Batman est considéré par le plus grand nombre comme un criminel. Cependant, au loin, l’orage menace la fragile harmonie de la ville. Une mystérieuse cambrioleuse fait son apparition, et s’attaque au plus riches. Une menace qui semble dérisoire face à celle que fait planer Bane sur Gotham. Terroriste aux intentions radicales, Bane, par ses actes, force Batman à sortir de sa retraite…

La Critique (Gilles) Rating: ★★★★★ :
Il y a tant de choses à dire à propos du troisième (et dernier) épisode de la trilogie de Christopher Nolan consacré à l’Homme chauve-souris. Avant de développer, il convient de qualifier ce film de gigantesque claque. Nolan a tenu bon jusqu’au bout. En restant fidèle à lui-même, à sa vision du personnage et de son univers et à ses intentions initiales, il clôt ici une œuvre avec toute la maestria que nous étions en droit d’attendre de sa part. The Dark Knight Rises est un chef-d’œuvre. De ceux qui restent. Peu importe ce qui va advenir de Batman. Nolan en a fini avec lui. Et le héros en ressort grandi.
D’autres vont s’y frotter c’est certain. Warner ne va certainement pas laisser une telle poule aux œufs d’or lui filer entre les pattes. Mais quoi qu’il se passe, il y a de grandes chances, que ce soit cette version, celle de Nolan, qui reste comme LA référence.
Forcement, la trilogie du Chevalier Noir s’impose comme l’une des plus grandes trilogies du cinéma. C’est désormais une évidence.

Batman Begins posait les bases. On y voyait naitre le héros. The Dark Knight questionnait cette condition de héros en la mettant à rude épreuve. The Dark Knight Rises poursuit l’analyse et y apporte un point final. Avec souffle et grandiloquence, mais comme pour les deux précédents volets, sans forcer le trait inutilement, ni tomber dans la démonstration de force pleine d’esbroufe.
Dans The Dark Knight, le Joker mettait à mal la figure quasi-mythologique qu’était devenu Batman. Il a fragilisé l’homme derrière le masque, pour atteindre directement le héros. Sondé les fondations de la société pour en fracturer scrupuleusement les piliers. Au terme de son combat contre le Joker, qui a perverti Harvey Dent, autre symbole d’une justice incorruptible, Batman est devenu un paria qui n’a plus aucune légitimité aux yeux du peuple.
C’est alors que débarque Bane, un terroriste sur-puissant à l’intelligence redoutable. Ce dernier profite de la fragilité d’une ville qui se repose sur une paix précaire. Il s’immisce dans les fissures créées par un système judiciaire trop sûr de lui et pose des charges explosives. Si le Joker reste sans aucun doute un génie du mal machiavélique, adepte de la torture psychologique, Bane, de son côté, incarne plus le mal dans sa forme la plus destructrice. Son ambition voit large et ses moyens sont considérables.
En cela, TDKR entretient le suspens. Il repose sur une pression sous-jacente qui exerce son influence de manière exponentielle. Comme dans les précédents films, Nolan prend son temps, pose les jalons de son intrigue et place ses pions sur l’échiquier. Ensuite, la partie commence véritablement, les enjeux se dévoilent et les noirs desseins de Bane de prendre une ampleur insensée.
Bane, qui physiquement est largement supérieur à Batman. Bane qui ne connait pas la pitié et qui n’hésite pas à tuer pour arriver à ses fins. Un être cruel, bourrin, mais méthodique, radical et mystérieux. Le méchant suprême, incarné par un Tom Hardy puissant et une nouvelle fois impressionnant. Physiquement, l’acteur fait montre d’une masse musculaire ahurissante. Gardant son masque fiché sur le visage, Hardy arrive néanmoins avec un talent qui force le respect, à insuffler de la nuance à son jeu. Son Bane n’en devient que plus humain et paradoxalement, d’autant plus effrayant.
Certains ont fait la comparaison avec Heath Ledger dans The Dark Knight. Qui est le meilleur ? Une question hors-sujet. Ledger a marqué la trilogie de son interprétation subtile, grandiloquente, jubilatoire et incarnée. Bane est plus froid, mais c’est cette froideur qui correspond au personnage. On ne peut pas mettre côte à côte l’un et l’autre, tout simplement car les deux acteurs ont incarné deux méchants très différents.
Même chose si on tente de superposer la Catwoman de Nolan et celle de Tim Burton dans Batman Returns. Rien à voir, tant la Catwoman de TDKR (qui n’est jamais nommée en tant que telle) s’inscrit dans la démarche réaliste de la trilogie, tandis que celle de Michelle Pfeiffer se plaçait plus dans la lignée fantasmagorique des comics. Michelle Pfeiffer était sexy à tomber dans Batman Returns et Anne Hathaway surprend en guerrière roublarde dans TDKR. Deux visions pour deux films diamétralement opposés, qui ne partagent finalement que le héros qu’ils mettent en scène.
Tom Hardy est donc puissant au possible (sa voix seule glace le sang), Anne Hathaway dévoile une facette insoupçonnée et s’avère elle aussi sensuelle dans la combinaison noire de son personnage et Christian Bale est parfait. Bale qui en prend inexplicablement un peu plein la poire ces derniers temps dans les médias, qui poursuit ici son exploration d’un personnage à deux facettes, avec un aplomb et une fragilité admirables. Le corps de Wayne accuse le coup, son âme semble tout aussi cabossée. Son retour aux affaires, donne tout son sens au « rises » (« s’élever » en français) du titre. Tel un phœnix, Batman remonte à la surface, avec ses failles. Encore et toujours, Nolan remet en question le statut de héros, trop souvent illustré dans les films à grand renfort d’une quasi-invulnérabilité fantastique.
Le Batman de TDKR en prend plein la gueule, au propre comme au figuré. Mis à l’épreuve par un bad guy qui lui semble supérieur en tous points, Batman doit aller chercher au plus profond de son enseignement, l’étincelle qui fera peut-être la différence.

L’accroche de l’affiche « Tout va s’embraser » ne ment pas. Dans TDKR tout explose. À l’écran, l’action est spectaculaire, pleine de souffle et de noirceur. Rien à voir avec le déferlement d’effets-spéciaux d’Avengers néanmoins. Nolan tient à conserver la dimension humaine de son action. Son long-métrage est âpre, sombre, désespéré et pertinent dans sa capacité à se placer dans un contexte social bien réel.
Le cinéaste n’épargne rien au spectateur, qui a de grandes chances de passer par tout un tas d’émotions puissantes. Dans TDKR, il y a du sang et des larmes. De quoi être pris à la gorge comme rarement par ce déferlement apocalyptique.
Ce troisième volet tient toutes ses promesses et ne déçoit jamais. Le temps est remarquablement exploité. Ce qui, pour un film qui dure 2h44, relève de l’exploit. L’écriture est toujours aussi fine et ciselée. Pas de grandes diatribes injustifiées. Les mots claquent autant que les balles et font tout aussi mal. Les personnages, très nombreux, bénéficient tous d’un soin particulier. Ainsi, les nouveaux venus que sont Marion Cotillard et Joseph Gordon-Levitt peuvent donner libre court à leur talent. L’actrice française se montre irréprochable et tout à fait à l’aise dans cet univers complexe, tandis que Gordon-Levitt constitue l’une des nombreuses grandes révélations du film.
Les autres, les Michael Caine, Gary Oldman ou Morgan Freeman, continuent à tenir leur poste avec un dévouement admirable. On sent que tous sont portés par la vision de leur chef-d’orchestre, conscients d’écrire le dernier chapitre d’une saga qui compte vraiment et qui pose de nouveaux jalons.

Référence ultime du film de super-héros réaliste, The Dark Knight Rises est un chef-d’œuvre. Les cinq étoiles de la note sont entièrement justifiées. Même si, dans le cas présent, on ne peut s’empêcher de penser, que quelque-fois, il n’y a pas assez d’étoiles…

@ Gilles Rolland

La Critique (Daniel) Rating: ★★★★½ :
Parmi les questions qui ont suivi la conclusion déchirante de The Dark Knight, celle qui vient maintenant à l’esprit est la suivante : une suite était-elle vraiment nécessaire ? Après tout, la fin du deuxième volet semblait définitive. L’achèvement d’une intrigue complète qui clôturait à la fois un film magistral sur Batman et un coup de maître de Christopher Nolan. Dépasser The Dark Knight a toujours été une tâche difficile, et malheureusement, l’absence du tant regretté Heath Ledger est une chose que le dernier chapitre de la saga contourne poliment, mais qui se remarque inévitablement.

Pourtant, The Dark Knight Rises fait des efforts magnifiques, avec l’histoire la plus épique de la trilogie, des scènes d’action incroyables, toute une armée de personnages soignés et des enjeux gigantesques. Les débuts extravagants des super-héros au cinéma appartiennent au passé. Plus grand, plus ambitieux que son prédécesseur, l’aventure finale de Batman est une sombre affaire de terrorisme urbain et de guerre des classes aux allures apocalyptiques, dont le scénario se rapproche dangereusement de l’actualité.

Et pourtant, il y a quelque-chose qui cloche. Les acteurs sont géniaux, la mise en scène est très solide, l’histoire est théoriquement intéressante, la musique est sublime, il y a de grandes idées en jeu et tout le monde est à fond. Mais le fonctionnement optimal qu’avaient les deux épisodes précédents semble être un peu à la ramasse avec ce troisième opus.

Le problème vient surtout de la structure, et pas de l’intrigue elle-même, qui est complexe et labyrinthique comme il se doit, quand on parle de Chris Nolan et dont la logique est parfois défaillante. Comme l’a démontré Inception, un tel problème peut être surmonté si la narration et le rythme restent fluides et prenants. Avec The Dark Knight Rises, la structure narrative est assez bordélique. C’est presque comme si le long-métrage était constitué de deux films indépendants collés ensemble à la va-vite.

La première moitié du film se contente d’une lente tension, où Nolan prend le temps de reposer les bases et de montrer à quel point les choses ont changé. L’impact qu’ont été les attaques du Joker et la mort de Harvey Dent sur l’infrastructure déjà instable de Gotham, continue de hanter les personnages, qui sont pleins de doutes et de regrets. Le fait que Batman lui-même n’apparaisse pas avant un bon bout de temps montre la patience admirable de Nolan. Sous l’emprise d’un autre studio, le Chevalier Noir aurait déjà enfourché la Bat-moto dés les premières minutes. Et si cette douceur initiale de progression pourrait agacer certains, elle semble être pertinente. C’est l’arrivée de Bane qui pousse Bruce Wayne à sortir de la retraite, retourner aux affaires et réapprendre les méthodes de Batman : « l’avènement du Chevalier Noir », comme l’indique le titre.

Sauf qu’au milieu du long-métrage, ce rythme intéressant est brutalement interrompu par le premier combat entre Bane et Batman, et le motif narratif de « l’avènement du Chevalier Noir » recommence à zéro, cette fois dans un endroit différent. Nolan est un maître en rebondissements, mais celui-ci en particulier est un peu maladroit et dérobe beaucoup d’intérêt à la première heure du film.

The Dark Knight Rises est certes un film dramatique, solennel et ultra-sérieux, mais aussi curieusement vide d’un point de vue thématique. Beaucoup de références sont faites à des aspects socio-politiques d’actualité, comme l’influence de la police et l’inégalité sociale, mais de telles connotations sont explicites et non implicites. Au lieu de donner une certaine éloquence au récit, elles servent plutôt à nous informer que les personnages sont des types très penseurs et réfléchis. Nolan explique, mais oublie de montrer. C’est presque comme si un tiers du film était constitué de personnages qui éclaircissent leurs motivations, leurs relations et leurs métaphores en parlant à la caméra, plutôt que de les représenter à travers des actions et des images.

Heureusement, les acteurs sont au max. Anne Hathaway est la perle rare du lot dans le rôle de Selina Kyle (qui d’ailleurs n’est jamais appelée sous le nom de Catwoman), ce qui est surprenant quand on considère qu’elle remplit ce boulot presque toute seule. Au niveau du scénario, son personnage est quasiment une feuille blanche, principalement requise pour faire avancer l’intrigue et servir de point de vue au spectateur, pour une leçon moralisante sur les défauts de la révolution anarchique. Mais elle a vraiment l’air de s’éclater : se lançant dans des combats et des courses poursuites comme une mini-Batman et adoptant le rôle de la femme-fatale dure à cuire, avec une conviction formidable.

Bane est plus problématique. Tom Hardy donne une prestation impressionnante et originale pour ce qui est essentiellement un catcheur aux tendances meurtrières. Bane est sans doute le personnage le mieux conçu et le plus fascinant de tout le long-métrage, mais c’est aussi une énigme totale. Comme Venom de Spider-Man, Bane est un méchant de comics qui est devenu inintéressant au-delà de ses origines, et si chez Nolan il garde uniquement le nom et rien d’autre, ses motivations sont difficiles à déchiffrer. Le cerveau est derrière une révolution digne de celle de la Bastille, qui oppose criminels et policiers dans les rues de Gotham, l’objectif de Bane semble être le renversement des privilèges et de la richesse pour faire régner le chaos et mettre Gotham à feu et à sang. Plan radical, certes, mais un peu superflu si on considère qu’il a également l’intention de détruire la ville par des moyens plus explosifs.

Les machinations de Bane donnent lieu à d’autres séquences incroyables, comme un attentat sur la Bourse de Gotham et l’explosion d’un stade de football, qui semblent être des attaques métaphoriques contre les divinités jumelles de la société américaine : l’argent et le sport. Si dans The Dark Knight on pouvait se demander d’où le Joker arrivait à trouver une telle quantité de flingues et de dynamite, les ressources financières et l’équipement de Bane ne connaissent apparemment aucune limite. D’où il les sort, ses jouets ?

Tout ceci est bien négatif, peut-être. Mais The Dark Knight Rises se rattrape dignement avec sa deuxième moitié. Tous les éléments qui étaient présents dans Batman Begins et The Dark Knight marchent toujours à merveille. L’action est spectaculaire et viscérale, mais ce sont toujours les moments intimes qui résonnent le plus. Si sa perspective réaliste est parfois discutable, Nolan joue avec les lois de la physique sans les enfreindre. Au cœur de son film se trouve la conclusion de sa thèse philosophique sur le Chevalier Noir, et les points sur lesquels il réussit à toucher au but, sont d’une noirceur abyssale.

Un enfant traumatisé par le meurtre de ses parents et qui a grandi avec une rage qu’il ne peut refouler, la descente de Bruce Wayne au plus profond des ténèbres se termine, et les ténèbres lui servent désormais de miroir. De tous les méchants de l’univers Batman, Bane est peut-être le moins charismatique, mais il fait indiscutablement partie de ce cycle sinistre d’adversaires. Ra’s Al Ghul, l’Épouvantail, Le Joker, Double-Face… des êtres menaçants qui sont, en fin de compte, des versions extrêmes de Batman lui-même, des reflets de sa personnalité qui viennent tous du même endroit Nietzschéen.

Les leçons qu’apprend Bruce Wayne dans The Dark Knight Rises sont essentiellement un retour en arrière vers celles de Batman Begins, sauf qu’il n’est plus question de vengeance. Alors que ses parents étaient des philanthropes qui donnaient vie à Gotham, Bruce fuit ses responsabilités pour soigner son chagrin En effet, il est clair que Wayne est en régression, qu’il est redevenu le gamin qu’il était dans Begins : après avoir essayé d’échapper à son enfance tragique d’orphelin, la mort de son amie d’enfance l’a replacé à la case départ. L’épopée finale de son personnage soulève à nouveau de nombreuses questions intrigantes sur l’héroïsme, l’identité, la justice, la rédemption et le sacrifice. Même au terme de son récit, Bruce Wayne est l’homme destiné au privilège, mais éternellement piégé dans une prison personnelle.

The Dark Knight Rises est un film sombre dont la lourdeur le met à l’épreuve. Il se termine en beauté avec un acte final pyrotechnique et explosif digne de l’intensité d’un James Bond, et la finalité du récit compense aisément ses quelques fautes avec une charge purement émotionnelle. La pesanteur de tout ce qui s’est passé auparavant trouve finalement son impact, et met en évidence le talent de Chris Nolan et le travail qu’il a accompli. Qu’un réalisateur arrive à fusionner l’anarchie civile, la destruction massive et Batman tous ensemble est admirable. Qu’il arrive à trouver l’équilibre entre la sobriété et la sensation est impressionnant. Qu’il conclut la trilogie est inévitable. Nolan a le goût de la théâtralité. Il reconnaît l’absurdité du personnage de Batman et sa puissance d’inspiration, et assume les deux.

The Dark Knight Rises n’est pas sans ses défauts, et restera peut être l’épisode le plus faible de la saga. Il manque occasionnellement de la clarté et de la surprise qui caractérisaient ses prédécesseurs. Mais ceci ne relève pas de la déception, plutôt de l’imperfection. Et de telles maladresses sont pardonnables, quand on considère qu’il fait partie d’un grand tableau de maître, l’épilogue définitif d’une trilogie grandiose qui a accompli une déconstruction prodigieuse du mythe du super-héros et enfin confirmé la place des adaptations de comics au cinéma. La boucle est bouclée. Un final plus qu’honorable.

@ Daniel Rawnsley

La Critique (Audrey) Rating: ★★★★½ :
– «  Why do we fall Bruce?  So we can learn to pick ourselves up. » –

Christopher Nolan sait soigner ses entrées ; on a pu apprécier par le passé l’entrée fracassante du deuxième opus The Dark Knight, de sa trilogie consacrée à Batman , nous voici mis K.O dès le premier round avec The Dark Knight Rises.
La première scène est estomaquante, le nouveau «vilain» et sa voix si particulière font froid dans le dos .

Le troisième volet de la trilogie est comme un savant mélange des deux précédents, bien qu’il bénéficie de nouveaux personnages très intéressants, servis par des acteurs de talent et se voit aussi gratifié d’effets visuels virtuoses toujours plus impressionnants.

On retrouve un peu de l’esthétisme noir de Batman Begins, le premier volet, avec certains décors, le personnage de Selina Kyle et son costume, ou encore la vision de Gotham ancrée dans l’obscurité, avec ses sous-sols terrifiants qui prennent plusieurs aspects.
Toujours dans le rapprochement avec Batman Begins, on retrouve l’empreinte mystique avec le vieil initiateur qui remplit le rôle de formateur et recrée le personnage de Batman. On assiste à la reconstruction du Chevalier noir .
Batman repasse par ses vieux démons, le puits, les chauves-souris, bien réelles, mais qui peuvent également être interprétées métaphoriquement. «Le puits» notamment, vous portera l’estocade par la puissance de sa mise en scène (flou voulu pour ne rien gâcher).

Pour le rapprochement avec The Dark Knight, on retrouve aussi la vision de la ville moderne, qui est mise en valeur par de superbes prises de vues et des plans à tomber par terre.

Il y a plusieurs lectures pour cette œuvre : on peut y voir un film d’action atomisant et majestueux, (ce que l’on appelle communément un blockbuster), on peut aussi y voir une critique cinglante à l’égard d’un système qui crée beaucoup de pauvres et les laisse de côté, ce qui peut les pousser au désarroi et à la violence. Wall Street est égratigné par quelques phrases assassines qui paraissent anodines, mais qui sont en même temps tellement pleines de sens.
«Le tribunal» avec la réapparition de Crane (excellent acteur au passage) est premièrement beau esthétiquement parlant et symbolise une révolution, une révolte des peuples, mais avec ses excès et ses bourreaux ou tout simplement une nouvelle dictature.

Certains passages prennent aux tripes et nous rappellent les affres de la guerre, la terreur absolue qu’elle génère. Le tribunal et sa forme d’exécution n’est qu’une autre forme de métaphore que chacun analysera comme il veut.

Toujours dans l’analyse, on assiste à une «Amérique», représentée par Gotham, qui est complètement dans la psychose du terrorisme, retranchée sur elle-même, ultra militarisée. Certaines scènes font très «américaines» : artillerie lourde, défilé militaire, comme une glorification du patrimoine militaire des États-Unis, « vas-y que j’appelle le président des United States Of America », on ressent une atmosphère quelque peu outrancière à certains moments et une forme de patriotisme exacerbé.
Cependant cet aspect ultra militarisé peut aussi être perçu comme une critique de la puissance militaire et expansive des États-Unis. À prendre donc avec des pincettes.

Pourtant, le film, qui est certes imposant et fantastique visuellement, manque quelque-peu d’émotion. Il est en très grande partie basé sur les effets-spéciaux visuels.
Heureusement il y a Alfred pour nous apporter «ce petit quelque chose» de touchant qui manque dans l’interprétation des acteurs du film. L’émotion est concentrée dans des moments forts.

Outre ces petits bémols (mais en sont -ils vraiment ?) les combats, surtout quelques-uns en particulier, vous laisseront sur le carreau. En tout cas, tel a été mon cas et je ne me suis toujours pas relevée !
On ne s’ennuie pas, le film démarre fort dès la première scène et ne connaît pas de longueurs (pourtant il dure 2h45), tout est bien orchestré et les scènes s’enchaînent les unes après les autres dans une harmonie et une cohérence parfaites.
La bande-son est d’une évidence rare, chaque morceau est consciencieusement choisi et épouse magiquement chaque scène.
Il n’y a pas de répit, tout se coordonne très vite et l’action bat son plein quasiment tout le long. On est entraîné dans Gotham et on en ressort seulement en franchissant la porte de la salle… et encore…

Les acteurs sont tous bons, avec quelques mentions spéciales à décerner pour les plus grandioses : Gary Oldman est toujours aussi impeccable, dans la trilogie comme dans tous ses films, même si on ne le voit malheureusement pas assez !Tout comme Morgan Freeman, juste et parfaitement à son aise comme d’habitude.
Marion Cotillard s’en sort plutôt bien, quant à Christian Bale, il est constant, doué et toujours aussi froid dans son rôle de Bruce Wayne / Batman (quoique paraissant un peu malade !)
Mention spéciale pour Tom Hardy qui ici, se métamorphose complètement et nous offre un jeu de haute-volée. Sa voix vous donnera des frissons garantis (Tom Hardy découvert pour ma part dans «La Taupe» excellent film au passage).
Mention spéciale à Michael Caine qui interprète Alfred Pennyworth et qui nous apporte la touche d’émotion.
Mention spéciale également à Anne Hathaway qui interprète «Selina Kyle» avec brio, elle apporte beaucoup de fraîcheur au film, parfaite dans le rôle.
Justement la critique de la société excluant les pauvres et créant de la délinquance, émise dans le film, est aussi incarnée par notre «Catwoman» jamais citée par son nom originel, mais uniquement fortement suggérée.
Mention spéciale à Joseph Gordon-Levitt qui évolue tout au long du film, et apporte lui aussi sa dose de fraîcheur au dernier opus.

Christopher Nolan rend hommage à la trilogie car certains personnages réapparaissent. Il mélange les univers des films précédents pour n’en faire qu’un.
Le maestro aime les retournements de situations et les surprises, on peut le critiquer sur certains aspects, mais c’est tout de même un réalisateur de talent qui nous offre un dernier opus qui atteint les sommets et une trilogie sur le justicier masqué franchement quasi-parfaite.
Certaines scènes sont des chefs d’œuvres à elles seules ! Le film est une suite de séquences grandioses, techniquement c’est de la quasi perfection.
Seul minuscule hic : en sortant de la salle, une petite sensation de vide persiste. En partie certainement due au manque d’émotion, mais aussi car il est difficile d’analyser et d’assimiler toutes les métaphores et les nuances de l’œuvre d’un seul coup. Il y a tant de choses suggérées que l’analyse s’avère très vaste et complexe.
The Dark Knight Rises, c’est aussi la critique d’un monde en implosion. L’annonce d’une révolution contre un monde injuste.

Un chef-d’œuvre incontestablement.

Pour terminer, on aura une pensée pour Heath Ledger, qui a révolutionné le rôle du Joker et qui a fait de The Dark Knight une Merveille.

@ Audrey

La Critique (Sacha) Rating: ★★★★☆ :
The Dark Knight Rises sort enfin ! 4 ans d’attente qui prennent fin. The Dark Knight avait fait l’effet d’une bombe détruisant tout sur son passage. Il a mis la barre très haut, creusant un fossé entre lui et les autres productions de ce type. On attendait donc de sa suite qu’elle égale voire dépasse le précédent….

Je dois dire que même si le film m’a paru vraiment excellent, j’ai été un peu déçu. C’est en partie dû à cette longue attente et aussi du fait de l’inévitable comparaison avec le précédent. Mais bon nous allons voir ça en détail.

Niveau mise en scène, rien à dire. Nolan file toujours des beignes par paquets de douze et nous offre une lecture spectaculaire et surtout nous livre la version ultime de son fantasme de la verticalité. En effet, le “Rise” est à prendre dans tous les (nombreux), sens du terme. La photo est soignée, bien que trop uniforme et manque un peu de contraste. Mais bon c’est de la belle ouvrage.

Niveau casting, on est encore sur du très lourd. Les habitués font toujours admirablement leur boulot. Oldman, Freeman et Caine, les trois aînés, respirent la classe et dévorent l’écran avec élégance, bien que ce dernier soit moins présent. Les nouveaux ne sont pas en reste. Anne Hathaway, qui était l’objet de quelques inquiétudes, s’en sort plus qu’honorablement en réussissant à amener sa patte au personnage de Catwoman. Roublarde et pleine de charme, elle se distingue vraiment de la version Michelle Pfeiffer, ce qui est en soi un petit exploit. Viennent ensuite les rescapés d’Inception. Gordon-Levitt s’en tire bien, son rôle est intéressant. Il est un personnage des plus normal, on s’identifie à lui et il apparaît au fil du film comme un héros en puissance tout en conservant toute son humanité. Et là on en vient à parler du grand méchant garçon, Tom Hardy. Celui-ci s’était déjà affirmé comme un excellent comédien dans RockNRolla et surtout dans Bronson, où son physique était encore une fois impressionnant. Cette fois-ci, il est über impressionnant. Carrure de catcheur, voix glaçante et charisme hallucinant, le bonhomme en impose dès sa première apparition. Le reste du film ne fait que confirmer son talent, véhiculer une véritable peur, une véritable menace et ce malgré un masque fort handicapant. Une vraie performance donc, a rajouter au tableau de chasse de cet acteur, qu’il convient de surveiller de près. Christian Bale est comme toujours parfait, du début du film (où il est amoindri moralement), à la fin, à son sommet, en passant par un véritable chemin de croix. Marion Cotillard est celle qui m’a le moins convaincu. Certes, pendant un bon moment, elle se maintient au niveau mais bon, le sur-jeu d’une séquence assez difficile à rater est assez drôle. Enfin, pour sa défense, le niveau étant très élevé, on lui pardonne, elle nous aura fait rire quand même.

Là où le film a peiné à me convaincre, c’est au niveau du scénario. Il est riche, on ne peut pas le lui enlever, mais il manque un peu d’ordre. C’est d’autant plus dommage que les deux frères Nolan ont travaillé ensemble dessus (comme pour Memento, donc bon…). Cette richesse est caractéristique du cinéma de Nolan, mais elle est mal exploitée à mon sens.
On retrouve une séquence d’intro spectaculaire et digne de The Dark Knight. Le début en tout cas est des plus intéressants, mettant en avant les conséquences du précédent opus sur le microcosme qu’est Gotham. Microcosme qui ne l’est plus vu l’ampleur de la crise à venir…
Le calvaire vécu par Batman permet un parallèle avec le premier opus. Parallèle entretenu par d’autres éléments. On se rend peu à peu compte que ce clavaire est surtout physique, Batman en prend plein la tronche et doit donc s’élever à un niveau jamais atteint pour surmonter son redoutable adversaire. Il y aussi la façon de détourner une partie de ce qui fait l’identité du héros, donnant l’impression que Bane et lui sont des égaux qui ont choisi deux voies différentes. L’un, celle de la justice collective, de la lutte contre la décadence et l’autre une voie plus solitaire et paradoxalement universelle. Le sous-propos lié à l’insurrection (toujours ce Rise qui lie forme et fond) est intelligemment traité et nous offre de belles séquences : des combats de rue, des destructions de stade/ponts et autres bâtiments, le tribunal révolutionnaire mené par Crane (le génial Cillian Murphy) qui rappelle les horreurs de la Terreur, ou l’attentat à la bourse bien ficelé. Nolan l’exploite bien est fait preuve d’une certaine sagesse dans l’usage qu’il en fait. L’écologie est là aussi, mais elle est moins présente. Un élément secondaire sympa en somme. Bane allie puissance physique et intelligence machiavélique, c’est un général, un chef de guerre dans toute sa splendeur. Sa confrontation avec Batman sera d’une nature autre que celle avec le Joker, ce qui est intéressant mais moins puissant d’un point de vue psychologique. La noirceur est néanmoins moins présente, l’humour pointe doucement le bout de son nez parfois, mais l’émotion est bien là.
L’intrigue offre aux autres personnages de quoi se mettre en avant, ce qui est un bon point, au même titre que certains moments d’émotions, qui nous rappellent tout simplement que c’est la fin. Mais bon, tout cela est un poil trop décousu, ce qui nuit au côté efficace et percutant du film. Au final, ce film, comme le premier, possède un cahier des charges qui a pu freiner la liberté salvatrice du deuxième opus. Il doit fermer la boucle que Begins avait ouverte, ce qui rend le scénario moins imprévisible. Même si il réserve quelques surprises, l’effet est moins puissant à cause du précédent Dark Knight.

Bilan, Nolan a su relever une licence malmenée par Schumacher et lui donner un nouveau souffle en lui donnant un nouveau début, imprégné de noirceur et de réalisme. Il peut être fier et si le final m’a un peu déçu, je suis néanmoins reconnaissant de son ambition et du travail original et cohérent sur l’ensemble de la série.

@ Sacha Lopez

Crédits photos : Warner Bros.

Par Gilles Rolland le 24 juillet 2012

Déposer un commentaire

S’abonner
Notification pour
guest
6 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Pamalach
Pamalach
9 années il y a

Paye ta vitesse d’écriture ! Non de dieu ça donne sacrément envie !!!

hippocampestudio
Administrateur
hippocampestudio(@hippocampestudio)
9 années il y a
Répondre à  Pamalach

Lol, merci ! Oui franchement c’est du grand cinéma. Je suis encore sous le choc.

Anthony Genot
9 années il y a

Whaou ! Une critique qui donne sacrément envie ! Mon avis viendra dans le courant de la semaine

Antoine
Antoine
9 années il y a

Comme tu as pu le lire je l’ai vu au cinéma Imax de Melbourne…. 32mx23m… J’en ai encore plein les yeux… En Que ce soit en tant que fan de Batman ou simple cinéphile, c’est E-NORME !!

hippocampestudio
Administrateur
hippocampestudio(@hippocampestudio)
9 années il y a
Répondre à  Antoine

Je suis tout à fait d’accord avec toi. En tant que fan de Batman ou en tant que cinéphile, c’est énorme c’est clair. Je l’ai vu en Imax aussi à Toulouse même si l’écran n’est pas aussi grand que celui de Melbourne 🙂 C’était déjà incroyable niveau son et image, une vraie claque !

trackback

[…] The Dark Knight Rises sort en salles le 25 juillet. Un peu partout, dans une large combinaison, vous n’y échapperez pas, le Chevalier Noir sera près de chez vous ! (Mise à jour : crique de The Dark Knight Rises ici) […]