[Critique] THELMA

CRITIQUES | 27 novembre 2017 | Aucun commentaire
Thelma-poster

Titre original : Thelma

Rating: ★★★★½
Origine : Norvège/France/Danemark/Suède
Réalisateur : Joachim Trier
Distribution : Eili Harboe, Kaya Wilkins, Elle Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen…
Genre : Drame/Thriller/Épouvante
Date de sortie : 22 novembre 2017

Le Pitch :
Thelma vient de quitter le foyer familial pour aller étudier la biologie à Oslo. Éduquée dans la foi chrétienne par des parents dévots, elle s’ouvre peu à peu à son nouveau mode de vie mais doit composer avec de violentes crises qui semblent aller de pair avec des phénomènes plutôt étranges. C’est alors que la jeune femme entreprend des recherches sur le mystérieux mal qui semble la ronger…

La Critique de Thelma :

Réalisateur notamment remarqué avec Oslo, 31 août ou encore Back Home, Joachim Trier a choisi avec son nouveau film de continuer son exploration de thématiques telles que la solitude, la mélancolie et l’apprentissage. Des thèmes ici traités à travers le prisme d’un surnaturel certes référentiel, mais néanmoins discret. Ce qui ne veut pas dire que Thelma ne baigne pas constamment dans une ambiance qui ne cesse d’évoquer des phénomènes qui peu à peu, prennent un peu plus d’importance…

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Norvegian Wood

À l’heure où les années 80 et plus particulièrement Stephen King n’en finissent plus de se retrouver au centre de démarches certes modernes mais néanmoins résolument nostalgiques dans l’âme, Joachim Trier a souhaité livrer sa propre interprétation de références marquées mais ainsi parfaitement digérées et brillamment réinterprétées. Impossible, et c’est normal car c’est complètement assumé, de ne pas penser à Carrie ou à Charlie, deux œuvres phares de King, devant Thelma, tant Trier s’est appuyé d’une certaine façon sur les mêmes mécanismes pour donner encore plus de vigueur et d’éloquence à son récit initiatique teinté de mélancolie et marqué par la détresse et la mort. Ne croyez pas pour autant deviner de quel bois est fait Thelma en sachant simplement que son scénario évoque ces deux livres, vu que Joachim Trier brouille en permanence les pistes, s’éloigne malgré tout du format américain, pour imposer un style à la fois très onirique, lorgnant du côté de L’Échelle de Jacob par exemple, mais aussi foncièrement efficace car suffisamment frontal par moment pour marquer immédiatement et durablement.
Mieux vaut d’ailleurs ne pas trop en savoir au sujet de l’histoire de cette jeune étudiante touchée par de brutales crises. Thelma s’appréhende mieux si on choisit de lâcher prise et de s’abandonner aux ressentis que le réalisateur s’efforce d’exprimer avec une pertinence qui force le respect.
Magnifiquement filmé, entre les grandes étendues glacées, qui renvoient à la souffrance et à la solitude de l’héroïne, et la ville d’Oslo, qui représente l’ouverture du personnage sur un monde jusqu’ici à peine entre-aperçu, Thelma bénéficie du savoir-faire d’un cinéaste dont l’un des talents les plus flagrants est de ne jamais laisser la technique prendre le pas sur la narration. Ici, tous les choix servent magnifiquement l’histoire, qui s’apparente alors de bien des façons à une inexorable montée en puissance, passionnante de la première à la dernière image.

Initiation fantastique

Authentique conte initiatique souvent difficile, parfois cruel, mais aussi d’une beauté pénétrante, Thelma bénéficie de l’interprétation viscérale d’Eili Harboe. On peut d’ailleurs carrément parler de révélation tant cette comédienne jusqu’ici relativement méconnue, parvient à incarner toutes les valeurs du film, sans commettre aucune faute, y compris quand le scénario, alors que se dessine le dénouement, aurait pu appeler à quelques excès. D’une beauté magnétique, ultra charismatique, aussi bien à son aise dans la vulnérabilité que dans la force, Eili Harboe est le pilier de ce film incontournable à plus d’un titre. Kaya Wilkins aussi d’ailleurs, une musicienne qui fait l’actrice et qui partage l’affiche, nourrissant une sensualité venimeuse au centre d’un discours aux multiples ramifications.
Traitant aussi bien de la religion, de la famille, de sexualité refoulée, de culpabilité et d’émancipation, Thelma renoue aussi avec la tradition aujourd’hui un peu oubliée des années 70, au sein desquelles les œuvres horrifiques et/ou fantastiques avaient beaucoup de choses à dire sur l’état du monde ou de la société, sur les hommes et leurs travers, en plus de ce qu’elles proposaient sur un plan strictement graphique. Inquiétant, Thelma sait aborder avec tact et beaucoup de sensibilité des sujets du coup magnifiquement traités, avec une poésie qui finit par positivement contaminer l’ensemble. On regrettera juste la fin, peut-être un peu expédiée rapidement au vue de l’application et du temps que prend l’histoire pour se mettre en place, mais la cohérence et la portée ne sont pas impactées. En somme, voici l’anti-Grave idéal ! Sur un thème assez similaire, à savoir l’éveil d’une jeune fille entravée par une famille envahissante et/ou par des idées d’un autre âge, les deux films sont pourtant très différents. Là où Grave fonçait tête baissée et adoptait une posture aussi prétentieuse que ridicule, sans cesse dans une outrance à la longue forcément pathétique, Thelma fait tout l’inverse et opte pour un lyrisme bien plus efficace. Que ce soit quand l’horreur prend le pas sur tout le reste ou lors des séquences plus douces. Thelma dont l’une des qualités les plus flagrantes est en plus de ne jamais se regarder le nombril et aussi de ne pas opter pour de vilains raccourcis aussi inutiles que dommageables au récit. Un authentique coup de maître pour Joachim Trier !

En Bref…
Récit initiatique aussi beau et touchant que parfois effrayant, voire tétanisant, Thelma distille une poésie à la beauté glaçante, racontant quelque chose de viscéral sans justement tomber dans l’excès. Magnifiquement réalisé, interprété et écrit, il touche au vif et va loin… Très loin…

@ Gilles Rolland

Thelma  Crédits photos : Le Pacte

Par Gilles Rolland le 27 novembre 2017

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