[Critique] UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS

CRITIQUES | 22 janvier 2015 | Aucun commentaire
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Titre original : The Theory of Everything

Rating: ★★★★☆
Origine : Angleterre
Réalisateur : James Marsh
Distribution : Eddie Redmayne, Felicity Jones, Tom Prior, David Thewlis, Harry Lloyd, Sophie Perry, Michael Marcus, Charlie Cox, Emily Watson…
Genre : Biopic/Drame/Adaptation
Date de sortie : 21 janvier 2015

Le Pitch :
Angleterre, 1963 : le brillant Stephen, un étudiant en Cosmologie à l’université de Cambridge, s’apprête à entamer sa thèse de doctorat, poursuivant ainsi un but bien précis : percer le mystère de la création de l’univers. Sa rencontre avec Jane, une jolie étudiante en Lettres, lui ouvre de nouveaux horizons et tout semble aller pour le mieux. Un jour pourtant, tout s’écroule lorsqu’une terrible maladie dégénérative lui est diagnostiquée. Alors que les médecins ne lui donnent que deux ans à vivre, en voyant jour après jour ses facultés motrices s’éteindre les unes après les autres, Stephen s’accroche et poursuit ses recherches. À ses côtés, Jane ne cesse de le soutenir, dans son combat contre un mal pour lequel il n’existe aucun remède, avec la ferme intention de faire mentir les pronostics des docteurs. Mois après mois, année après année, Stephen Hawking continue ses recherches sur le temps et ne cesse d’étonner le monde, de par son intelligence, mais aussi grâce à son incroyable volonté et à son optimisme sans cesse renouvelé. Histoire vraie…

La Critique :
Stephen Hawking est une remarquable exception. Cerveau brillant, spécialisé en physique et en cosmologie (avec entre autres sujets l’étude du temps ou encore les trous noirs), Hawking a su vulgariser son savoir pour devenir au fil des années, une véritable rock star de la physique. Un génie célébré par les scientifiques, mais aussi par les geeks et autres amateurs de science-fiction, sans pour autant que ces derniers ne soient forcément prompts à comprendre les équations complexes qui sont à la base des théories de l’homme. Sa présence dans les Simpson, Star Trek, ou encore dans The Big Bang Theory, tendent à prouver son statut très particulier, ainsi que sa place prépondérante, à la fois dans l’histoire de la science, mais aussi dans la culture pop.
Son combat contre la maladie de Charcot, motivé par une exceptionnelle rage de vivre, et son humour à toute épreuve, ayant fini d’ancrer son image dans un inconscient collectif hyper large. Étonnant alors que personne n’ait pensé avant à illustrer dans un film l’existence de Hawking, même si un téléfilm de la BBC, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle, avait été diffusé en 2004.

C’est le cinéaste britannique James Marsh qui se porta volontaire pour réaliser ce biopic très attendu, adapté du livre de Jane Hawking, l’épouse de Stephen. Un réalisateur plutôt porté sur une démarche artistique intimiste, comme peuvent en attester ses précédentes livraisons comme le récent Shadow Dancer, avec Clive Owen. Ici toutefois, Marsh doit se plier à un exercice souvent jugé comme très américain et appelant tout aussi fréquemment un certain académisme qui dérange. Tout ceci étant intimement lié à la personnalité au centre de la démarche. Certains appelant une forme classique et d’autres moins… Stephen Hawking lui, s’avère tout particulièrement difficile à aborder tant son histoire mêle des thématiques sensibles, liées notamment à sa maladie.
Avec un naturel très appréciable, James Marsh se lance et se laisse en quelque sorte porter par son histoire, semble-t-il conscient de la force de celle-ci et de la nécessité de ne pas en dénaturer le propos.

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Avec pour écrin la majestueuse université de Cambridge, le film s’avère très vite immersif. Stephen Hawking, cet homme maladroit, timide, mais déterminé, est attachant, et Jane, l’élue de son cœur, contribue à encourager une empathie qui ne fait que décupler sa puissance au fil des scènes. Le scénario lui, ne cherche pas à surprendre à tout prix, dans le sens ou tout le monde ou presque sait comment l’histoire va se terminer. En l’occurrence, ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage. Celui-ci est à la fois beau et tragique. Quand intervient la maladie tout particulièrement, dont les impitoyables symptômes se voient opposés à la volonté de Hawkins et à l’amour qui l’unit à Jane. Intelligemment, Une Merveilleuse Histoire du Temps sait rendre accessible les recherches complexes du physicien. Juste assez en tout cas pour nous permettre, à nous néophytes, d’en saisir l’importance et les enjeux. Au lieu d’enchaîner les explications sur les trous noirs, le film saisit au vol le parallèle entre les recherches de Hawking au sujet du temps, et cette épée de Damoclès menaçant à tout moment de mettre un terme à une existence en forme de longue et difficile lutte.
Parsemé d’ellipses illustrées grâce à des enchaînements de scénettes filmées en Super 8, Une Merveilleuse Histoire du Temps fait montre d’un académisme certain, mais brille également par une mise en scène soignée et pudique. Jamais le film ne se montre trop complaisant ou trop dur. Au final, c’est l’émotion qui s’en trouve décuplée, tout particulièrement lors de séquences véritablement déchirantes, quand bien même l’œuvre ne donne jamais l’impression de vouloir à tout prix extirper les larmes. À côté de cela, étrangement, le long-métrage s’avère certes passionnant, mais un peu timide, en donnant l’impression de parfois survoler un peu son sujet. Si on pige par exemple à quel point Hawking devient célèbre, on a par contre du mal à saisir quand intervient sa notoriété soudaine. Quand il publie Une Brève Histoire du Temps, son plus grand best-seller, par exemple. Idem quand il s’agit de traduire à l’écran la lente déliquescence de son couple. Peut-être effrayé à l’idée d’ennuyer, James Marsh va trop vite…

Caractérisé par une photographie sublime, des décors naturels vraiment sensationnels et une ambiance prégnante, Une Merveilleuse Histoire du Temps doit bien évidemment beaucoup à ses acteurs. À Eddie Redmayne et à Felicity Jones tout spécialement. Le premier livre une performance ahurissante. Le genre même de celles qui peuvent faire pleuvoir les récompenses, sans que ce soit péjoratif, bien au contraire, tant il convient de saluer l’extraordinaire acuité d’un acteur exceptionnellement pertinent. Non seulement, Redmayne ressemble physiquement à Hawking, mais il semble en plus avoir tout compris au personnage, lui qui parvient à retranscrire le caractère facétieux de l’homme de science, sans que cela n’amenuise l’aspect tragique de sa situation.
Stephen Hawking ne pouvait pas rêver mieux qu’un tel hommage. À fond dans son rôle, investi d’une mission qu’il prend très à cœur, Eddie Redmayne est Stephen Hawking à 100% et réussit l’exploit de doser remarquablement son jeu, pour à l’arrivée, ne jamais tomber dans l’excès.
Felicity Jones quant à elle, ne se laisse jamais écraser et brosse un remarquable portrait de femme forte. Non seulement elle demeure à ce jour l’une des plus belles actrices en activité, mais elle sait en plus imposer une intensité étonnante, quand il s’agit de mettre les apparences de côté pour saisir l’essence même de son personnage.
Deux comédiens parfaits donc, autour desquels gravitent des acteurs solides, tels David Thewlis, Emily Watson ou encore le très touchant Charlie Cox.

Émouvant, Une Merveilleuse Histoire du Temps l’est assurément. Poétique aussi, grâce, entre autres choses, aux mélodies de Jóhann Jóhannsson et, on le répète, à la photographie de Benoît Delhomme. James Marsh ne s’est pas laissé démonter. Eddie Redmayne et Felicity Jones non plus. Ensemble, ils nous racontent une incroyable histoire, porteuse d’une morale certes convenue, mais ici très parlante. En découle un film inspirant, qui ne laisse jamais la tristesse s’installer trop longtemps, à l’image de l’une des devises de Stephen Hawking : « quand il y a de la vie, il y a de l’espoir ».

@ Gilles Rolland

 

Une-Merveilleuse-Histoire-du-Temps-Felicity-JonesCrédits photos : Universal Pictures France

 

Par Gilles Rolland le 22 janvier 2015

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