[Interview] DELIRIUM TREMENS (Part. 1) : Mehdi Belhadj

INTERVIEWS | 12 février 2012 | 5 commentaires

Intéressons-nous à Delirium Tremens. Huis clos monté par la seule force de la passion de son créateur et de ses acteurs, ce film explore les tréfonds de l’addiction. Premier long-métrage de Mehdi Belhadj, Delirium Tremens tourne autour de Gabriel (Maximilien Poullein), un peintre alcoolique et agoraphobe, transpercé par de nombreux cauchemars qui lui interdisent tout repos. Nina, une amie, prend conscience que l’alcool est à la source du mal-être de Gabriel et tente de le sevrer. Gabriel tombe alors dans une spirale infernale de transes durant lesquelles il peint le portrait de jeunes femmes. Des femmes retrouvées par la suite violées et tuées…

Un scénario intense pour un huis clos psychologique qui promet de l’être tout autant.

Nous avons eu la chance de pouvoir nous entretenir avec le réalisateur/scénariste de Delirium Tremens, Mehdi Belhadj et avec Maximilien Poullein, son acteur principal. Les réponses que les deux artistes nous livrent valent plus que tous les discours. Passionnants, leur propos reviennent sur leur ferveur pour le septième-art et sur la création de Delirium Tremens.

Voici dans un premier temps l’interview de Mehdi Belhadj, un réalisateur/scénariste à la passion et à la l’optimisme contagieux ! On y parle de John Carpenter, de la situation actuelle du cinéma en France, du téléchargement et bien sûr de Delirium Tremens ! A suivre très bientôt, l’interview de Maximilien Poullein (l’interview est désormais en ligne. Cliquez ici pour la lire) !

 

 

Bonjour Mehdi! Tu affirmes que tout a commencé avec The Thing de John Carpenter. Un chef-d’œuvre qui a t’a marqué au fer rouge et qui t’a donné envie de te lancer dans une carrière de réalisateur. Raconte nous !

Exactement, et je dirais même que tout a commencé par le jeu vidéo sorti en 2002 si mes souvenirs sont bons. J’ai appris qu’il s’agissait de la suite d’un chef-d’œuvre du film d’horreur. J’ai tout de suite voulu découvrir ce film mais à cette période, aucune édition DVD n’existait et la VHS était introuvable. Je me suis donc penché sur d’autres réalisations de Carpenter que j’ai découvert dans cet ordre, New-York 1997, Vampires et Ghosts of Mars. À l’époque j’avais 12 ans et ces films furent de véritables électrochocs (bien que je sois un peu plus mitigé sur Ghosts of Mars aujourd’hui). Deux ans plus tard, je trouvais enfin dans une médiathèque la version de Howard Hawks mais, n’ayant pas encore la maturité pour l’apprécier, je n’ai pas été sensible à ce film. Aujourd’hui, je suis en admiration totale pour cette version et Howard Hawks. Quelques semaines plus tard, dans cette même médiathèque, la version de Carpenter était disponible. J’ai forcé mes parents et mon frère (âgé de 8 ans) à regarder le film avec moi. Ce fut la plus belle expérience cinématographique de ma vie, à tel point que lorsque le générique de fin est apparu j’ai regardé mes parents et je leur ai dit : « C’est ça que je veux faire, je veux faire des films ». Mes parents, quant à eux, étaient blancs à la limite de la nausée. Je n’ai jamais été autant horrifié devant un film. Kurt Russell m’a tout simplement bouleversé par son jeu d’acteur, j’en suis venu à avoir peur de lui avec sa barbe gelée et son regard livide. La musique m’a terrifiée et l’apparition de chaque monstre me plongeait un peu plus dans l’horreur. Si je n’avais pas vu ce film je n’aurais peut-être jamais été attiré par le métier de réalisateur de film. Il me suit d’ailleurs partout car j’ai un pendentif en forme de clap sur lequel est gravé « The Thing » (merci maman et papa !).

Ton parcours est impressionnant et pourtant, tu n’as “que” 22 ans. J’imagine que tu manges, dors et bois cinéma 24/24 non ?

Merci beaucoup pour ce compliment ! En effet, le cinéma prend une place énorme dans ma vie, c’est une évidence. Je ne peux pas passer une seule journée sans regarder de film, sans parler de film, sans écrire de film. Je vis cinéma, je pense cinéma et heureusement que mon amie l’accepte et me soutient, car je pense que je serai très malheureux sinon !

Du coup pour parler de cette passion, je me permets de citer une phrase de Jaume Collet Serra que je trouve tout à fait appropriée : « Quand je ne travaille pas, je regarde des films, et quand je travaille, je fais des films ». Il a tout dit !

Comment embrasse t-on une telle carrière en France ? La lutte ne doit pas être facile pour imposer ses projets et pour leur assurer une bonne exposition.

J’ai tout de suite su qu’il allait être très compliqué d’avoir comme passion le cinéma et ce à plusieurs niveaux. Dès l’âge de 15 ans, j’ai tourné mon premier court-métrage (une petite adaptation du jeu vidéo Obscure) et ça a été une véritable lutte avec les dirigeants de mon lycée qui n’étaient pas vraiment attirés par l’idée de tourner un film dans l’enceinte de l’établissement. À quinze ans, on se retrouve déjà à devoir négocier et frapper du poing sur la table pour qu’on nous autorise à donner naissance à un projet qui nous est cher. Après un bac ES, aucun BTS ne m’a ouvert ses portes pour suivre une formation en cinéma et j’ai du, par défaut, entrer à la faculté de Poitiers dans laquelle j’ai fait de très belles rencontres (Xabi Molia et Benoit Décaillon entre autres) et j’étais rassuré de voir que même mes professeurs ont eu du mal à s’imposer. Aujourd’hui le combat est différent dans la forme, mais dans le fond il est strictement identique. Les maisons de production ne sont pas très ouvertes à la découverte et sont très frileuses lorsqu’il s’agit de donner une chance à un jeune auteur. Mais ce qu’il faut, c’est éviter d’attendre qu’un producteur accepte un de vos projets car la plupart du temps vos scénarii ne sont même pas lus et quoique vous proposiez il y aura un problème (trop engagé, trop violent, déjà vu, trop cher… Et la liste est encore longue !). Je ne suis pas quelqu’un de très patient non plus, et quand vous appelez une maison de production un an après leur avoir proposé un scénario et qu’on vous dit qu’il n’a pas encore été lu je trouve ça un petit peu limite… À trop attendre, la chance s’envole et vous êtes très vite oublié. Il était hors de question que je vive une situation pareille. J’ai donc décidé d’écrire un scénario qui serait réalisable avec peu de moyens, j’ai contacté mes amis proches et je leur ai proposé le tournage de Delirium Tremens. Tous ont accepté et voilà où nous en sommes.

En ta qualité de jeune cinéaste, que penses-tu du débat sur le téléchargement ? Te sens tu menacé par le phénomène ?

Ah, le téléchargement ! Je souhaiterais tout d’abord parler du débat Megaupload vu que c’est un sujet d’actualité. J’ai été profondément choqué lorsque la nouvelle est tombée. Il y avait bien évidemment du téléchargement illégal, je ne remets pas ça en doute, mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que des professionnels utilisaient également ce site pour des transferts de fichiers afin de faciliter les échanges. En ce qui me concerne, heureusement que ce site existait car sinon MadMovies n’aurait pas pu diffuser la bande-annonce de Delirium Tremens. Megaupload facilitait les communications professionnelles, d’où ma déception. Ensuite, en ce qui concerne le téléchargement illégal il y a plusieurs choses à prendre en compte. Il faut arrêter de stigmatiser les gens qui téléchargent en disant que ce sont des personnes irrespectueuses du 7éme art, ou des pirates ou je ne sais quelle autre injure. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas, attention, je dis juste que certaines personnes n’ont pas forcément les moyens d’aller au cinéma ou d’acheter un DVD à 20€. Lorsque l’on regarde les statistiques des films les plus téléchargés ce sont les nouveautés d’un an ou moins et pas le premier film de Bertrand Blier pour une simple raison : je vais prendre l’exemple de Limoges car j’y vis. le tarif réduit pour une place de cinéma est de 7,20€, le plein tarif de 10€ et la place pour un film en 3D est de 12€ (les lunettes doivent d’ailleurs être rendues à la sortie). Je comprends complètement qu’un père de famille télécharge Cars 2 pour son ou ses enfants pour éviter de dépenser jusqu’à 50€ pour une sortie en famille. Je suis profondément choqué quand je vois qu’à la sortie nationale en DVD un film coûte entre 19,99€ et 29,99€ pour un Blu-ray. Pourquoi ?! Surtout qu’en plus, esthétiquement, il ne s’agit que d’un boîtier en plastique, une jaquette en couleur et un cd… Autre point, encore plus important à détailler : les programmations. Je suis fatigué de voir que dans un même multiplex six salles sont monopolisées par un énième épisode d’Harry Potter et quatre autres par Transformers 3, que des films comme CaptainAmerica, Thor ou Tron sortent uniquement en 3D, tandis que The Ward de John Carpenter n’a pas été diffusé en salle, que le dernier David Cronenberg n’est resté qu’une semaine sur les écrans et que The Pit and the Pendulum de Stuart Gordon n’est toujours pas édité en France. Si la programmation au cinéma était plus juste et plus ouverte, les gens ne seraient pas obligés de télécharger pour voir un film qui ne sortira en DVD peut-être que 30 ans aprèssa sortie en salle, comme se fut le cas pour Le Roman d’Elvisde Carpenter. L’illégalité est partout désormais, car lorsque l’on prête un DVD à un ami, nous sommes autant hors la loi que si nous l’avions téléchargé mais là, personne n’en parle ! Vous savez, il est très drôle aussi d’entendre un professeur de fac nous dire que télécharger c’est la mort du cinéma mais qui nous demande également d’étudier le premier film de Max Ophuls pour notre examen sachant qu’un seul moyen existe pour pouvoir le voir puisqu’il n’a jamais été édité : le télécharger (et pas forcément légalement !). Nous avions aussi des professeurs qui faisaient circuler des copies des films à étudier pour que chacun puisse y avoir accès et s’en faire à son tour sa propre copie. Certaines campagnes disent que s’il y avait moins de téléchargement, il y aurait plus d’argent pour produire des œuvres… Je ne suis pas dupe, et le problème ne vient pas du téléchargement mais plutôt de la production d’œuvre cinématographique : on a bien trouvé 500 millions pour financer Avatarou encore un million pour Ils… Pour Ils !!! Il faut simplement être plus raisonnable sur le financement des projets d’aujourd’hui et c’est comme ça que d’autres projets verront le jour. Fermer Megaupload n’est pas la solution… Les 12 millions pour The Mist auraient pu produire quatre films comme The Collector, ou 6 Pontypool, ou encore 20 em>Mulberry Street qui sont, à mon sens, le futur du film de genre. Je ne comprendrai donc jamais le fonctionnement et la réflexion des producteurs… Grâce au téléchargement j’ai pu découvrir des œuvres totalement inconnues mais bluffantes et transcendantes et si un jour je croise une personne qui m’annonce qu’elle a téléchargé Delirium Tremens je serais heureux, car cette personne n’aura peut-être pas payé pour le voir mais elle se sera tout de même intéressée à mon film. Le problème est qu’avec ce genre de discours, on vous pointe du doigt automatiquement, (David Lynch ou Will.I.Am en ont d’ailleurs fait les frais) mais au moins nous ne renions pas la culture cinématographique ou musicale que le téléchargement légal ou non nous a permis d’obtenir et d’enrichir.

Parlons enfin de Delirium Tremens. Comment est née l’idée de réaliser un huis-clos autour de l’addiction à l’alcool et quelles sont les influences que l’on peut y retrouver ?

Mon amie, Marie Ronvel, a écrit une nouvelle qui abordait à peu près les mêmes thèmes, à savoir la peinture et la transe artistique. L’histoire m’a tout simplement impressionné et inspiré. J’ai alors essayé d’extrapoler autour de cette idée et les grands enjeux du film se sont présentés à moi lors d’un cauchemar. Je me suis réveillé en pleine nuit pour tout écrire afin de ne pas perdre ces idées. Le fait de me lever à 4h du matin m’a permis d’apporter le dernier détail du film : la transe artistique nocturne. J’ai toujours été attiré par le genre du huis clos. Lorsque j’ai découvert des films comme Assault on precinct 13, Bug ou encore Dark Floors, j’ai été en admiration totale face aux prouesses techniques et à l’intelligence d’écriture. La plupart de mes courts-métrages sont des huis clos et le premier scénario de long-métrage que j’ai écrit juste avant Delirium Tremens en est un également. J’adore travailler ce style car, écrivant des scénarii essentiellement centrés sur des personnages, j’aime les voir évoluer dans un lieu clos tout en faisant avancer l’intrigue et ce uniquement par le biais de leur corps et de leur esprit. Ici, dans Delirium Tremens, la maison où se déroule l’action est clairement apparentée au corps de Gabriel. Chaque pièce est une partie de son être et nous suivons Gabriel dans une certaine quête de soi et d’étude de ce qu’il a au plus profond de lui. Grâce au personnage de Nina nous suivons bien plus qu’une simple intrigue, nous vivons précisément une séance de psychanalyse. Le huis clos était donc nécessairement l’approche à développer pour être en phase avec mes ambitions et les thèmes abordés.

Delirium Tremens est un film à petit budget (1900€) que tu as financé avec l’aide de tes proches. Une vraie démarche de passionné. Si d’emblée, je te compare à Sam Raimi et à Peter Jackson qui, en leur temps, ont aussi monté des films avec trois fois rien, qu’en penses tu ? Te sens tu proches de ces artisans du septième-art ?

Je suis vraiment touché par la comparaison… En effet, ne dépendant d’aucune maison de production et ne roulant clairement pas sur l’or j’ai du faire du « porte à porte » auprès de ma famille et de mes amis afin de faire naître le projet. Il faut savoir que j’ai adopté avec eux la même attitude que j’aurais eu avec des producteurs en essayant de défendre mon projet. J’ai dû défendre mes idées afin d’obtenir leur confiance d’autant plus qu’ils ne retrouveront peut-être jamais leur mise. Ils n’avaient donc rien à y gagner ne serait-ce que leur nom au générique. Sam Raimi fait partie de ces réalisateurs intègres, qui a su revenir aux sources de son œuvre avec Drag me to Hell (comme il l’avait promis auprès des fans). En ce qui concerne Peter Jackson, je suis un ardant défenseur de Braindead et Bad Taste, car comme Evil Dead, ce sont des films qui ont marqué mes rétines au fer rouge très jeune et qui ne cessent de hanter mes pages de scénario. Par contre, contrairement à ce que je pense de Sam Raimi je suis de plus en plus déçu et désintéressé par le cinéma de Peter Jackson que je trouve de moins en moins personnel et sincère (je n’ai d’ailleurs toujours pas compris ce qu’il a voulu faire avec son Lovely Bones…). Tout comme Sam Raimi, il avait promis de revenir aux origines de son cinéma…. Nous l’attendons encore… Je suis triste de ne pas avoir pu travailler dans le cinéma pendant les années 70 et 80 où l’on faisait des films avec du carton, du fil et une aiguille. C’est un peu imagé mais il suffisait d’une mise en scène intelligente pour transcender les spectateurs (et c’est ce que je ressens encore lorsque je regarde The Thing). Alors il est évident que si je devais parler de mes influences, je donnerai pour exemple Sam Raimi, John Carpenter, Stuart Gordon, ou encore Joe Dante qui sont à mes yeux, des artistes, et plus que tout, des Créateurs !

Comment s’est déroulé le tournage du film ?

Alors il s’est déroulé dans des conditions particulières… Lors de la pré-production et des réunions avec les membres de l’équipe, j’ai expliqué qu’il était nécessaire que toute l’équipe vive ensemble pendant la durée du tournage. J’avais besoin que les deux acteurs s’imprègnent des lieux pour que leur jeu d’acteur en ressorte grandi. Pour moi c’était la manière la plus radicale de faire naître Gabriel et Nina. J’avais besoin d’environ 15 jours de tournage, c’était le temps de base que nous avions suggéré afin de tourner dans des conditions pas trop stressantes, surtout qu’il s’agissait de mon premier long-métrage. Bon, le fait est qu’il s’est révélé impossible de concilier tout le monde sur la durée donc je suis passé à 10 jours. Mais le directeur de la photographie, Samy Kim, ne disposait que de 9 jours de repos avant la reprise de son travail et Max ne disposait que de 8 jours. Donc j’étais loin de mes 15 jours de départ mais si je n’acceptais pas les contraintes, le film n’aurait pas été réalisé avant l’année prochaine. On a donc décidé de tourner le film en 8 jours, dans une maison où tous les membres de l’équipe allaient vivre. Je remercie d’ailleurs Brice Gerbeau et Magali Pradel pour avoir accepté de nous « prêter » leur maison pour le tournage. Ces 8 jours ont été les 8 jours les plus étranges de ma vie… 16 à 20h de tournage par jour, 4h de sommeil par nuit, des décors à construire… Le tournage a été douloureux pour toute l’équipe, autant du côté des acteurs que de la technique. Nous n’avons pas vu la lumière du jour pendant cette période surtout que la maison était entièrement plongée dans l’obscurité pour être logique avec nos thèmes et également faciliter le jeu des acteurs. Quand j’y repense, je ne sais pas comment nous avons fait pour tenir ce rythme. Nous avions passé un tel stade de la fatigue que nous ne la ressentions plus vraiment, nous étions coupés du monde extérieur et tout le monde vivait l’isolement de Gabriel. Ce fut une première expérience de long-métrage très difficile, épuisante mais stimulante. J’adore travailler dans l’urgence et avec ce projet j’ai été servi. Néanmoins je ne réitérerai pas ce genre d’expérience car c’est beaucoup trop douloureux. Nous étions conscients des difficultés auxquelles nous serions confrontés mais personne ne s’attendait à ça. Les acteurs ont d’ailleurs eu énormément de mal à quitter leur personnage tellement le lieu les avait étouffé dans leur rôle. Comme je dis souvent, lorsque nous avons fêter la fin du tournage, je ne m’adressais pas à Prisca ou à Maximilien Poullein mais bien à Nina et Gabriel. A la fin du tournage, la distanciation qu’ils devaient entretenir avec le personnage qu’ils incarnaient ne se faisait plus et le retour à la réalité a été très compliqué. Mais je dois dire que, même si cette expérience a été très compliquée à vivre et à maîtriser, elle a sans aucun doute été la plus belle et la plus fructifiante.

 

 

Les quelques images de la bande-annonce annoncent une ambiance à couper au couteau, très torturée et viscérale. Dans le premier rôle Maximilien Poullein impose quant à lui une présence indéniable. Pourquoi as-tu décidé de faire reposer le film sur ses épaules ?

Pour être sincère, lors de l’écriture du scénario, faire de Gabriel le pilier du film n’était pas mon but. Je trouvais que la pièce maîtresse du film était le duo Gabriel/Nina bien plus que Gabriel seul. Pour vous donner une petite anecdote, le premier titre de ce film était De Toiles et de Sang, donc, le fil conducteur du film était la peinture et non Gabriel. Toute la pré-production a été conçue dans ce sens, et nous avons pensé le film comme quelque chose de bien plus artistique qu’énigmatique et viscéral. A ce moment là, Gabriel était avant tout un peintre, un artiste en perdition. Lors du tournage, Gabriel est devenu un homme en quête de soi. Tout ceci n’était pas prévu, et lorsque nous nous sommes retrouvés le premier jour de tournage et que nous avons tourné le premier plan, nous avons tout de suite compris que nous allions tourner à l’encontre du scénario. Dès le début, nous avons commencé par tourner toutes les séquences où Gabriel est seul et je pense que c’est ce qui a pesé dans la balance. Je ne m’attendais pas du tout à tourner un film sur Gabriel, et Prisca nous a conforté dans cette direction en interprétant le rôle de Nina comme celui du « psychiatre » de Gabriel et toutes les attentions se sont tournées vers Gabriel. Il était devenu LE personnage principal de ce film et Max l’a parfaitement assumé. Nous avons donc changé le titre lors du montage de la bande-annonce et avons choisi Delirium Tremens pour expliquer que ce film parle avant tout d’un sevrage et d’un homme, Gabriel.

Quel sont tes projets pour Delirium Tremens ? Des projections en festivals ? Une sortie en salles ? En DVD ?

Pour le moment le but premier est d’être accepté dans des festivals pour donner à notre film une certaine notoriété afin d’obtenir une édition DVD. Nous n’espérons aucune exploitation en salle de façon officielle car vu la réalité de l’exploitation cinématographique en France, les possibilités seraient maigres. Quand on voit que le dernier film de John Carpenter (The Ward) a bénéficié d’un direct en dvd, nous ne nous faisons pas d’illusions. Néanmoins, nous aurons peut-être une petite place pour une diffusion non officielle dans un cinéma à Poitiers et à Brive. Je commence les négociations d’ici 1 mois. Le but ultime concernant la diffusion de Delirium Tremens serait bien évidemment la distribution en DVD afin de concrétiser tout le travail de l’équipe. C’est pour cela qu’obtenir une diffusion dans des festivals pourrait nous aider à trouver un distributeur. Ce serait un beau cadeau et une belle victoire !

Finissons par l’interrogatoire maison.

Ton dernier frisson au cinéma :

Insidious de James Wan

Ta devise

Reste intègre quoiqu’il arrive !

Ton modèle :

Nicolas Winding Refn

Le pire des navets :

Dragonball evolution de James Wong

Ton musicien/groupe préféré :

Death Cab for Cutie

Le film que tu affirmes détester mais que tu aimes en secret :

Freaky Friday (Dans la peau de ma mère), je ne le déteste pas mais disons que je ne le crie pas sur tous les toits…

Le film que tu revois encore et encore :

The Thing

Ton héros de cinéma :

Snake Plissken

Merci beaucoup Mehdi ! Le mot de la fin est pour toi !

Un grand merci à vous pour cette interview et également à toutes les personnes qui nous suivent et nous soutiennent.

 

@ Propos recueillis par Gilles Rolland

Par Gilles Rolland le 12 février 2012

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Florian
Florian
9 années il y a

Ce film est à découvrir absolument, des démarches comme celle là sont à encourager, merci d’apporter au 7ème art des souffles novateurs et enrichissants, au regard de ce que la masse des majors nous propose.
En tant que vendeur de DVD dans un circuit alternatif de consommation, (le destockage à bas prix) je serais prêt à vendre ce film si une diffusion DVD se profile à l’horizon. Merci à “On rembobine.fr” de permettre au public de découvrir de nouveaux talents!!

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