[Carnet noir] Bertrand Tavernier a tiré sa révérence

NEWS | 27 mars 2021 | Aucun commentaire

Bertrand Tavernier est né le 25 avril 1941 à Lyon. Son père René Tavernier est écrivain, résistant, fondateur de la revue Confluences et ayant publié sous l’Occupation des auteurs comme Paul Éluard et Louis Aragon, et sa mère aurait inspiré le poème Il n’y a pas d’amour heureux. Un séjour dans un sanatorium pour se soigner de la tuberculose fait découvrir le cinéma au jeune Bertrand. C’est la révélation. Étudiant en droit, il fonde une revue sur le cinéma, et plus tard un ciné-club, avant d’écrire ses premières critiques pour Télérama.

Bertrand Tavernier fait sa première expérience des plateaux comme assistant de Jean-Pierre Melville pour Léon Morin, Prêtre. De 1964 à 1974, il est attaché de presse pour Stanley Kubrick ou encore Jean-Luc Godard. Durant les années 60, il collabore à plusieurs revues et figure parmi les premiers à interviewer des réalisateurs étrangers et analyser leurs filmographies, et dans les années 70, il signe plusieurs ouvrages sur le cinéma américain.

Il fait ses débuts de cinéaste en 1964 en signant des segments de films à sketches (Les Baisers et La Chance et L’Amour), aux côtés notamment de Claude Berri. En 1974, pour son premier film, L’Horloger de Saint-Paul (primé à Berlin), il réunit pour la première fois deux futurs géants : Philippe Noiret et Jean Rochefort, duo qui devient trio un an plus tard avec l’arrivée de Jean-Pierre Marielle dans Que la fête commence, qui lui vaut le César du meilleur réalisateur. Pour son troisième, Le Juge et l’Assassin, il obtient le César du meilleur scénario. Après Des Enfants Gâtés en 1977, il signe La Mort en Direct, avec Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton et Max Von Sydow. C’est le premier film phare critiquant férocement les possibles dérives de la télévision et du voyeurisme de la société, avant Le Prix du Danger ou encore Running Man. Il évoque le burn-out dans Une Semaine de Vacances avant l’histoire d’une vengeance impitoyable dans Coup de torchon (nommé 10 fois aux César pour 0 récompense, un record à l’époque). En 1983, il filme pour la première fois le sud des États-Unis avec le documentaire Pays d’Octobre. L’année d’après, il est primé à Cannes pour Un dimanche à la campagne. En 1986, son drame musical Autour de minuit, fait le doublé César/Oscar pour la meilleure musique. La fin des années 80 marque son retour dans le cinéma historique avec l’évocation du Moyen-Âge (La Passion Béatrice) puis la France au sortir de la 1ère Guerre Mondiale (La Vie et Rien d’Autre, BAFTA du meilleur film étranger, deux César, deux Prix du Cinéma Européen). En 1990, sa comédie dramatique Daddy Nostalgie est sélectionnée à Cannes. Cinéaste engagé, il fait partie du collectif qui a signé le film Contre l’Oubli sur les prisonniers politiques, et enchaine deux ans plus tard avec un documentaire sur la guerre d’Algérie. En 1992, son polar L. 627 au traitement quasi-documentaire, plonge le spectateur au cœur de la lutte contre les stupéfiants. Sans équivoque sur le manque de moyens de la police, le film fera trembler le Ministre de l’Intérieur. En 1994, il renoue avec le cinéma de cape et d’épée en adaptant librement Les Trois Mousquetaires et sa suite (La Fille de D’Artagnan). En 1995, L’Appât, tiré de l’affaire criminelle Hattab-Sarraud-Subra, offre à la jeune Marie Gillain (révélée dans Mon Père Ce Héros) son plus grand rôle et un tremplin pour sa carrière. En 1996, Capitaine Conan, qui se déroule au cœur la Grande Guerre, est récompensé du César du meilleur réalisateur et du meilleur acteur. En 1999, après la police dans L.627, il dénonce, avec Ça commence aujourd’hui, le manque de moyens dans l’éducation populaire et la résolution de problèmes sociaux graves. Après le film historique Laissez-passer et le drame Holy Lola, il fait une longue pause avant de retourner aux États-Unis pour l’excellent polar noir, âpre et poisseux Dans la Brume Électrique avec rien de moins que Tommy Lee Jones et John Goodman. Un an plus tard, pour sa dernière incursion dans le film de cape et d’épée, La Princesse de Montpensier, il tourne dans la Loire, le Cantal et le nord-Aveyron. En 2013, Bertrand Tavernier signe sa dernière fiction en adaptant la bande dessinée Quai d’Orsay (plusieurs récompenses dont un César du meilleur acteur dans un second rôle).

Inclassable, Bertrand Tavernier était bien plus qu’un cinéaste. Son amour pour le cinéma, auquel il aura consacré toute sa vie, n’a eu d’égal que son aversion viscérale envers les injustices. Récompensé pour presque chacun de ses films, Bertrand Tavernier a marqué le septième art de manière indélébile. Figurant parmi les géants hexagonaux, il a touché quiconque s’est intéressé au cinéma français de ces cinquante dernières années. C’est avec tristesse que nous avons appris sa disparition ce jeudi 25 mars 2021. Bertrand Tavernier, à 79 ans, est devenu éternel.

@ Nicolas Cambon

Par Gilles Rolland le 27 mars 2021

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