[Critique série] AMERICAN CRIME – Saison 1

SÉRIES | 12 décembre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : American Crime

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Créateur : John Ridley
Réalisateurs : John Ridley, Gloria Muzio, Joshua Marston, Hanelle Culpepper, Nicole Kassell, Sam Miller, Rachel Morrison, Jessica Yu, Millicent Shelton.
Distribution : Felicity Huffman, Timothy Hutton, W. Earl Brown, Richard Cabral, Caitlin Gerard, Elvis Nolasco, Benito Martinez, Penelope Ann Miller, Regina King, Johnny Ortiz, Lili Taylor, Gleendilys Inoa, David Hoflin, Kira Pozehl…
Genre : Drame/Thriller
Diffusion en France : Canal+ Séries
Nombre d’épisodes : 11

Le Pitch :
Matt Skokie est tué à son domicile. Son épouse, quant à elle, est gravement blessée. Pour leurs familles respectives, une dure bataille s’annonce pour obtenir justice mais aussi se reconstruire. Lorsqu’un homme noir et deux jeunes latinos se font arrêter, l’affaire prend une autre tournure…

La Critique d’American Crime – Saison 1 :

Peu connue sous nos latitudes, American Crime a eu la chance d’être diffusée en France sur une chaîne réputée osée, et mérite franchement qu’on y jette un coup d’œil. Son créateur, John Ridley, est un romancier, réalisateur (à qui on doit Jimi : All Is By My Side, biopic du dieu Hendrix) et scénariste de U-Turn, Les Rois du Désert, ou 12 Years a Slave (on va pas mentionner le remake de Ben-Hur, qui fait plutôt tâche). Et force est d’avouer que le choix de Ridley s’avère payant. La série prennant en plus le parti original d’élaborer chaque saison autour d’une nouvelle histoire portée par les mêmes acteurs, autour d’une thématique sociale forte et en multipliant les points de vue.

Felicity Huffman dans la première saison d'American Crime

Une première saison de haute volée

Autant commencer par ce qui pêche : non American Crime n’est pas la série la plus nerveuse du siècle. Si vous cherchez du gros spectacle bourrin et nerveux, mieux vaut regarder ailleurs. Néanmoins, ce qu’elle n’a pas en nervosité, elle le gagne en profondeur et en gestion de la tension. La trame permet de croiser des personnages à la psychologie assez fouillée, pas du tout lisses, magnifiés par la photo et le montage. Le casting étant en plus très stimulant. Pas de grosses stars au menu mais des acteurs impliqués. Timothy Hutton (que les fans de Stephen King connaissent pour sa prestation dans La Part des Ténèbres) est touchant en père dévasté par la tragédie. Face à lui, Felicity Huffman (Desperate Housewives) excelle avec le personnage le plus intéressant, celui d’une mère courage, femme froide, raciste qui s’ignore mais qui se bat, parfois maladroitement, pour obtenir justice. Les autres parents sont joués avec sobriété et justesse par W. Earl Brown (touchant dans le drame, comme il l’était dans la série Preacher) et Penelope Ann Miller. Mais les familles de victimes ne sont pas les seules à souffrir. Il y a aussi celles des coupables. Et là aussi les personnages sont intéressants, comme Alonzo Gutiérrez joué par Benito Martinez (qui camptai le capitaine de police et politicien véreux David Aceveda dans The Shield) ou encore Aliyah la sœur d’un détenu devenue pasionaria de la cause des Noirs jouée par Regina King (24 Heures Chrono, Southland, Shameless ou encore Big Bang Theory). Quant aux coupables, tous sont intéressants. Mention spéciale à Richard Cabral alias Hector Tontz, clandestin qui, au départ, à la gueule et le bagout du coupable idéal mais devient attachant quand il fend l’armure, et aussi et surtout Caitlin Gerard, bluffante en toxicomane qui rêve sa vie dans les magazines et s’avère d’une folie sans limites. La série est aussi l’occasion de retrouver Lili Taylor (The Conjuring : Les Dossiers Warren) dans son plus beau rôle depuis Six Feet Under.

Radiographie d’une Amérique malade

American Crime prend le parti de trancher avec les séries policières et judiciaires classiques. L’arrestation, le procès et la préparation de celui-ci sont montrés lors de passages brefs et servent plus de prétexte, notamment pour introduire la thématique des préjugés et des dommages collatéraux. Parce que la victime est blanche et l’agresseur est noir, la mère de la victime essaie à tout prix de faire intenter un procès pour crime de haine (un des chefs d’accusation les plus graves aux USA) et les conséquences prennent une ampleur énorme. L’occasion, comme le faisait le film Collision, de dresser un portrait peu flatteur d’une Amérique malade. La même Amérique qui élira un homme qui a fait campagne sur le rejet de l’autre, et celle du mouvement Black Lives Matter. Une vraie poudrière qui n’attend plus qu’une allumette.
Les dialogues de la série ne sont d’ailleurs pas anodins à de sujet, notamment quand Aliyah demande « Soderbergh, c’est quoi ça comme prénom ? » sous entendant que l’appartenance à la communauté juive d’un magistrat influera sur une décision au sujet d’un accusé noir dont la sœur est musulmane, ou encore quand M. Gutiérrez jette l’opprobre sur les clandestins qui nuiraient à la communauté latino-américaine. Cette saison aborde également d’autres thèmes comme celui de la reconstruction après le deuil, les différentes manières de le vivre, ou encore le passage délicat à l’âge adulte dans un contexte dramatique. Et à chaque fois, ces sujets sont explorés de manière pudique, subtile, objective et sans complaisance, ce qui constitue probablement le tour de force du show.

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En Bref…
Série chorale qui prend le meilleur des séries anglaises et américaines, mais aussi d’un certain cinéma social et engagé, American Crime offre à l’occasion de cette première saison un coup de projecteur sur le revers de la médaille du pays de la liberté, menacé par un mal insidieux. Une dissection réalisée avec intelligence et objectivité, et illustrée par une photo superbe, et des acteurs très talentueux. Saluée par une critique dithyrambique, la série mérite mieux au niveau de son audience. Très prometteur pour la suite.

@ Nicolas Cambon

american-crime-saison-1-cast  Crédits photos : ABC

Par Nicolas Cambon le 12 décembre 2016

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