[Critique série] BETTER CALL SAUL – Saison 1

SÉRIES | 11 avril 2015 | Aucun commentaire
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Titre original : Better Call Saul

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créateurs : Vince Gilligan, Peter Gould
Réalisateurs : Vince Gilligan, Michelle MacLaren, Terry McDonough, Colin Bucksey, Nicole Kassell, Adam Bernstein, Larysa Kondracki, Thomas Schnauz, Peter Gould.
Distribution : Bob Odenkirk, Jonathan Banks, Michael McKean, Rhea Seehorn, Patrick Fabian, Michael Mando, Julie Ann Emery, Raymond Cruz, Miriam Colon…
Genre : Drame/Comédie/Spin-Off
Diffusion en France : Netflix France
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
Avant d’être l’avocat des causes perdues fricotant avec les gangsters, dont le fameux Heisenberg, et avant de s’appeler Saul Goodman, James McGill était davantage populaire pour sa propension à écumer les tribunaux afin d’être commis d’office auprès de clients dont personne ne voulait, histoire de joindre les deux bouts.
Galérien du droit, McGill a ainsi débuté en bas de l’échelle, se construisant non sans mal sur les ruines d’un passé tumultueux, avec l’aide de son grand frère, une star des tribunaux respectée par ses pairs…

La Critique :
Better Call Saul débute alors que Saul Goodman n’est plus Saul Goodman, mais un gérant discret d’un magasin perdu dans un centre commercial au Nebraska. Nous sommes quelques temps après le dénouement de Breaking Bad, alors que l’avocat paye le prix de son implication dans les affaires de Walter White. Le soir, seul, l’ex génie de l’embrouille, défenseur des criminels, contemple sur sa télé, les vestiges d’une vie révolue. Retour en arrière : Saul Goodman n’est pas encore Saul Goodman. Nous sommes 6 ans avant la rencontre avec Walter White, alias Heisenberg et Jesse Pinkman. En quelques minutes, Vince Gilligam a déjà réussi son pari, on le sait : Better Call Saul promet du lourd ! Du très lourd !

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Spin-off de Breaking Bad, Better Call Saul s’intéresse principalement aux origines de James McGill alias Saul Goodman, soit l’un des personnages secondaires les plus stimulants de la série culte de Vince Gilligan. C’est d’ailleurs Gilligan, accompagné de Peter Gould, que l’on retrouve à la tête de ce nouveau show, d’emblée très ancré dans un univers qui parlera aux fans de Breaking Bad, mais qui prend rapidement soin de tracer sa propre route, sans se priver de multiplier les clins d’œil. Là est d’ailleurs la grande force de Better Call Saul : mettre en scène un personnage connu et apprécié et reprendre à son compte des codes détournés pour servir une intrigue inédite, et au final livrer une fiction ambitieuse et audacieuse.
Si on a souvent annoncé la nouvelle série de Vince Gilligan comme étant plus légère que Breaking Bad, il faut néanmoins savoir que si la comédie tient une place importante, elle est loin de faire l’unanimité, face à une tension dramatique certes moins lourde que dans Breaking Bad, mais tout aussi enveloppante. En d’autres mots, ici pas d’histoire de maladie forçant un homme bien à tourner mal (breaking bad en anglais), mais la lutte quotidienne d’un type né sous la mauvaise étoile et désireux de s’imposer dans un milieu qui n’est pas le sien. James McGill est un looser magnifique. Un gras auquel il est facile de s’identifier, ou tout du moins pour lequel il est simple de ressentir de l’empathie, tant rien ou presque ne lui réussit, mais qui ne baisse jamais vraiment les bras. Le genre à rentrer par la fenêtre quand toutes les portes lui sont fermées. L’anti-héros flamboyant d’une déconstruction méthodique du rêve américain.
Et si Better Call Saul, dont la dynamique repose en grande partie sur l’extraordinaire pouvoir d’attraction de son personnage central, est si réussi, c’est aussi car elle parvient à conserver une cohérence admirable avec l’univers créé dans Breaking Bad et donc, par ce biais, avec ce que nous connaissions (et apprécions) déjà chez Saul Goodman. Avoir parié sur ce personnage fut une excellente idée, et louons Gilligan et Gould de ne pas avoir loupé le coche, en lui offrant une série beaucoup plus complexe qu’elle n’aurait pu l’être et au moins aussi passionnante qu’espérée.

Regarder Better Call Saul pour la première fois équivaut un peu à enfiler des chaussures confortables faites sur mesure. Des godasses confortables mais pas du style de ces grosses charentaises pépères, car Better Call Saul n’a rien de pépère. On a beau se sentir comme à la maison, on a rapidement l’agréable surprise de la nouveauté. Le truc, c’est que si parfois, il faut 2 ou 3 épisodes pour se mettre dans le bain, ici, c’est immédiat et d’emblée le spectacle est jubilatoire. Jubilatoire et terriblement immersif. Vince Gilligan et Peter Gould ont fait les choses en grand. Loin du côté un peu paresseux de la majorité des spin-off, les deux showrunners bousculent les repères tout en exploitant des ressorts encore très vivaces, déjà au centre de la dynamique de Breaking Bad, que ce soit au niveau de la mise en scène ou de l’écriture.

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Très soignée, la réalisation offre un écrin de premier choix à la montée en puissance de James McGill, tandis que l’écriture s’apparente à une partition jouissive, qui jongle constamment entre les tonalités, entre comédie et drame pur, sans aucune fausse note ou mauvais goût. D’une cohérence ultime à tous les niveaux, le show fait la part belle aux joutes verbales véritablement stimulantes et aux plages plus contemplatives, qui confèrent à l’ensemble une certaine mélancolie contribuant ainsi à faire un petit peu plus le lien avec Breaking Bad.
Les acteurs ne sont bien entendu pas étranger à cette flagrante réussite. Bob Odenkirk le premier. Un comédien vu au second (voire au troisième) plan depuis le début des années 90 (il a débuté dans Wayne’s World 2), qui est parvenu ces dernières années, dès sa première apparition dans Breaking Bad, à se faire remarquer. Lentement mais sûrement, il a imposé un charisme discret et solide. Plébiscité par le public, qui a vu chez ce monsieur tout le monde capable de tout jouer, un monstre de comédie, Odenkirk s’est récemment illustré dans l’excellente adaptation télévisuelle de Fargo, avant de revenir au Nouveau-Mexique pour retrouver celui qui restera comme son personnage fétiche. Abonné à une grandiloquence propre à son personnage dans Breaking Bad, l’acteur profite de la série qui lui est consacrée pour explorer les failles et la psychologie de Saul, et impressionne en permanence, laissant transparaître à travers le vernis d’une assurance feinte, des fêlures et des doutes qui contribuent à lui donner une épaisseur incroyable, au point de le rendre très rapidement attachant et touchant. Le rire, les larmes, rien ne fait peur à Odenkirk, qui personnifie par la seule puissance de son talent hors norme, une série qui se paye en outre le luxe de laisser la part belle à d’autres comédiens. Le premier à en profiter est Jonathan Banks, alias Mike Ehrmantraut, l’homme de main du futur Saul vu également dans Breaking Bad. Better Call Saul explore aussi ses origines et dévoile un homme extrêmement torturé et complexe. L’acteur quant à lui brille, sans pour autant faire de l’ombre à ses camarades de jeu. Notamment dans le fantastique épisode 6, qui lui est quasiment entièrement dédié. Probablement l’un des meilleurs de cette première saison. Ce qui, quand on cause d’une série parfaite, n’est pas peu dire.
Michael McKean, que l’on retrouve avec grand plaisir dans un rôle à sa mesure, après l’avoir notamment apprécié dans l’inoxydable Spinal Tap, ou Rhea Seehorn, finissent de boucler une distribution aux petits oignons, non seulement incroyablement juste, mais aussi relativement prestigieuse.

La construction de cette première saison est véritablement impressionnante. Better Call Saul prend son temps, mais paradoxalement, il donne aussi l’impression d’y aller franco. Vince Gilligan sait où il va et lorsqu’il rameute Tuco, le dealer totalement timbré des deux premières saisons de Breaking Bad, c’est aussi pour nous prouver que si Better Call Saul prend une autre direction, il s’ancre bel et bien pied dans un monde dont il repousse les frontières. Meilleur spin-off de l’histoire de la télévision, Better Call Saul l’est sans aucun doute. C’est le moins que l’on puisse dire de cette première rafale de dix épisodes aussi brillants qu’enlevés. Aussi rock and roll qu’émouvants. Aussi drôles qu’intelligents. Une date dans l’histoire des séries tv. Vivement la saison 2 !

@ Gilles Rolland

better-call-saul-Bob-Odenkirk-Michael-Mc-KeanCrédits photos : AMC/Netflix France

Mini-Critique :

Audrey : Rating: ★★★★★

Bob Odenkirk renfile donc le costume de l’avocat burlesque et hilarant qu’on avait adoré dans Breaking Bad. À l’origine, Saul Goodman s’appelle en fait Jimmy McGill. Interprétant ici un personnage riche en nuances qui lui permet de révéler un immense talent de comédien, Bob Odenkirk est incroyable de bout en bout. Il nous fait passer du rire aux larmes, accompagné d’un casting général de toute façon très bon.
Filmée d’une main de maître, interprétée de façon magistrale et touchante à souhait, la première saison de Better Call Saul est tout simplement grandiose. Grandiose, comme les scénaristes, les acteurs et les réalisateurs qui y contribuent. Tous forment une véritable équipe de choc !
Des plans et des séquences à tomber par terre viennent agrémenter une série ultra prenante qui prend des airs de cinéma. Le tout est mené avec humour, tendresse et intelligence. On observera également toujours cette thématique du rêve américain que Vince Gilligan et Peter Gould semblent aimer détruire, démolir, faire pourrir de l’intérieur.
Chapeau bas, on attend la suite avec impatience. L’ombre de Saul guette …

@ Audrey Cartier

Par Gilles Rolland le 11 avril 2015

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