Critique série] SILICON VALLEY – Saison 1

SÉRIES | 5 juillet 2015 | Aucun commentaire

Titre original : Silicon Valley

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Créateurs : Mike Judge, John Altschuler, Dave Krinsky
Réalisateurs : Mike Judge, Tricia Brock, Maggie Carey, Alec Berg
Distribution : Thomas Middleditch, T.J. Miller, Josh Brener, Martin Starr, Kumail Nanjiani, Zach Woods, Amanda Crew, Christopher Evan Welch…
Genre : Comédie
Diffusion en France : OCS City
Nombre d’épisodes : 8

Le Pitch :
Quatre programmateurs tentent de faire leur trou dans la Silicon Valley en Californie, où la concurrence est non seulement rude, mais surtout impitoyable. Hébergés dans un incubateur géré par Erlich Bachman, un personnage aussi fantasque qu’opportuniste, ils voient un beau jour leur vie changer, quand l’un d’eux, Richard Hendricks, arrive à mettre au point un algorithme de compression révolutionnaire. Rapidement courtisé par deux millionnaires de la Valley, Richard va devoir faire un choix déterminant…

La Critique :
Autrefois roi de l’animation trash avec Beavis and Butt-Head, Mike Judge, un ancien collaborateur du Saturday Night Live, passé depuis à la réalisation, avec le culte Idiocracy ou encore le méconnu Extract, n’est pas né de la dernière pluie. Avant South Park, American Dad ou les Griffin, il était celui (avec notamment Matt Groening) qui mettait du poil à gratter dans le dos de l’Oncle Sam, avec ses cartoons insolents, idolâtrés par la génération MTV des années 90 (l’âge d’or de la chaîne, soit rien à voir avec aujourd’hui). Plus calme ces dernières années, Mike Judge a jugé bon de se renouveler et de revenir prendre d’assaut la télévision, où il avait fait ses fracassants débuts. Inspiré par sa carrière d’ingénieur dans la Silicon Valley, il a donc tout naturellement accouché d’une série portant le nom de ce lieu plus que jamais en ébullition, où se bousculent les startups les plus en vue, les aspirants au succès, et les gros poids lourds comme Google, Apple et Facebook.

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Ayant senti le vent tourner en faveur des geeks, autrefois raillés mais désormais plus ou moins considérés comme des rock stars, Judge s’est sans aucun doute largement inspiré du show qui a contribué à faire des nerds les nouveaux héros d’une jeunesse ultra connectée, à savoir The Big Bang Theory. Ayant pris soin de virer les rires en fond sonore propres aux sitcoms, mais conservant le format court (moins de 30 minutes par épisode), Judge a adopté la même dynamique de base, sans pour autant trop s’y reposer sur la durée. Ainsi, on est bel et bien en face d’un groupe de garçons, bien geeks, qui évoluent en vase clos et pour qui les filles restent un des grands mystères de l’univers. En parlant de filles d’ailleurs, seule une sort vraiment du lot, comme dans la première saison de The Big Bang Theory.
Là où Silicon Valley fait néanmoins la différence, c’est quand elle se rapproche d’œuvres comme The Social Network, le biopic de Mark « Facebook » Zuckerberg, de David Fincher. Contrairement à Sheldon, Leonard et leur amis, les protagonistes de Silicon Valley sont surtout focalisés sur leurs recherches afin de percer dans la jungle numérique qui est devenue leur milieu naturel. Le show ne multiplie par les grosses références à la culture populaire et sait aussi, via la variété des personnages, s’éloigner des autres séries du genre. Finalement, tout est dans le dosage. Certes le personnage principal, Richard, est une sorte de Sheldon gentil, mais à côté, les showrunners ont vite souhaité prendre des chemins de traverses. Martin Starr par exemple, acteur de la bande de Judd Apatow découvert dans Freaks & Geeks, campe lui aussi un geek, mais un geek pour le moins atypique, versé dans les sciences occultes et très porté sur le sexe, qu’il ne considère pas, contrairement à ses collègues, comme une contrée aussi fascinante qu’inaccessible. Idem pour Erlich, le propriétaire de l’incubateur dans lequel travaillent Richard et ses amis. Fantasque, il est tout l’inverse de ses amis, en cela qu’il a énormément confiance en lui et qu’il n’hésite jamais à tomber dans l’outrance pour arriver à ses fins, qu’elles quelles soient.
À l’écran, le mélange fonctionne et l’alchimie prend rapidement. L’émergence de ces nouveaux héros de la Silicon Valley s’avère ainsi aussi passionnante que drôle, en cela qu’elle traite d’un sujet dans l’air du temps dont la principale caractéristique est de causer de choses qui nous concernent, nous les accros à internet. Mike Judge et ses lieutenants ne perdent jamais de vue leurs multiples objectifs. D’un côté, ils nous offrent un comique de situation certes classique mais nourri d’une prose dynamique et efficace, et de l’autre, ils pénètrent les coulisses d’un lieu sujet à de nombreuses convoitises. En soi, un peu comme Entourage avec le cinéma.
Une comparaison d’autant plus naturelle, quand on voit certains gags bien gras, totalement raccords avec la ligne éditoriale de la chaîne HBO, qui porte les deux séries.

Satire bien sentie, de plus en plus mordante, et comédie loufoque sur une bande d’amis, Silicon Valley puise son énergie d’une somme d’influences remarquablement digérées. En résulte une certaine originalité, et tant pis si cette première saison s’avère un poil inégale. De plus en plus accrocheuse au fil des épisodes, elle offre d’excellentes raisons de se marrer à gorge déployée et surtout, prend son temps pour bien installer de solides bases. Comme la Silicon Valley, où naissent et meurent les mythes de l’industrie numérique, la télévision ne fait pas de cadeau. Avec cette première salve d’épisodes, la série de Mike Judge a pourtant toutes les cartes en main pour durer. Attachante, elle jouit en outre d’un casting aux petits oignons, où chacun tient ses positions sans faillir et surtout, sans (trop) tomber dans la caricature facile. Et surtout, on ne s’ennuie jamais.

@ Gilles Rolland

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Par Gilles Rolland le 5 juillet 2015

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