[Critique] CREEPSHOW

STARVIDEOCLUB | 5 février 2012 | 3 commentaires

Titre original : Creepshow

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : George A. Romero
Distribution : Ed Harris, Stephen King, Carrie Nye, Leslie Nielsen, Ted Danson, Gaylen Ross, Hal Holbrook, Adrienne Barbeau, Fritz Weaver, E.G. Marshall…
Genre : Horreur/Épouvante/Comédie
Date de sortie : 22 juin 1983

Le Concept :
Film à sketches, Creepshow compile cinq histoires. Outre les segments La Fin solitaire de Jordy Verrill et La Caisse, qui sont des adaptations de nouvelles de Stephen King, les autres ont tous été écrits spécialement pour le cinéma par ce même auteur.


La Critique (épisode par épisode) :
En 1982, année où il sort Creepshow (aux U.S.A.), George A. Romero est au summum de sa popularité. Bénéficiant du fort soutien de fans encore sous le choc des baffes successives que furent La Nuit des Morts-Vivants (1968) et Zombie (1978), Romero est un cinéaste culte. Pas refroidi par les relatifs échecs publics (mais pas critiques) de La Nuit des fous vivants (1973) ou de Martin (1977), le réalisateur décide de collaborer avec Stephen King, lui aussi en pleine gloire, dans l’optique de donner vie à l’esprit des BD de EC Comics, firme connue des amateurs de frissons pour publier des titres comme The Crypt of terror et Vault of horror (EC Comics a aussi publié le fameux magazine satirique Mad).
Le concept est génial et propose de compiler des courts métrages à la façon des publications EC en se basant sur des scénarios de Stephen King. Le tout relevé par un travail ingénieux sur l’image, qui, s’il peut apparaître kitsch aujourd’hui (les incrustations « cartoon », le système des vignettes ou de l’écran divisé pour passer d’une scène à l’autre, les bulles…) confère au film une identité propre.
Tous les éléments sont ainsi réunis pour rentrer dans l’histoire du cinéma de genre : un réalisateur burné et doué (Romero), un scénariste inspiré (King), un maitre des effets visuels (Tom Savini) et un humour au vitriol.

Creepshow s’ouvre sur le conflit d’un père et de son fils. Ce dernier vient de se faire prendre en train de lire Creepshow, magazine subversif et horrifique. Le père est furieux et gifle son fils avant d’aller balancer la feuille de choux aux ordures. Alors qu’il rumine sa rage, le gamin apercoit à la fénétre un squelette. Le générique débute alors sur un thème magnifique (œuvre du compositeur/réalisateur John Harrison, par ailleurs réalisateur de l’excellent Darkside : les contes de la nuit noire).
Le reste sera une succession d’histoires courtes que voici :

La fête des pères :
Le soir de la fête des pères, un vieil acariâtre revanchard sort de sa tombe pour se venger des membres de sa famille, responsables de sa mort.
Creepshow s’ouvre sur cette tragique chronique familiale. Dans un environnement bourgeois guindé, Romero organise l’intrusion d’un zombie affamé et dynamite la cellule familiale. D’excellente facture, ce segment bénéficie en outre d’une partition musicale brillante, qui joue sur les tonalités graves du piano lors des moments clés de l’intrigue. De plus, l’apparition du mort-vivant confirme la volonté de King et de Romero de saupoudrer une bonne dose d’humour sur la chose. Pourrait-il en être autrement, alors que le zombie scande à tout va qu’il veut son gateau ? À noter l’implication d’un Ed Harris alors débutant qui, en plus de faire une victime de choix, se livre à un numéro chorégraphique fort plaisant.

La mort solitaire de Jordy Verrill :
Un homme seul et un peu simplet est victime de l’invasion galopante d’une plante verte, à la suite de la chute d’un astéroïde dans son jardin.
Adaptation d’une nouvelle de Stephen King, cette deuxième vignette aborde la solitude tragique d’un simple d’esprit. King cristallise la détresse d’un homme qui, en étant incapable de faire face, est à la fois victime de son isolement, et de son incapacité à prendre les bonnes décisions. Par ce fait, le pauvre malheureux scelle son destin dès les premières minutes du film et offre à son existence une conclusion dramatiquement ironique. Dans le rôle principal, King fait preuve d’un talent inattendu et porte littéralement l’intrigue sur ses épaules. Pas vraiment horrifique, La mort solitaire de Jordy Verrill est peut-être le plus tragique de tous les segments de Creepshow.

Un truc pour se marrer :
Un homme trompé décide de se venger en enterrant sa femme et son amant sur la plage à marée basse, en ne laissant que leur tête à l’air libre.
Quel plaisir de retrouver Leslie Nielsen dans la peau d’un immonde salopard ! L’acteur insuffle toute son ironie dans un rôle jubilatoire, suivi par un Ted Danson, lui aussi tout à fait à sa place. L’affrontement entre les deux comédiens contribue à faire de l’histoire l’une des plus mémorables du lot. Drôle et cruelle, cette fable marine se termine comme il se doit. La vengeance est toujours au centre des préoccupations, sur un mode que l’on pourrait situer quelque part entre le vaudeville et le pur film d’horreur.

La Caisse :
Le concierge d’une université trouve sous un escalier une mystérieuse caisse. Il apprendra à ses dépends qu’un terrible monstre s’y cloitre depuis des dizaines d’années.
Là aussi l’esprit, Creepshow fait des merveilles. Gore et impitoyable, La Caisse organise la rencontre d’un esprit que n’aurait pas renié Agatha Christie, avec la verve d’un Stephen King taquin. Romero illustre cette histoire basique mais redoutablement efficace en saupoudrant le tout d’une large dose d’hémoglobine. Toujours marqué par une thématique vengeresse, ce segment marque les esprits à plus d’un titre. Pour son côté jusqu’au-boutiste, mais aussi pour la cohérence entre son propos et sa mise en scène. Et on ne crachera pas sur la performance impeccable de Hal Holbrook, parfait en cocote minute humaine prête à lâcher la vapeur à tout moment. C’est aussi très drôle !

Ça grouille de partout :
La demeure d’un vieux chef d’entreprise obsédé par la propreté est envahie de cafards.
Certainement l’histoire la plus faiblarde du lot. Sans déshonorer l’ensemble, Ça grouille de partout clôture avec efficacité et simplicité un ensemble cohérent. Pas forcément passionnante, cette histoire de cafards revanchards (encore la revanche) se laisse néanmoins regarder avec plaisir, notamment grâce à la performance de E.G. Marshall, très à l’aise dans les pompes immaculées d’un vieil acariâtre sans cœur. On pense à Scrooge pour le caractère du personnage principal il est vrai très « Dickens », même si ici point de fantômes. Ce sont les insectes qui font le boulot de la justice et de la morale. En attaquant là où ça fait mal. En déclenchant la psychose, qui, on s’en doute s’invite à la fête.

Depuis, Creepshow à fait des émules. Une suite voit ainsi le jour en 1987, sobrement intitulée Creepshow 2 (sans Romero, toujours avec Stephen King mais quand même excellente) et Les Contes de la Crypte prennent le relais à la télévision. Un troisième épisode sort en 2006, dans l’anonymat le plus total. Très difficile à trouver, ce troisième opus a de plus été désavoué par tous les artisans des deux premiers. Tom Savini, le fantastique maquilleur de la franchise a d’ailleurs affirmé que le « vrai » Creepshow 3 était sans nul doute le film DarkSide, qui, comme mentionné plus haut, est l’œuvre de John Harrison, le compositeur du score de Creepshow. Une affaire de famille donc !

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Warner Bros


Par Gilles Rolland le 5 février 2012

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Pamalach
Pamalach
12 années il y a

Que de souvenirs ! Des répliques absolument cultissimes qui font mouche à chaque fois ! ” Il te suffira de retenir ton souffle…”, ” je veux mon gâteau Bégénia ! “…ah rien que d’y penser j’attrape le fou rire.

hippocampestudio
Administrateur
12 années il y a
Répondre à  Pamalach

Vient avec nous à la plage Richard ! lol

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[…] segments, liés les uns aux autres par la thématique de l’infidélité, le film rejoint donc Creepshow, Groom Service (de Tarantino, Rodriguez…), ou encore Paris je t’aime de par sa […]