[Critique] FOUS D’IRÈNE

STARVIDEOCLUB | 26 novembre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Me, Myself & Irene

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateurs : Peter Farrelly, Bobby Farrelly
Distribution : Jim Carrey, Renée Zellweger, Chris Cooper, Anthony Anderson, Robert Forster, Tony Cox, Richard Tyson, Mongo Brownlee, Jerod Mixon, Richard Jenkins, Traylor Howard…
Genre : Comédie/Romance
Date de sortie : 21 juin 2000

Le Pitch :
Charlie est un type profondément gentil. Même lorsque sa femme le laisser tomber, lui et ses trois enfants, il ne bronche pas, ou si peu. Refoulant ses émotions, Charlie continue de se lever chaque jour pour exercer son métier de policier, dans l’état de Rhode Island. Pourtant, les brimades incessantes de son entourage, qui profite allègrement de sa gentillesse, finissent par provoquer chez lui un trouble de la personnalité schizophrénique. Quand Charlie est incapable de faire aux situations conflictuelles, Hank, son double, s’en charge, souvent avec pertes et fracas. Un jour, Charlie se voit confier une mission par son supérieur : escorter la jolie Irène dans un autre état, où elle est recherchée pour violation au code de la route. Irène, qui est aussi pourchassée par de dangereux tueurs… L’occasion pour Hank de refaire surface à intervalles réguliers et de transformer ce périple en une aventure des plus imprévisibles…

La Critique :
Qu’est-ce qui fait d’une comédie, une excellente comédie ? Le sens du rythme tout d’abord, super important. Les gags sont bien sûr tout aussi primordiaux. Ils doivent claquer et s’enchaîner. L’humour doit jouer sur plusieurs tableaux. Être malin, fin, mais aussi -tant qu’à faire- un peu vulgaire. Une ou deux blagues bien trash, qui tachent, ne gâchent en rien le plaisir, si le film ne mise pas entièrement sa dynamique sur des situations centrées sur des pénis, des nichons ou des paires de miches. Même si il existe quelques exceptions. Qui confirment la règle, comme toujours.
Fous d’Irène possède tout cela. Sans l’ombre d’un doute, il s’agit non seulement de l’une des meilleures comédies de Jim Carrey, mais aussi du meilleur film tout court des Frères Farrelly, qui achèvent ici leur trilogie, que l’on pourrait décrire comme étant celle de l’amour. Dumb & Dumber, Mary à tout prix et Fous d’Irène, qui illustrent tous l’amour d’un type (ou de deux dans le cas de Dumb & Dumber) pour une fille qui, à priori, ne joue pas dans leur catégorie. Physiquement, psychologiquement ou géographiquement. Dans Dumb & Dumber, les personnages à la ramasse incarnés par Jeff Daniels et Jim Carrey, cherchent à séduite une fille « de la haute » ; dans Mary à tout prix, Ben Stiller, tente de reconquérir son amour de jeunesse avec lequel il a perdu tout contact, et dans Fous d’Irène, c’est un flic schizophrène (on peut alors considérer qu’ils sont deux dans le même corps) qui croise par hasard la route d’une nana farcie d’emmerdes, qui ne partage pas à priori les mêmes perceptions de la vie que lui. De toute façon, d’une manière plus générale, l’amour est au centre de l’œuvre des Farrelly. Fous d’Irène représentant la plus parfaite illustration d’une symbiose entre comédie et romance, portée à son paroxysme par deux réalisateurs et une équipe de comédiens en pleine possession de leurs moyens.

Le truc avec les Farrelly, c’est que lorsqu’ils sont en bourre, leur humour ne semble pas connaître de limite. Dans le trash, le mauvais goût ou l’absurde. Fous d’Irène regorge de gags, dont certains déclenchent l’hilarité. Que ce soit la première, ou la trentième fois que l’on voit le long-métrage. Il y a les gros gags bien baveux, comme celui du godemiché, de la vache ou celui de la poule, bien enfoncée dans le rectum d’un policier. Il y a aussi, et c’est là que c’est redoutable, les détails. Une vanne, lancée, l’air de rien, qui prend de la valeur avec le temps, tel le bon vin ou le whisky vieilli en fut de chêne. Par exemple, le gag au second plan, où Jim Carrey s’étouffe avec un verre d’eau. Les Farrelly ont réussi à mettre dans leur film une multitude de références, piquées à droite et à gauche pour certaines, y compris chez eux, pour les mélanger avec un bon/mauvais goût à l’épreuve du temps.
De plus, ils prouvent avec Fous d’Irène qu’ils ont tout compris à Jim Carrey, personnalité complexe s’il en est, et véritable fou-furieux de la comédie.
L’acteur est parfaitement à sa place, jouant avec une perspicacité admirable entre un répertoire purement gestuel (étalant avec une gouaille unique son extraordinaire répertoire facial et corporel) et un humour verbal parfait. Aux commandes d’un personnage schyzo, Carrey interprète avec autant d’aisance le gentil et naïf Charlie que le brutal Hank. Une facilité déconcertante particulièrement lisible quand Hank fait surface pour la première fois, lors de la fameuse séquence « vagiclean » au supermarché. C’est tout bonnement spectaculaire. En à s’en pisser dessus comme dirait l’autre !

Renée Zellweger trouve aussi l’un de ses meilleurs rôles. Son duo avec Jim Carrey fonctionne à merveille. Est-ce le répondant de Carrey, ou alors la direction d’acteur des Farrelly, mais la comédienne révèle une facette inédite, entre séduction implicite et sens comique, équilibrant remarquablement bien la balance.
Rajoutez à cela des seconds rôles impeccables, campés par des acteurs aux curriculums alors plutôt sérieux, comme Richard Jenkins (qui fera merveille quelques années plus tard dans Frangins malgré eux), Robert Forster, Chris Cooper et même le trop rare Richard Tyson (allez zieuter notre portrait sur cet acteur injustement tricard). Impossible de ne pas souligner également le rôle prépondérant des trois fils du personnage principal.
On pourrait écrire un livre sur ce film. Il s’agirait d’un guide à l’usage des apprentis réalisateurs qui veulent se lancer dans la comédie. On l’étudierait dans les facs de cinéma et dans les théâtres. Car si les Farrelly avaient posé les bases de leur humour dans leurs précédentes réalisations, c’est ici que tout explose. Au propre comme au figuré et bien comme il faut dans la tronche !

@ Gilles Rolland

Crédits photos : 20th Century Fox

Par Gilles Rolland le 26 novembre 2012

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