[Critique] ROCKY BALBOA

STARVIDEOCLUB | 12 janvier 2016 | 1 commentaire
Rocky-Balboa-poster

Titre original : Rocky Balboa

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Sylvester Stallone
Distribution : Sylvester Stallone, Burt Young, Antonio Tarver, Geraldine Hughes, Milo Ventimiglia, Tony Burton, James Francis Kelly…
Genre : Drame/Suite/Sage
Date de sortie : 24 janvier 2007

Le Pitch :
Trois ans se sont écoulés depuis le décès d’Adrian, la femme bien aimée de Rocky. Patron d’un restaurant, l’ancien Champion du Monde de boxe régale ses clients d’histoires de sa glorieuse carrière, tout en ressassant le passé, sans véritablement arriver à se remettre. La distance que son fils a prise n’arrangeant pas les choses… C’est alors que Rocky pense à rechausser les gants pour tenter de se défaire de cette mélancolie trop présente. Un retour qui incite des promoteurs à organiser un combat exhibition avec Mason Dixon, l’actuel Champion du Monde des poids lourds, qui de son côté, cherche à se refaire une crédibilité auprès du public…

La Critique :
Les come-back réussis sont, au cinéma comme ailleurs, plutôt rares. Pour ce qui est des résurrections, c’est encore pire. Pourtant, Sylvester Stallone a réussi. Plusieurs fois. Quand il décide de revenir auprès de Rocky Balboa pour lui offrir un dernier baroud d’honneur, Sly n’est plus du tout en odeur de sainteté au box-office. Le public comme les professionnels l’ignorent copieusement, pensant qu’il est définitivement devenu ce tricard autrefois célébré mais aujourd’hui tout juste bon à jouer dans des productions mineures à la qualité plus que relative. Depuis Copland, son dernier véritable bon film en date, de l’eau a coulé sous les ponts. L’industrie a changé et pas forcément dans le bon sens, tandis que Sly lui, est resté le même. En 10 ans (à peu près), Stallone a enchaîné les rendez-vous manqués. Dans Driven tout d’abord, puis dans Compte à Rebours Mortel, que tout le monde s’est empressé d’écharper sur la place publique, sans oublier Get Carter, un remake un peu piteux d’un classique avec Michael Caine, ou Les Maîtres du Jeu, un thriller mineur se déroulant dans le milieu des parties de poker. 3 ans séparent Spy Kids 3, dans lequel l’Étalon Italien joue le(s) méchant(s) et Rocky Balboa. 3 ans durant lesquels l’acteur/réalisateur a mûrement préparé le retour du boxeur, sans tourner dans quoi que ce soit d’autre. Ce come-back, non seulement Rocky comme Stallone le méritait. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’au final, le résultat a mis tout le monde K.O., y compris ceux qui avaient déjà remisé au rayon des antiquités le personnage et son interprète…

Rocky-Balboa-sylvester-Stallone

Alors âgé de 60 ans, Stallone a logiquement souhaité renouer avec l’ambiance du premier volet de sa saga fétiche. Impossible d’organiser une nouvelle montée en puissance pour finir par un couronnement en bonne et due forme. Cela dit, une telle démarche, très personnelle et viscérale au possible, devait forcément rimer avec un retour sur le ring. Probablement inspiré par les boxeurs George Foreman et Bernard Hopkins, qui combattirent jusqu’à presque 50 ans, Sly se devait également d’offrir à ses fans un vrai combat dans les règles de l’art, histoire de contenter les frustrés du cinquième volet, d’ailleurs injustement décrié (voir notre article). Le tout était de bien orchestrer le spectacle sans sonner faux et ne pas gâcher ce qui a toujours été pensé comme un ultime round. Il s’agissait également de retrouver la simplicité du premier volet, mais aussi d’inscrire Rocky dans une démarche un tant soit peu moderne, en imaginant ce que serait devenue sa vie une quinzaine d’années après la fin du long-métrage précédent.
C’est donc un Rocky de presque 60 ans que nous retrouvons. Fidèle à lui-même, il écume les rues de Philadelphie qui lui sont familières, accompagné de Paulie, son beau-frère. Patron d’un restaurant, il est devenu une sorte de monument, que tout le monde salut et semble considérer comme le vestige vivant d’une époque révolue. Abattu depuis la mort de sa chère Adrian, Rocky a cependant des comptes à régler avec la vie. Pour lui, il le sait, la cloche n’a pas encore sonné.
Si les fans n’ont jamais douté du bien-fondé d’une tel projet, aussi audacieux et frondeur soit-il, beaucoup ont été surpris par le résultat final. Comme souligné plus haut, Rocky Balboa est un film mûrement réfléchi. Un film somme dont les racines s’étendent sur trois décennies. Quand il s’attache à raconter l’histoire de Rocky, Stallone raconte aussi un peu la sienne. Leurs parcours ont été marqués par de nombreux combats. Le palmarès du comédien ressemble à s’y méprendre à celui de son alter-ego : pas mal de victoires mais aussi d’âpres défaites. Le principal, comme il le dit si bien lui-même « n’est pas d’être un bon cogneur (…). L’important, c’est de sa faire cogner et d’aller quand même de l’avant. » Une philosophie au cœur de la saga Rocky, que Stallone, par la force des choses, a fait sienne depuis l’époque des vaches maigres.
C’est ainsi face à un homme digne, simple et avenant, mais aussi dans un sens frustré que nous nous retrouvons à l’occasion de ce sixième volet. Un homme qui va nous offrir l’un des meilleurs films des années 2000.

Trésor d’écriture, où l’essence des personnages comme Rocky ou Paulie ne sont jamais trahies au service d’une quelconque volonté de les changer pour mieux les faire cadrer avec le nouveau décors, Rocky Balboa trouve le ton juste dès le début. Mélancolique, il fouille dans le passé et en extirpe son émotion à fleur de peau, pour ensuite l’utiliser comme carburant afin d’aller de l’avant. Conscient qu’il n’est plus un jeune premier, Rocky cherche juste la paix de l’âme. « Un boxeur, ça boxe. » Ou autrement dit : inutile de se voiler la face et de renoncer à ce qui a toujours représenté un moyen de s’élever, d’une façon ou d’une autre. Alors non, le but n’est pas de redevenir Champion. Le but est de se débarrasser de la bête qui tire l’homme vers le bas. De lui en mettre plein la tronche pour acquérir enfin une forme de sagesse. Rocky Balboa, en outre, souligne l’importance de cette sagesse, en l’opposant au caractère plus « chien fou » d’une jeunesse en manque de repères. Jamais Stallone ne parle dans le vide. Ici encore plus qu’ailleurs.
D’une sensibilité inouïe, il retrouve vite tout le sel qui faisait par exemple de l’amitié de Rocky et de Paulie, l’un des meilleurs éléments de la saga. Burt Young est en cela parfait, une fois de plus, alors que le personnage de Marie, une rescapée du passé, apporte la touche de féminité, sans pour autant remplacer Adrian, mais en donnant à Rocky une occasion de prendre du recul sur son désir de remonter sur le ring, avant que son propre fils (incarné par Milo Ventimiglia, une fois n’est pas coutume, parfait de sobriété) ne vienne lui aussi soutenir son père.
À tous les postes, Sylvester Stallone, le réalisateur, livre certainement son film le plus impressionnant. Sans chercher à éviter les passages obligés qui ont fait de Rocky ce qu’il est devenu (l’entraînement, le combat, l’humour…), il emmène néanmoins son univers dans le nouveau millénaire, truffe son récit de clins d’œil, mais ne s’y repose pas confortablement, leur conférant ainsi une utilité accrue, en partie responsable de la pertinence de l’ensemble. En témoigne la présence de Spider Rico, le boxeur que dérouille Balboa au tout début du premier long-métrage, ou encore le retour de Duke, l’ancien entraîneur d’Apollo.
Porté par des idées de mise en scènes aussi surprenantes que bien intégrées, le long-métrage réussit à maintenir un niveau d’excellence du début à la fin et s’avère, lors de son dernier quart, redoutable d’immersion. Rien ne vient entraver la dernière marche du boxeur vers le ring. Aucune faute de goût ou d’approximation. Tout est magnifiquement calibré.

Que ce soit sur la forme ou sur le fond, Rocky Balboa gagne quoi qu’il en soit. Mais au fond, ce qui lui permet de renouer avec la magie des meilleurs volets, c’est l’engagement total de son créateur. Physiquement bien sûr (le corps massif que Sly dévoile lors du combat final en dit autant que bien des mots, quant au chemin parcouru), mais aussi sur un plan plus émotionnel. On sent que Stallone y croit. Qu’il veut bien faire en permanence, mais sans nécessairement chercher à flatter les fans. En 2006, il n’a plus rien à perdre. Un échec de plus n’aurait pas changé grand chose pour lui. Affranchi de la pression qui s’exerçait jadis, il est libre. Libre de prendre du recul notamment. C’est aussi cela qui rend Stallone si unique. Il est l’un des seuls à avoir réussi à se mettre autant à nu dans un film et ainsi à créer un lien avec son public qui va bien au-delà de la simple admiration. Tout ceci pour la simple et bonne raison que même si il est différent de Rocky, quand il le devient, il y injecte une large part de ses souffrances, de ses rêves. Et plus que tout, il y met du cœur.
C’est pour cela, et pour beaucoup d’autres raisons, que Rocky Balboa est un chef-d’œuvre. Un uppercut déchirant, qui touche en plein cœur à chaque vision, sans perdre un iota de sa puissance. Des films comme celui-là, le cinéma n’en compte que très peu.

@ Gilles Rolland

Rocky-Balboa-Sylvester-Stallone-Burt-Young  Crédits photos : 20th Century Fox France

Par Gilles Rolland le 12 janvier 2016

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