[Critique] 007 SPECTRE

CRITIQUES | 11 novembre 2015 | Aucun commentaire
Spectre-poster

Titre original : Spectre

Rating: ★★★½☆
Origine : Grande-Bretagne/États-Unis
Réalisateur : Sam Mendes
Distribution : Daniel Craig, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Ben Whishaw, Naomie Harris, Ralph Fiennes, Dave Bautista, Monica Bellucci, Rory Kinnear…
Genre : Action/Thriller/Adataption/Suite/Saga
Date de sortie : 10 novembre 2015

Le Pitch :
Alors que le MI6 doit faire face à une restructuration massive à la suite de la nomination d’un nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, James Bond poursuit une mission pour son compte, sans le soutien de ses supérieurs. Une suite d’indices troublants met 007 sur les traces de Spectre, une mystérieuse organisation secrète, visiblement à l’origine d’une série d’attentats coordonnés à travers le globe. Alors qu’il pénètre les arcanes de cette société tentaculaire, il fait la connaissance de Madeleine Swan, la fille de l’un de ses membres, qui va l’aider à remonter jusqu’au dirigeant de Spectre…

La Critique :
La sortie d’un nouveau James Bond est toujours un événement. Surtout depuis la reprise en main de la saga et l’arrivée de Daniel Craig, qui a d’emblée puissamment symbolisé le virage plus brutal et plus âpre pris par la saga avec Casino Royale. Un événement à plus d’un titre, car ici, comme l’indique le nom du métrage, c’est carrément à l’essence même de l’œuvre de Ian Fleming que l’on s’attaque de manière frontale. Les fans de la saga savent en effet ce qu’implique le face à face de Bond et de Spectre, à savoir le retour aux affaires de l’ennemi emblématique du flegmatique agent secret et possiblement le retour au turbin de la némesis ultime, le fameux Ernst Stavro Blofeld, auparavant notamment incarné au cinéma par Donald Pleasence ou encore Telly Savalas. Un super méchant ayant également inspiré Mike Myers pour le Dr. Denfer d’Austin Powers, avec la fameuse cicatrice à l’œil et le matou jamais bien loin.
Avec Spectre, on touche au vif. Un peu comme quand Christopher Nolan avait opposé Batman au Joker. Les précédents méchants, incarnés par Mads Mikkelsen, Mathieu Amalric et Javier Bardem, n’étaient finalement que les lieutenants du type que va enfin dérouiller James Bond (ou pas d’ailleurs). Un postulat de départ très prometteur, qui plus est annoncé par le biais d’une promo qui semblait mettre l’accent sur une tonalité encore plus sombre et crépusculaire qu’auparavant et bien sûr à des lieues des quelques bouffonneries ayant émaillé au fil des années la carrière de 007 au cinéma.

Spectre-Christoph-Waltz-Léa-Seydoux

Comme tout Bond qui se respecte, Spectre débute par une séquence d’action d’anthologie. Dans les rues de Mexico City, en pleine fête des morts, entouré de plus 1500 figurants, le chouchou de Sa Majesté poursuit des méchants, fait exploser tout un tas de trucs, et finit dans un hélicoptère pour une scène qui se place sans mal parmi les plus spectaculaires de toute la franchise. Viens alors le générique. C’est beau mais manque de bol, la musique n’est pas à la hauteur. Signée Sam Smith, qui prend la suite d’Adèle, la chanson est d’ailleurs pour sa part l’une des plus inintéressantes entendues dans un James Bond depuis un bail. Et malheureusement, elle dure des plombes. On se raccroche donc aux belles images et enfin le film débute avec une traque qui va de Londres à Rome, avant de filer sur le Maroc ou l’Autriche.
Rien ne va plus au MI6. Le nouveau boss veut mettre Bond au chômage, et plus personne ne lui accorde de crédit. Si dans Skyfall, le héros était usé et fatigué, il est ici désavoué par sa hiérarchie. Au final, le résultat est un peu le même. Dépourvu du soutien logistique habituel, Bond doit se débrouiller tout seul. Un peu comme le Ethan Hunt de Mission : Impossible, mais sans Simon Pegg ou Ving Rhames. Bref… Pour la surprise, on repassera. Plusieurs fois depuis sa remise à zéro, la saga a joué sur le côté « rebelle » de ce James Bond et là encore, on souligne le caractère tricard d’un mec lâché dans la nature avec son flingue, alors que même ses amis et son boss ne lui font plus vraiment confiance.
Cela dit, ça marche. Du moins au début, quand Bond infiltre le Spectre. L’ambiance est, comme prévue, plutôt sombre et l’ennemi, que nous ne faisons qu’entrevoir, possède un authentique charisme. Après tout, le méchant dans un Bond, est une composante hyper cruciale. C’est d’ailleurs en partie pour cela que Quantum of Solace, avec l’effacé Mathieu Amalric, faisait aussi pâle figure comparé à Casino Royale.
Le soucis, c’est que le film nous refait le coup de Skyfall en étirant son intrigue. À l’instar de son prédécesseur, Spectre commence donc très fort, mais retombe assez rapidement. La tension inhérente à cette société secrète super menaçante et la dynamique anxiogène sont trop diluées, notamment par ces petites touches d’humour certes drôles, mais néfastes au sérieux pourtant indispensable à un scénario qui joue sur l’ampleur inédite de la menace qui pèse sur Bond. Même sentence concernant Monica Bellucci, qui ne semble être là que pour passer à la casserole, avant de disparaître dans l’ombre de 007 et de laisser la place à Léa Seydoux. La vraie James Bond Girl, c’est elle et étrangement, peut-être parce qu’elle est française, sa présence et la platitude de sa performance, ne font que faire regretter un peu plus Eva Green, qui en son temps, avait largement contribué à faire de Casino Royale un grand Bond. Le problème avec Léa Seydoux, outre son petit air supérieur très « Rive Gauche », c’est son incapacité à traduire des émotions humaines autres que le mépris. En fait, la belle se pose un peu comme une déclinaison féminine et jolie de Steven Seagal : une ou deux expressions au compteur et c’est tout. Côté glamour par contre, ça passe, mais force est de reconnaître que son personnage n’est pas indispensable du tout à l’intrigue (contrairement à celui d’Eva Green, impossible de l’oublier) et que la romance qui s’installe entre elle et James Bond ne tient pas la route. Elle n’est que cette proie facile que les méchants vont fatalement utiliser pour briser le héros. Cette belle plante dans un sens tout à fait raccord avec l’idée que l’on se fait d’une James Bond Girl, mais plutôt embarrassante dans un film voulu aussi crucial que Spectre, au vu des enjeux qu’il colporte.

Le long-métrage de Sam Mendes souffre donc d’un gros ventre mou à mi-parcours. Avec 30 minutes de moins, Spectre aurait gagné en intensité, en gravité et en efficacité. Là, il s’égare et s’attarde inutilement sur des détails, en délaissant un peu l’essentiel. Tout cela pour faire des sempiternels clins d’œil aux précédents volets de la saga et placer quelques vannes et autres séquences inscrites dans le cahier des charges de la franchise. Cela peut paraître étrange, mais le film semble vouloir retarder l’échéance pour ménager ses effets. À l’arrivée, les effets sont certes ménagés, mais l’intérêt lui, en a pris un petit coup dans l’aile. Quand déboule enfin le bad guy suprême, et oui Christoph Waltz semblait né pour le rôle, la déception n’est pas vraiment à l’ordre du jour, mais l’impact n’est pas celui escompté. Le combat de Bond contre le patron de Spectre aurait du être dantesque. Il n’est que sympathique et gentiment référentiel. Quand Casino Royale et même dans un sens Skyfall creusaient dans une direction semblant indiquer un désir farouche de refaçonner toute la mythologie de Ian Fleming, ce quatrième opus trébuche au pire moment et ne fait de son climax qu’une maladroite remise à jour qui tient plus de l’hommage que de la véritable et audacieuse relecture.
Il est tentant de mettre cela sur le compte du scandale Sony, qui força les scénaristes à revoir leur copie en catastrophe, mais même en tenant compte de la chose, difficile de ne pas trouver à Spectre un côté trop bancal pour convaincre totalement. Le cul entre deux chaises, ce Bond là ne choisit jamais et reste en équilibre tout du long.

Mais heureusement, Spectre, comme tous les autres épisodes avant lui, est avant tout un gros film d’action. Une affirmation qui ne plaira peut-être pas aux fans, mais au fond, qu’est-ce qu’est James Bond si ce n’est une certaine expression ultime d’une action décomplexée ? Comme les Mission : Impossible, un Bond se doit d’offrir plusieurs moments d’anthologie et de repousser si possible les limites établies par son prédécesseur (mais on a le droit de préférer l’incroyable conclusion explosive de Skyfall). En cela, Spectre remplit sa part du contrat haut la main. Pour ce qui est d’orchestrer des séquences totalement folles, Sam Mendes assure toujours. De l’intro à la poursuite dans la neige, en passant par les courses-poursuites ou les bastons contre Dave Bautista (une sorte d’ersatz bourrin et assez jouissif de Jaws de L’Espion qui m’aimait et Moonraker), pas de problème. Le film y va franchement, s’avère très spectaculaire, toujours très lisible et toujours assez brutal. Daniel Craig y est de plus sans surprise aussi bon. Que ce soit dans l’humour pince sans rire ou physiquement parlant, son charisme brut de décoffrage fait des merveilles.

Beaucoup moins beau visuellement que Skyfall (Roger Deakins n’est plus là et ça se voit), d’une patine plus « vintage » (le film a été tourné en 35 mm), ce 24ème épisode fait tout pour raviver les braises de l’âge d’or de son personnage emblématique. On met une nouvelle fois sous le nez cette bonne vieille nostalgie, à laquelle on mixe une certaine modernité. Le cocktail n’a pas toujours le goût escompté. Ni le caractère d’ailleurs. Si Spectre ne met pas dans la mille autant de fois que prévu (et qu’espéré), c’est en partie car il ne parvient jamais à vraiment trouver son identité. Au fond, qu’est-il ? La conclusion de l’époque Daniel Craig ? Un hommage bizarre à la légende ? Probablement un peu tout cela à la fois. Le métrage ne va pas au bout des choses et c’est bien là où le bas blesse.
Il est visiblement probable que Craig rempile pour au moins un film. Ou va partir James Bond la prochaine fois maintenant qu’il a peut-être utilisé son arc narratif le plus attendu et le plus légendaire ? Les producteurs ne viennent-ils pas de se tirer une balle dans le pied ? L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : Eva Green nous manque.

@ Gilles Rolland

Spectre-Daniel-CraigCrédits photos : Sony Pictures Releasing France

 

Par Gilles Rolland le 11 novembre 2015

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