[Critique] 2 DAYS IN NEW YORK

CRITIQUES | 30 mars 2012 | Aucun commentaire

Titre original : 2 Days in New York

Rating: ★★★★☆
Origines : France/Allemagne/Belgique
Réalisateur : Julie Delpy
Distribution : Julie Delpy, Chris Rock, Albert Delpy, Alexia Landeau, Alexandre Nahon, Dylan Baker, Kate Burton, Daniel Brühl…
Genre : Comédie
Date de sortie : 28 mars 2012

Le Pitch :
Marion est désormais installée à New York avec Mingus, son nouveau petit ami américain et leurs deux enfants, issus d’unions différentes. Alors en plein préparatifs pour son exposition photo, Marion accueille son père, sa sœur et le copain de celle-ci (qui s’est incrusté et qui est aussi l’ex de Marion). La famille de la jeune française laisse alors libre cours à son extravagance. De quoi déstabiliser Mingus pour qui le choc des cultures est de taille…

La Critique :
Hasard du calendrier, 2 Days in Paris arrive à peine six mois après la sortie du Skylab dans les salles françaises. Julie Delpy ne chôme pas et finalement c’est une bonne chose, vu la qualité de ses films. Très à l’aise dans un registre théâtral, Julie Delpy continue donc d’explorer la vie sentimentale et sociale pour le moins compliquée de Marion, son alter-ego. Cinq ans après un très bon 2 Days in Paris, l’actrice/cinéaste délocalise son héroïne au beau milieu de la Grosse Pomme dans le but avoué de prolonger son autopsie du choc des cultures.
Exit Adam Goldberg, qui incarnait Jack, le boyfriend de Marion dans le film précédent et welcome Mingus, brillamment interprété par l’excellent Chris Rock.
Alors que le premier épisode de ce diptyque analysait les ressentis d’un américain à Paris, ce second volet explore les effets secondaires de l’atterrissage d’une famille française un peu folle aux États-Unis. Et si, contrairement à Adam Goldberg, Chris Rock joue ici à domicile, la collision n’en est que plus « violente ».
Car c’est la France qui déboule chez Marion et Mingus. Celle du fromage qui pue, de la saucisse sèche, de mai 68, des pratiques sexuelles étranges et des grossièretés en tout genre.
De la part d’un réalisateur américain, un tel débordement de clichés aurait pu passer pour une attaque en bonne et due forme envers notre cher pays. Julie Delpy a conscience de la chose et détourne ces clichés pour mieux en extraire la moelle comique. Un procédé scénaristique qui fonctionne la plupart du temps à plein régime et qui donne lieu à quelques scènes pas piquées des vers qui sentent le vécu à plein nez.

Réalisatrice inspirée, Julie Delpy fait montre ici d’un véritable talent d’écriture (dans une veine quasi-autobiographique). Un détail qui n’avait pas échappé à celles et ceux qui ont pu voir ses précédents longs-métrages et qui, dans le cas présent, tout comme dans 2 Days in Paris, fait des étincelles. Une scénariste qui se place dans la droite lignée de Woody Allen. Une impression renforcée par la localisation géographique bien entendu, même si contrairement à une grande majorité de la filmographie de Allen, la ville ne joue pas non plus un rôle prépondérant dans cette suite. Tout comme Woody, Julie Delpy décortique, fonce dans le tas, ose tout, la vulgarité comme l’émotion et organise une succession de joutes verbales, dont certaines s’avèrent vraiment savoureuses.
Julie Delpy a le bon goût de ne pas trop en faire. Ses dialogues claquent et rebondissent comme des balles en caoutchouc. C’est souvent jubilatoire et pertinent et franchement ça fait plaisir à voir et à entendre !

Pourtant, tout n’est pas rose. Se sentant peut-être pousser des ailes devant la réussite évidente de son match retour France-États-Unis, Julie Delpy tente de souligner l’absurdité sous-jacente qui habite la majeure partie de son œuvre (du moins lorsqu’on parle de comédies). À l’instar de Woody Allen, elle verse à un moment donné dans le conceptuel et l’abscons mais se perd en digressions bizarres. En gros, elle force le trait. Son personnage vend son âme pendant son exposition en présentant la chose comme une sorte de performance artistique à la Yoko Ono. Ce qui rappelle étrangement cet épisode des Simpson où Bart vend lui-même son âme et cherche ensuite à la récupérer, se sentant nu et vulnérable. Et c’est précisément lorsque Marion cherche le type qui a acheté son âme, que le film ralentit. On ne pige pas forcement où Julie Delpy veut en venir, mais on sent par contre sa volonté de sortir des clous de la comédie de mœurs, pour s’aventurer un peu timidement sur les terres gouvernée par Woody Allen et par une poignée d’autres cinéastes de l’absurde. Sans être ratée, cette tentative désarçonne. Consolation : elle permet d’introduire dans l’histoire un caméo de choix. On vous laisse la surprise.

Si 2 Days in New York est indéniablement une réussite, c’est aussi grâce à ses acteurs. Les français assurent, avec une mention pour Albert Delpy, le fidèle paternel, aussi astiqué du bulbe qu’attendrissant. La complicité entre la fille et le père confère d’ailleurs au film une tonalité vraiment pure et attachante. Pourtant, c’est Chris Rock qui tire le plus son épingle du jeu. Quel choix judicieux et audacieux ! L’alchimie entre les deux comédiens est probante et voir Rock réciter avec la verve et le talent qu’on lui connait les lignes de dialogues de sa réalisatrice s’avère génial. Sensible, extrêmement drôle, charismatique et magnétique, Chris Rock tient ici l’un de ses plus grands rôles. Une évidence renforcée par les scènes où seul face à un Obama de carton, le comédien redevient la bête de scène qu’il n’a finalement jamais cessé d’être.

Important : à voir en version originale sous-titrée pour profiter des nombreux gags inhérents au manque de compréhension entre les francophones et les anglophones.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Saga Films

Par Gilles Rolland le 30 mars 2012

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