[Critique] AMERICAN BLUFF

CRITIQUES | 6 février 2014 | Aucun commentaire
American-Bluff-American-Hustle-affiche

Titre original : American Hustle

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : David O. Russell
Distribution : Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Jeremy Renner, Robert De Niro, Jack Huston, Louis C.K., Michael Peña, Elisabeth Rohm, Saïd Taghmaoui…
Genre : Comédie/Thriller/Romance
Date de sortie : 5 février 2014

Le Pitch :
Dans l’Amérique des années 70, Irving et Sydney s’aiment passionnément. Ensemble, ils montent de savantes arnaques et s’enrichissent au point d’attirer l’attention du FBI qui envoie Richie DiMaso, un agent spécial, pour les piéger. Sous la menace d’une peine de prison conséquente, le couple accepte de collaborer avec le FBI afin de confondre de plus gros truands. Commence alors un jeu de faux-semblants des plus risqués. Histoire en partie vraie…

La Critique :
C’est précédé d’une promo basée sur son palmarès déjà impressionnant (dont 3 Golden Globes et 10 nominations aux Oscars) qu’American Bluff déboule dans les salles françaises. Un film illustré par une affiche ultra classe, qui à elle seule donne le vertige et surtout porté par un réalisateur en pleine bourre et par un casting super glamour et charismatique. De belles promesses donc pour un film que l’on espérait à la hauteur. Autant le dire tout de suite : c’est le cas. American Bluff est énorme. Dans tous les sens du terme. À vrai dire, il est tellement bon, que parfois, on a carrément envie de se lever pour applaudir. Rien que ça oui…

Le principal risque de monter un film d’arnaqueurs est d’arnaquer au final le spectateur. Nombreux sont ceux qui prennent des chemins détournés, qui tournent autour du pot sans jamais toucher au but et qui au fond, s’apparentent à de gentils tours de passe-passe scénaristiques tout juste bons à faire passer le temps, sans classe, ni véritable tenue ou fondements concrets.
American Bluff se base quant à lui sur un scandale bel et bien authentique, déjà évoqué notamment par Donnie Brasco, à savoir l’affaire Abscam. Une affaire qui a vu le FBI s’allier provisoirement avec des escrocs pour mettre à jour les agissements douteux de certains politiques.
Là-dessus, David O. Russell et le scénariste Eric Singer (auteur de la première version du scénario) brodent une fiction, où plusieurs personnages se tournent autour, escrocs et agents spéciaux, avant de nourrir la réalité en s’y greffant habilement en fin de route. Et au fond, de l’affaire Abscam, on s’en fout un peu. C’est juste un bonus. Une toile de fond assez abstraite. David O. Russell ne s’y intéresse pas plus que cela. Pas plus que nécessaire en tout cas.
Lui s’intéresse davantage à ses personnages comme c’était déjà le cas avec Les Rois du désert et surtout Fighter et Happiness Therapy, avec lesquels American Bluff forme une espèce de trilogie axée sur les vicissitudes de la classe moyenne de la côte est des États-Unis. Et comme dans ces deux précédentes réalisations, le réalisateur filme des personnages désireux de s’en sortir. De s’extraire de leur condition et de briller, à leur façon, parmi les étoiles qu’ils ont longtemps contemplé sans pouvoir les toucher.

Dès le départ, on sent que le spectacle sera mémorable. Dès cette introduction pendant laquelle Christian Bale, la bedaine volontaire (+ 18 kg tout de même), se colle un pastiche ridicule sur le crane dans le but d’élaborer une coiffure à proprement parler surnaturelle, qui vient couronner un look hallucinant et totalement excentrique. C’est le rire qui ouvre le bal dans le jeu de dupes de David O. Russell. Un rire qui se prolonge dans la scène suivante qui voit Bradley Cooper, fier de ses bouclettes, entrer en scène, accompagné d’une Amy Adams plus sexy que ça tu meurs.
L’ouverture est jubilatoire. Le reste du film aussi. American Bluff est un plaisir de tous les instants. Un festin pour cinéphile. David O. Russell est un cinéaste extrêmement généreux. Avec son public et avec ses acteurs pour lesquels il écrit spécialement les rôles, histoire de leur payer un costard sur-mesure.

C’est donc en toute logique qu’American Bluff se pose comme un grand film d’acteurs. Le tour de force étant de réserver à chacun d’eux de larges occasions de briller et d’exister, sans souffrir du rayonnement des autres. Et pour rayonner, ça rayonne salement devant la caméra de David O. Russell !
Christian Bale tout d’abord est spectaculaire. Entre De Niro et Pacino, sans se départir d’une large touche bien personnelle, il se fabrique un personnage jubilatoire. Drôle, touchant, ambigu, Bale est absolument génial. Absolument ! En permanence, il impressionne, y-compris quand il est au second plan, grâce à une batterie de mimiques savoureuses, qui indiquent aussi le génie absolu d’un acteur décidément monumental dans tous les registres. À tel point qu’il est tout à fait légitime de considérer ce rôle comme son meilleur. Et vu sa filmographie, ce n’est pas rien !
Il y a aussi Bradley Cooper, qui se dévoile petit à petit pour devenir un solide fou furieux, tantôt pathétique, tantôt drôle. Brillant lui aussi, tout comme Amy Adams, la muse suprême et reine de l’arnaque, sexy au possible et pourtant jamais simplement vulgaire, elle irradie de mille feux en fille de la campagne lancée dans une course à la grande vie.
Jeremy Renner, petit nouveau dans l’univers du réalisateur, en profite pour ajouter une corde à son arc et pour nourrir le capital sympathie qu’il se crée depuis quelques films (et notamment The Immigrant, de James Gray). Tout à fait l’aise, il s’intègre avec une aisance confondante dans une dynamique savante, entre improvisation et joutes verbales super maîtrisées.
Et puis il y a Jennifer Lawrence. Déjà superbe dans Happiness Therapy, elle est ici incroyable. Cerise que O. Russell dépose sur son beau gâteau assez tardivement, la comédienne de 23 ans tient une nouvelle fois la dragée haute à ses partenaires et explose littéralement. Polymorphe et incroyablement mature, elle conjugue son charisme avec une présence puissante et un charme inouï, qui au final laissent bouche bée. Et encore, on ne parle pas de cet fabuleuse scène, en fin de métrage, qui prend autant par surprise qu’elle confirme le caractère insaisissable du film et de ses interprètes.
Un ensemble d’acteurs qui en jette, entouré de remarquables seconds rôles, dont Robert De Niro, fugace mais solide à nouveau (après sa renaissance dans Happiness Therapy) et le génial Louis C.K..

Parler d’un film comme American Bluff n’est pas chose aisée. Les superlatifs manquent. On se répète et au final, on doute d’avoir réussi à traduire le plaisir qu’il procure.
Pendant plus de 2h15, David O. Russell impose sa vision du cinéma. Un cinéma qui puise son inspiration chez Martin Scorsese notamment, mais qui au fond, est très personnel. O. Russell n’est pas de ceux qui cherchent à péter plus haut que leur cul. Il fait son truc, il tisse un canevas à la fois complexe et pourtant limpide et ne perd jamais de vue le plus important, à savoir communiquer avec le spectateur.
American Bluff a bon sur tous les plans. Les dialogues sont brillants. Ils claquent, rebondissent, virevoltent et retombent sur leurs pattes. L’intrigue aussi, alors qu’elle comprend pas mal de ramifications et d’intervenants. Idem pour la musique, sublime et pour la photographie, vintage et sexy à souhait.
Exemple typique d’un cinéma qui respecte son public et fait honneur à sa cinéphilie et à son intelligence, ce film est un vrai chef-d’œuvre. Un classique instantané qui puise son inspiration dans un passé glorieux et inoxydable (la voix off et la présence de la mafia rappellent Les Affranchis et Casino) tout en proposant autre chose, un peu à la façon de Paul Thomas Anderson qui avait, avec Boogie Nights, livré une relecture groovy des Affranchis sans tomber dans le plagiat ou l’exercice de style. Une certaine tendresse notamment, qui nourrit des plans langoureux et un vrai sens du récit. Un vrai travail d’orfèvres. Un très grand moment de cinéma. Une claque absolue et rock and roll.

@ Gilles Rolland

American-bluff-castCrédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 6 février 2014

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