[CRITIQUE] AMERICAN FICTION

CRITIQUES | 4 mars 2024 | Aucun commentaire
American Poster affiche us

Titre original : American Fiction

Rating: ★★★★☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Cord Jefferson

Distribution : Jeffrey Wright, Sterling K. Brown, Issa Rae, Tracee Ellis Ross, John Ortiz, Erika Alexander, Adam Brody, Keith David…

Genre : Drame/Comédie/Adaptation

Durée : 2h57

Date de sortie : 27 février 2024 (Prime Video)

Le Pitch :

Thelonius Ellison, alias Monk, un professeur de littérature et écrivain, se désespère de voir ses romans reconnus. Quand une écrivaine afro-américaine est du jour au lendemain propulsée à la tête des ventes avec un roman que Monk juge profondément stéréotypé, la coupe est pleine. Plein de ressentiment et de colère, il décide alors d’écrire à la va-vite un livre vulgaire, stéréotypé lui aussi et généreux en clichés sur la communauté noire afin de dénoncer les travers à la limite du racisme du monde de l’édition. Mais contre toute-attente, le livre en question fait un carton et du jour au lendemain, Monk, ou plutôt le personnage qu’il s’est créé pour écrire ce roman sous couvert d’anonymat, devient une star. De quoi sérieusement le déconcerter…

La Critique d’American Fiction :

Premier film du journaliste/écrivain Cord Jefferson, American Fiction, s’il est sorti dans un anonymat révoltant chez nous (au vu de sa qualité), a fait grand bruit aux États-Unis où il a décroché 5 nominations aux Oscars, dont une pour le meilleur film. American Fiction qui joue la carte de la chronique douce-amère, ou tragi-comique, pour tout autant dénoncer que distraire.

New idiocracy

Avec son écrivain un peu élitiste qui voit ses romans faire face à un ennui poli, qui décide du jour au lendemain de cumuler tous les clichés et les stéréotypes sur la communauté afro-américaine pour dénoncer la démarche des éditeurs et les goûts du public, American Fiction fait mouche. Adapté du roman Effacement, de Percival Everett, le long métrage parvient d’emblée à mettre le doigt sur quelque chose d’authentique, sans forcer le trait, en restant fidèle à ses personnages, pour au final toujours appuyer là ça fait mal, parfois avec un certain cynisme des plus savoureux.

Cynisme qui ne l’empêche néanmoins jamais de favoriser l’émergence d’une véritable émotion qui là encore, est inhérente aux personnages, ici parfaitement développés, à commencer par celui campé par Jeffrey Wright.

Stranger Than Fiction

La trame principale d’American Fiction ne dévoile pas tout de suite ses cartes. À tel point qu’au début, le film ne manque pas de désarçonner quand il table sur plusieurs ruptures de tons plutôt étranges. Parfois franchement drôle d’autres fois véritablement tragique, il déstabilise autant qu’il fascine au cours d’un périlleux exercice d’équilibriste. Aux commandes, Cord Jefferson donne pourtant l’impression de savoir exactement où il va avec cette histoire à tiroir portée par un Jefrey Wright fabuleux (il trouve ici son meilleur rôle) et remarquable de nuance.

À ses côtés, des acteurs comme Sterling K. Brown et Erika Alexander œuvrent pour donner du corps à l’intrigue secondaire tandis que se dessine à l’écran la satire au cœur du long métrage. Audacieux quand il mélange fiction et réalité pour mieux brouiller les pistes, y compris à la fin, American Fiction ne s’interdit pas grand chose pour arriver à ses fins et force est de reconnaître que ce stratagème porte ses fruits.

American Fiction Jeffrey Wright
Jeffrey Wright dans American Fiction. Tous droits réservés : Metro-Goldwyn-Mayer/Orion Pictures/T-Street Productions/Media Rights Capital/3 arts Entertainment

Une affaire de style

Évoquant assez étrangement les films de Jordan Peele, surtout Get Out d’ailleurs, qui sous couvert d’horreur, dénoncent tous le racisme tout en dissertant sur la place des Noirs dans la société américaine, American Fiction, contrairement à Get Out, Us ou Nope, trouve tout de suite le ton juste.

Armé d’un concept redoutable, qui voit un studieux romancier bardé de diplômes renoncer à son style ampoulé pour écrire un livre brut de décoffrage sous pseudonyme, exploitant tous les stéréotypes inhérente à la communauté afro-américaine, le film sait se montrer aussi surprenant que pertinent dans son propos. Car loin de se contenter de faire rire, American Fiction sait développer en surlignant tous les clichés, colporter par la culture populaire, et le cinéma en particulier, pour les retourner et au final s’en servir dans le but de les dénoncer.

Sans se poser en donneur de leçon, Cord Jefferson atteint son objectif, avec nuance donc, mais aussi en faisant preuve d’un vrai équilibre et d’une puissance de frappe indéniable. Doux-amer, attachant, grâce à son personnage principal plein de fêlures, American Fiction est donc bel et bien un authentique et puissant objet cinématographique incarné et militant. Mais c’est aussi un bon film. Un très bon film.

En Bref…

À la fois original et audacieux, American Fiction, qui profite de la performance exceptionnelle de Jeffrey Wright, parvient à atteindre tous ses objectifs à savoir faire rire, pleurer parfois, émouvoir et surtout faire réfléchir. Un grand film salutaire qui aurait décidément mérité mieux que cette sortie en catimini sur Prime Video.

@ Gilles Rolland

American Fiction casting
Erika Alexander et Jeffrey Wright dans American Fiction. Tous droits réservés : Metro-Goldwyn-Mayer/Orion Pictures/T-Street Productions/Media Rights Capital/3 arts Entertainment
Par Gilles Rolland le 4 mars 2024

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