[Critique] ASTÉRIX ET OBÉLIX : AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ

CRITIQUES | 20 octobre 2012 | Aucun commentaire

Rating: ★☆☆☆☆

Origine : France
Réalisateur : Laurent Tirard
Distribution : Gérard Depardieu, Edouard Baer, Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste, Catherine Deneuve, Fabrice Luchini, Charlotte LeBon, Dany Boon…
Genre : Comédie/Adaptation/Saga
Date de sortie : 17 octobre 2012

Le Pitch :
Nous sommes en 50 avant J-C. Toute la Bretagne est occupée par les Romains. Toute ? Non ! Un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur, même si la partie s’annonce bientôt perdue. Un des villageois, Jolitorax, se porte volontaire au service de Cordelia, la Reine d’Angleterre, pour allez chercher de l’aide chez son cousin de Gaule, Astérix et son ami fidèle Obélix, et de revenir à la rescousse avec un tonneau de potion magique…

La Critique :
Le temps est peut-être venu pour observer un moment de respect à la mémoire des adaptations cinéma d’Astérix et Obélix, qui nous ont tragiquement quittées lors de la sortie du quatrième volet de leurs aventures. La route a été longue pour ces irréductibles Gaulois, et maintenant il faut vivre avec la triste conscience qu’ils reposent en paix.

Sauf que le temps n’est pas venu. Parce qu’Astérix et Obélix n’ont jamais été vivants sur le grand écran.

Sérieusement, avec un peu de recul, on peut confirmer en toute confiance que Astérix et Obélix n’a jamais fonctionné au cinéma, et que toute tentative de quitter la page de BD était peine perdue. Un film après l’autre, du lamentable Contre César au calamiteux Jeux Olympiques, les créations de Goscinny et Uderzo ont traîné leurs carcasses en live sur un terrain morne de blagues plates, d’effets-spéciaux pourris et de références culturelles lourdingues. Le tout télégraphié par des acteurs français pourtant reconnaissables, qui viennent gâcher leur talent pour ramasser la fiche de paie en fin de tournage.

On pourrait faire exception du deuxième opus, Mission Cléopâtre, mais même le succès de celui-ci semble accidentel, en rétrospective. Le mélange efficace d’Alain Chabat, d’un respect minime pour l’univers de la série et un humour Canal + finalement bien trouvé, ont réussi à hisser le film au-dessus de la moyenne, et certains seraient prêts à affirmer qu’ils y montraient un vrai intérêt. Mais si c’est bel et bien le cas, tout ce travail est parti aux ordures avec la nullité incroyable de la superproduction du troisième épisode.

Et voilà que dans une ultime tentative de faire écouler les derniers euros de la machine à fric, on déterre Astérix et Obélix: Au Service de Sa Majesté. Rien qu’en voyant le titre, c’est clair que les auteurs sont tellement à court d’idées, qu’ils se rabaissent à piquer le titre d’un James Bond. Un Bond pas fameux, en plus. Si ça ne sent pas le désespéré à plein nez, y’a qu’à voir le reste : on change encore d’acteur pour le personnage d’Astérix (cette fois, c’est Edouard Baer qui endosse le fardeau. Vous savez, Edouard Baer, celui qui faisait Otis dans Mission Cléopâtre. Quel casting!), l’Angleterre est le dindon de la farce, et le film est rétro-converti en 3D. La 3D relief, bien sûr. Maintenant on pourra voir la Gaulle dans toute sa gloire tridimensionnelle et ces chers romains si fous que l’on adore voir voler inutilement à travers l’écran. Génial !

Revenons donc à l’Angleterre. Parce que oui, le puits de l’humour est tellement à sec que les auteurs se voient réduits à se foutre de la gueule des anglais. Vous savez, cette belle image des british que l’on a tous : ces aristocrates coincés qui parlent la langue « proper » et boivent du thé…pardon, de « l’eau chaude », toute la journée avec leurs amis. Quelle originalité ! C’est pas comme si c’était un concept anachronique et franchement immature aujourd’hui qui date du siècle dernier. Ah si, en fait. Oups.

Ce n’est vraiment pas une bonne sensation de vouloir rire de quelque-chose qui n’est pas drôle. Un peu comme ces instants où l’on n’arrive pas à éternuer, et l’envie finit par devenir suffocante. Avec Astérix et Obélix, c’est carrément asphyxiant. Le film creuse vainement le fond qu’il a déjà touché il y a longtemps pour tenter de nous faire rire, juste une fois. Et certains riront, sans doute, mais par accident ou par politesse. Parce que l’humour est tellement bas de plafond, que ça n’en devient même pas enfantin. C’est pathétique. On voit arriver les blagues à des dizaines de kilomètres, comme un train dans une gare. Alors, combien de temps avant qu’ils nous sortent le stéréotype de la Reine d’Angleterre et de ses toutous… ah, cinq minutes, OK. Bon, combien de fois va-t-on nous resservir la vanne pourrie « le meilleur endroit pour cacher un arbre, c’est dans une forêt »…oh ! Quatre fois ! Quand même ! Et sinon, pour ces gags d’accents « so british » et les dialectes à l’envers qui relèvent du génie ? Tout le film ? Wow ! Quoi, pas de variations sur « Ils sont fous, ces – » ? Pas de plaisanterie sur la pluie éternelle du pays? Dommage…Attendez, le match-de-rugby-obligatoire-parce-qu’on-est-en-Angleterre-donc-c’est-marrant, vient d’arriver dans la station, quai numéro 7. Attention à la marche.

Alors oui, c’est inspiré de la BD. C’est un mélange d’Astérix chez les Bretons et d’Astérix et les Normands. C’est peut-être fidèle à l’humour qu’il y avait dans ces pages-là. Mais les BD d’Uderzo et de Goscinny avaient du punch : il y avait de la vie, de la chaleur, du fun. Ici on regarde des acteurs se ridiculiser en costumes flashy. Et ce n’est pas marrant.

Pour le casting, rien de nouveau : on a encore cloné Astérix. Edouard Baer ne change pas de registre et se contente de copier la prestation de ses prédécesseurs. Catherine Deneuve (vraiment !) s’humilie tout seule. Gérard Depardieu (qui a l’air très, très fatigué) campe encore son immense Obélix avec toute l’énergie d’une fourmi poussant une brique à travers le Sahara. Seul Guillaume Gallienne semble faire un effort convaincant avec son personnage en carton de gentleman distingué. Plus par désespoir que par autre chose, sans doute, puisque ça fait longtemps que le navire Astérix a quitté le Port Sain d’Esprit, et repose maintenant au plus profond de son propre océan de pourriture. Sinon, c’est la routine : les dialogues modernistes qui courent à travers le long-métrage ne sont pas intelligents. Les gags sont répétés, recyclés, enterrés, déterrés, régurgités, ré-enterrés et ressortis à nouveau. Le film est tellement dépourvu de créativité, qu’il se replie sur des chansons pop, histoire de périmer l’affaire encore plus. Plus inquiétant encore est l’ajout aberrante d’un stéréotype basané « sans papyrus » qui vient d’un pays fort, fort lointain, avec sa petite plante pour tenter (clandestinement) sa chance en Angleterre. Ouais, bravo pour avoir repoussé les limites de la comédie, les gars. On est dans quel siècle, déjà ?

Il n’y a rien de plus déprimant qu’un film qui meurt sur l’écran. Pour ce qui est d’Astérix et Obélix : Au Service de Sa Majesté, c’est quelque-chose qui rampe lentement vers son coin pour finalement crever sur ses pattes. Il sombre à un tel niveau d’ennui et de nullité, qu’on ne sait pas comment réagir. À ce stade, que reste-t-il ? La rage ? La stupéfaction ? L’ennui ? Ou juste le silence, ponctué par le son de virevoltants qui semblent passer à travers la production, balayés par le vent sec de la pitié ? Pourquoi s’énerver sur quelque-chose qui se casse la gueule tout seul ? C’est même pas détestable, c’est juste pathétique.

D’ailleurs, l’existence du film s’illustre parfaitement avec une séquence qui défie l’absurde, où des normands se jettent joyeusement d’une falaise au ralenti, accompagnés dans leur chute par une reprise musicale punk de Joey Ramone. Si on pense à toutes les adaptations ratées, toutes les catastrophes industrielles et les produits frelatés du cinéma français, des navets comme Iznogoud, Lucky Luke et pourquoi pas ce tant mémorable Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques, qui donnent eux-aussi l’envie de sauter d’une falaise, c’est d’une ironie qui pourrait presque faire sourire. Allez, tous ensemble : « What a Wonderful World… ».

@ Daniel Rawnsley

Crédits photos : Wild Bunch

Par Daniel Rawnsley le 20 octobre 2012

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