[Critique] BALADE ENTRE LES TOMBES

CRITIQUES | 17 octobre 2014 | Aucun commentaire
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Titre original : A Walk Among The Tombstone

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Scott Frank
Distribution : Liam Neeson, Dan Stevens, Boyd Holbrook, David Harbour, Brian Bradley, Whitney Able, Maurice Compte…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 15 octobre 2014

Le Pitch :
Ancien policier devenu détective privé, Matt Scudder se bât contre ses propres démons, personnifiés notamment par une addiction à l’alcool qu’il tente de garder à distance. Un jour, il est contacté par un gros trafiquant de drogue, dont la femme a brutalement été enlevée puis assassinée. En creusant un peu, Scudder découvre que les auteurs de ce crime effroyable n’en sont pas à leur coup d’essai. Commence alors une traque dans les bas fonds de New York…

La Critique :
Bienvenue en enfer. Matt Scudder a depuis bien longtemps poussé la porte du royaume des ombres. Le jour où il a ouvert sa première bouteille et bu sa première gorgée de gnôle, cet ancien flic s’est fondu dans un costume lui permettant de devenir l’antidote du mal, sans pourtant parvenir à éviter de se faire contaminer lui-même. Scudder est lucide et sait que la gangrène gagne notre monde, choisissant alors de fermer les yeux sur certains crimes pour mieux en combattre d’autres. Il évolue au milieu de monstres animés d’une cruauté sauvage et tente, tant bien que mal, de sauvegarder l’intégrité de son âme, sans cesser de chasser les démons de la bouteille, sans arrêt à l’affut. Il marche entre les tombes, tel un fantôme en sursis, sachant qu’à tout moment, il peut lui aussi passer de l’autre côté…

Voilà un film qui porte bien son nom. Adaptation d’un roman de Lawrence Block, Balade entre les Tombes plonge dans une abysse de noirceur. Conte urbain âpre et crépusculaire, il illustre la corruption et la sauvagerie d’une société bien obligée de composer avec ses vilains (le mot est faible) petits canards pour avancer. Le deuxième film de Scott Frank s’avère extrêmement sombre. Les rares innocents sont presque tous condamnés à l’avance, tandis que les dealers et autres assassins s’affrontent dans un système de valeur biaisé par l’évolution d’une humanité blessée.
Pivot de cette fable désespérée, Le personnage incarné par Liam Neeson tente de maintenir un équilibre précaire, avec une lucidité déchirante, conférant du même coup au film une originalité surprenante, issue de la nature des forces en présence. D’un côté, les gentils, ne sont pas des gentils. Les vrais gentils sont morts, ou en danger permanent. Le héros tentent seulement de limiter les dégâts. Embauché par un trafiquant pour retrouver de redoutables psychopathes, il ferme les yeux sur les exactions de ses employeurs pour booster la progression de son investigation. Peu importe que le gars qui lui demande de l’aide vende de la drogue car en face, les autres sont bien pires.
Sans jamais forcer le trait, en mettant notamment en scène des images choquantes, un peu à la manière de longs-métrages comme 8mm, Balade entre les Tombes parvient à gagner sa noirceur dans la suggestion, via ses dialogues et le regard de son protagoniste principal. Et comme souvent, la suggestion paye plus que l’exagération.
Grâce au talent de Scott Frank, à la photographie de Mihai Malaimare Jr., à la musique de Carlos Rafael Rivera et bien sûr grâce à Liam Neeson et à la majorité des autres acteurs, Balade entre les Tombes sonne comme il devait sonner. Parfaite illustration de l’univers de Lawrence Block, cette enquête orchestre la lutte du bien contre le mal, sans cesser, même si ce n’est pas toujours évident, de pousser l’espoir à faire une percée.

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Oubliez Taken. À vrai dire, Taken et ses suites ne sont que des accidents dans la carrière de Liam Neeson. Besson a fait de Neeson un homme d’action, mais si on excepte les quelques autres films tournés histoire de jouer sur la popularité de Taken (Sans identité, Non-Stop), difficile de vraiment considérer le comédien comme le gardien d’un cinéma qui tire avant de causer.
Cela dit, la promotion de Balade entre les Tombes ne se prive pas de jouer sur le côté « Taken ». Tout indique à priori qu’ici, Neeson va à nouveau incarner le genre de mec que rien ne peut atteindre et qui, en deux temps trois mouvements, peut casser tous les os d’un corps humain sans sourciller… Pourtant, chez Lawrence Bloc et Scott Frank, Neeson en prend plutôt plein la gueule. Il incarne une mélancolie lisible seulement dans sa voix et dans ses yeux. Affranchi des règles qui régissent son monde, il ne se fait plus d’illusions et tente de sauver ce qui peut l’être en sachant pertinemment que pour lui, tout est déjà presque perdu. Le « presque » étant crucial.

Abouti, Balade entre les Tombes l’est sans aucun doute. Cela dit, le film est aussi parfois trop long et donc trop lent. En donnant l’impression de chercher à retarder un dénouement néanmoins puissant par la force de sa suggestion et par la violence de ses images, il n’évite pas de sombrer dans un marasme un peu plombant, sans pour autant que cela n’entame sa force. Œuvre ambiguë, parfois maladroite, ce long-métrage propose un spectacle atypique car en rupture quasi totale avec les codes qui régissent le polar aujourd’hui. Daté, mais dans le bon sens du terme, il s’inscrit dans la même tradition hard boiled que Se7en, pour citer l’un des plus connus.
Il table sur un lyrisme pénétrant. La mise en scène, sobre mais parcourue d’effets de style inspirés, répond à cette volonté de feutrer le propos, histoire d’appuyer un peu plus là où ça fait mal.

@ Gilles Rolland

Balade-entre-les-tombes-Liam-NeesonCrédits photos : Metropolitan FilmExport

 

Par Gilles Rolland le 17 octobre 2014

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