[Critique] BOSS LEVEL

CRITIQUES | 9 mars 2021 | Aucun commentaire
Boss-Level-poster

Titre original : Boss Level

Rating: ★★★☆☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Joe Carnahan

Distribution : Frank Grillo, Mel Gibson, Naomi Watts, Will Sasso, Annabelle Wallis, Sheaun McKinney, Ken Jeong, Mathilde Ollivier…

Genre : Action/Fantastique

Durée : 1h41

Date de sortie : 6 mars 2021 (DTV)

Le Pitch :

Un vétéran des forces spéciales revit sans cesse la même journée. Une journée pendant laquelle il finit irrémédiablement par se faire tuer dans des circonstances violentes. Une seule solution pour casser cette boucle temporelle infernale : trouver qui est responsable de son sort…

La Critique de Boss Level :

Depuis la sortie, et le succès, d’Un Jour sans fin, le film culte d’Harold Ramis avec Bill Murray, le concept de boucle temporelle a largement été exploité par le cinéma. Pour le meilleur (le récent Palm Springs, Edge of Tomorrow ou encore Source Code) mais aussi pour le pire. Beaucoup des scénaristes qui se sont infiltrés dans la brèche n’ayant pas toujours fait preuve de beaucoup d’originalité, se contentant de simplement transposer la dynamique sans chercher à véritablement se l’approprier. Un reproche qu’on ne peut pas vraiment faire à Boss Level, le nouveau film de Joe Carnahan, qui à sa façon, tente bien de faire preuve d’audace. En revanche, et c’est dommage, le long-métrage prête le flan à d’autres remarques qui au final, viennent quelque peu assombrir le tableau…

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Une baston sans fin

Remarqué dès son second film, le nerveux Narc, Joe Carnahan a progressivement opéré une montée en puissance, faisant preuve d’une sorte d’implacable désir d’envoyer du lourd au fil de ses projets, quitte parfois à déborder un peu. Un réalisateur qui a livré avec 2012 son chef-d’œuvre, à savoir Le Territoire des loups. L’occasion pour lui de certes montrer les dents mais également de faire preuve d’une maîtrise formelle admirable doublée d’un sens de la nuance très appréciable. Après malgré tout… Bizarrement, malgré les très bons retours de la part du public et de la critique, Carnahan est un peu devenu tricard sur ses propres terres. Il est passé à la télévision, à la direction de trois épisodes de Blacklist puis est revenu au cinéma avec Stretch, que personne n’a vu et qui de toute façon, s’est vite imposé comme son film le plus poussif et le plus anecdotique. Créateur de la série State of Affairs, Carnahan a mis un moment à revenir au cinéma. Ce qu’il a fait en 2018 avec Boss Level, se heurtant à nouveau à un système qui semblait alors avoir oublié son nom. Car c’est bel et bien trois après son tournage que Boss Level nous parvient enfin… Trois ans à végéter dans les tiroirs pour au final sortir en vidéo, dans une relative discrétion. Et ce malgré la présence au casting de Mel Gibson, Naomi Watts et Frank Grillo…

Alors oui, Boss Level ressemble à du Carnahan. Le Carnahan de Mise à Prix tout particulièrement. Ça envoie du lourd dès le début, le héros est bien bourrin et bien musclé (Grillo a visiblement passé quelques heures à pousser de la fonte), la musique est cool et à propos et le postulat attire l’attention. Mais étrangement, on sent tout de même très vite que le film risque de ne pas non plus s’avérer inoubliable. Ce que la suite, et la fin, nous confirment. Peut-être est-ce cette voix off un peu trop présente… Même si cela provient plus probablement du fait que le scénario n’arrive jamais à vraiment exploiter le concept de la boucle temporelle. En gros, Carnahan nous refait Un Jour sans fin et fait un peu semblant de s’approprier la dynamique en nous noyant sous les références, aux jeux vidéos notamment, et l’humour un peu lourdingue.

Insert coin

Le plus dommage, c’ est que passé la curiosité que suscite le premier quart, l’histoire de Boss Level se révèle plutôt poussive. On nous explique tout, on comprend le pourquoi du comment mais en fait, on aurait préféré rester dans l’ombre. Récemment, Palm Springs arrivait à accomplir tout l’inverse, faisant passer les personnages avant le concept. Ici, c’est le contraire. Le concept de boucle temporelle bouffe tout le reste. Il bouffe l’action, il bouffe Grillo et Watts et il bouffe aussi Gibson qui en plus, a l’air de s’en foutre.

Du cinéma bourrin certes, mais paradoxalement feignant. On loue la réalisation de Carnahan, efficace mais on regrette les explosions en CGI toutes moisies, en même temps qu’on en vient à vraiment regretter que le scénario calque un peu certains trucs sur celui de Mise à Prix, faisant défiler sous nos yeux (pas si) ébahis une galerie de gueules plutôt inintéressante. Pourquoi ? Car l’immense majorité des personnages ne sont pas incarnés. Ce sont juste des gueules. Même les principaux d’ailleurs, se résument à de bons vieux clichés sans qu’au fond, ce ne soit très assumé. Sous ses aspects de trip à l’ancienne, qui affirme sans se cacher que le retro (gaming et autre) ça a quand même une autre gueule, Boss Level cumule un peu toutes les tares des films d’action récents, sans parvenir à renouer avec cette magie qui, à l’époque de l’âge d’or du genre, dans les années 80 principalement, suffisait à faire passer des énormités sans que cela ne gène personne. Ici, les énormités, on les voit et le pire, c’est qu’à force de se répéter, alors que c’est précisément autour de cet axe que tourne son récit, Boss Level finit par ennuyer.

On retiendra donc les bastons, quelques scènes d’action et le charisme de Frank Grillo (qui est l’un des acteurs les plus sous-exploités du moment), celui de Naomi Watts et celui de Mel Gibson. Mêmes si ces deux derniers, n’ont pas grand chose à jouer…

En Bref…

Propulsé par des intentions louables, Boss Level n’en reste pas moins décevant dans son déroulé. Incapable de s’approprier son concept, il se résume à une déclinaison feignante d’Un Jour sans fin, avec des explosions, des dialogues inintéressants, des bastons et des effets spéciaux moisis. Un film divertissant mais très en deçà de ce qu’on était en droit d’attendre de la part de Joe Carnahan…

@ Gilles Rolland

Boss-Level-Frank-Grillo-Mel-Gibson
Crédits photos : Metropolitan FilmExport
Par Gilles Rolland le 9 mars 2021

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