[Critique] CHAPPIE

CRITIQUES | 5 mars 2015 | 1 commentaire
Chappie-affiche

Titre original : Chappie

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis/Mexique
Réalisateur : Neill Blomkamp
Distribution : Sharlto Copley, Dev Patel, Hugh Jackman, Sigourney Weaver, Yo-Landi Visser, Ninja Visser, Jose Pablo Cantillo, Brandon Auret…
Genre : Science-Fiction/Action/Drame
Date de sortie : 4 mars 2015

Le Pitch :
Dans un futur proche, en Afrique du Sud, la police combat la criminalité avec l’aide d’une escouade de droïdes spécialement programmés pour faire face aux situations les plus extrêmes. Deon, le créateur de ces robots, parvient quant à lui à mettre au point un système d’intelligence artificielle, capable d’évoluer et d’apprendre comme un être humain. Kidnappé par un trio de malfrats alors qu’il s’apprêtait à expérimenter sa trouvaille sur un robot hors d’usage, le jeune homme parvient néanmoins à reprogrammer la machine, qui devient Chappie, le premier être robotique doté d’une conscience. Chappie qui devra rapidement apprendre à s’adapter dans un monde violent, où sa condition exceptionnelle fait de lui une cible très convoitée…

La Critique :
À l’instar de District 9, Neill Blomkamp a, avec Chappie, adapté l’un de ses courts-métrages (Tetra Vaal, sorti en 2003). Cinéaste à l’identité visuelle très marquée, Blomkamp développe ici une thématique qui lui tient visiblement à cœur, et continue par cela, son exploration d’une science-fiction connectée à un contexte social brûlant et actuel. Comme dans District 9, qui traitait globalement du racisme, et Elysium, qui axait sa dynamique autour de la lutte des classes, Chappie ne se contente pas d’envoyer du bois, mais tisse une réflexion sur la différence, tout en profitant de l’occasion pour décrire un monde violent plutôt réaliste. Surtout si on considère que l’action du film prend place une nouvelle fois à Johannesburg, en Afrique du Sud (le pays natal de Blomkamp), qui reste tragiquement populaire pour son fort taux de criminalité et sa violence inhérente à des problématiques sociales toujours plus vivaces.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le long-métrage prend place dans un futur très proche. Pas de gadgets futuristes ou de voitures volantes. Chez Blomkamp, le futur « brille » toujours par sa propension à illustrer une décrépitude en forme de légère extrapolation. Les seules manifestations d’une technologie avancée, sont des créatures de titane cabossées, dont l’armure porte les stigmates d’affrontements sauvages. Rien n’est clinquant, rien ne brille, c’est le chaos… Si on ajoute l’apparence et l’attitude de Chappie, qui n’est pas sans rappeler celle des extraterrestres de District 9 et ces no man’s land urbains, pas de doute, nous sommes bien chez Blomkamp !

Chappie-Hugh-Jackman

Chappie débute sous les meilleurs auspices. Évoquant d’emblée le RoboCop de Paul Verhoeven (pas le remake moisi), avec ses robots policiers et cette mise en scène utilisant des extraits d’émissions télé, histoire d’ancrer la réalité du film dans la notre, le film promet beaucoup et au détour d’une poignée de scènes, tout particulièrement lorsque naît Chappie, parvient à dire beaucoup plus de choses que beaucoup d’autres œuvres du genre, en se payant en plus le luxe de distiller une émotion à fleur de peau vraiment touchante. Voir cet être prendre conscience de sa condition et apprendre, est un spectacle assez impressionnant, qui se suffit presque à lui-même tant il exploite des thèmes puissants et séculaires de la science-fiction et de la littérature fantastique. On pense à Frankenstein et donc au mythe de Promethée et le personnage principal de ce qui se pose comme un conte initiatique neo-punk, d’acquérir une dimension métaphysique inhérente à une présence folle, qui le rend tout de suite très attachant. Pourtant, ensuite, certains détails beaucoup moins reluisants prennent le pas sur le positif et viennent gangrener Chappie.
Car malheureusement, la troisième livraison de Blomkamp s’avère rapidement bancale. Contrairement à Elysium, qui était très premier degré (trop ont dit certains) et finalement assez simple dans sa structure et ses enjeux, Chappie tente d’aller plus loin. Le truc, c’est qu’il n’y arrive pas tout le temps.
La faute à une succession de choix étranges et à l’incapacité partielle du cinéaste à mixer les tonalités. Yo-Landi Visser et Ninja Visser, les deux membres du groupe Die Antwoord constituent en cela l’un des problèmes majeurs du projet. Certes leur présence confère une originalité à Chappie, qui est d’emblée très loin des blockbusters hollywoodiens lisses et conventionnels. Cela dit, l’originalité ne fait pas tout, surtout quand on ne sait pas jouer la comédie. Ninja Visser en particulier en fait des tonnes, peut-être afin de cacher son incompétence manifeste à transmettre quoi que ce soit à la caméra si ce n’est l’antipathie qu’il inspire en permanence. Son personnage, qui porte le même nom et qui porte les mêmes fringues que le type dans la vie, est clairement raté dans les grandes largeurs. Visiblement imbuvable sur le tournage (le réalisateur a coupé certaines de ses scènes et ne veut plus jamais travailler avec lui), Visser se prend pour un comédien mais ne trompe personne. Il gesticule, gueule, joue au lascar, mais ne dégage rien de convainquant, prouvant qu’on ne s’improvise pas acteur, y compris quand on se considère de toute évidence comme un génie polymorphe. Son acolyte de scène, Yo-Landi, s’en sort mieux, mais ce n’est pas reluisant non plus. Moins gonflante car plus posée, « l’actrice » est très loin de faire la moindre étincelle. Manque de bol, le couple est au centre du film, aux côtés du robot Chappie, et leur présence envahissante suffit à plomber la tension dramatique, l’émotion et l’humour. Surtout lorsqu’ils se retrouvent face à des comédiens aguerris comme Dev Patel, quant à lui très bon comme toujours. Dommage… Vraiment dommage.
Petit bonus qui enfonce le clou : la musique. Die Antwoord est partout, et lorsqu’on considère les beats artificiels et la voix stridente de Yo-Landi comme des agressions brutales, cela n’arrange rien.
« Grâce » au duo, Chappie a du plomb dans l’aile. Il se ramasse une espèce de hype en carton parfois relativement insupportable, même si heureusement, d’autres éléments viennent rattraper un sabotage impardonnable et inexplicable (pourquoi avoir embauché deux amateurs sur un film de ce calibre ?).
Est-ce à cause du manque d’épaisseur de certains personnages et de leur impuissance quant il s’agit de faire vivre des dialogues, que les incursions humoristiques tombent très souvent à plat ? Peut-être… Une chose est néanmoins certaine : Chappie a du mal à trouver l’équilibre qui lui aurait permis de s’élever au niveau où il était attendu. Parfois, il tombe carrément dans le ridicule et, très étonnant, ne semble pas s’en cacher. Si c’est voulu, le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est raté.
Le méchant de l’histoire, incarné par Hugh Jackman est en cela bien bancal, se résumant à une succession de clichés indignes du talent de l’acteur, tandis que Sigourney Weaver doit se contenter d’une poignée de scénettes anecdotiques, placées ici ou là pour exploiter le supplément de prestige que confère le nom de l’actrice au générique.

Chappie est donc une déception. Ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est précieusement car le film possède de vraies et grandes qualités, qui font que parfois, on aperçoit une flamboyance qui aurait dû caractériser toute l’entreprise, qu’il refroidit autant. Comme si un morceau de bravoure devait forcément précéder un « foirage », à l’instar du combat final, parfois grandiose mais dans l’ensemble vite torché.
Et que dire de cette conclusion ? À croire que le budget alloué au scénario a forcé Blomkamp et son compère Terri Tatchell à envoyer valser leurs bonnes intentions pour tricoter un twist hyper maladroit et pour le coup, vraiment indigne de la cohérence qui caractérisait la plume des deux hommes sur District 9. Comme si il fallait absolument conclure de cette façon. Comme si Blomkamp avait voulu faire un clin d’œil à son premier film, avec un dénouement facile, vite expédié. Comme si, faute de temps, le réalisateur avait décidé de mettre en image un vulgaire brouillon, certes prometteur, mais loin d’être consistant… et convainquant.

Conte philosophique et métaphysique, Chappie reste un spectacle divertissant et surtout spectaculaire. Si la poésie n’arrive à percer que par intermittence, à l’écran, sur un plan purement graphique, le film envoie du lourd et sauve les meubles. Dans la peau de Chappie, Sharlto Copley exploite merveilleusement bien la technologie de la performance capture et fait de ce robot un personnage à part entière, et tant pis si plusieurs dialogues viennent jeter quelques ombres sur un tableau néanmoins chiadé. L’action est lisible et percutante, les ralentis pas toujours utiles, mais au fond, ça bouge et le tout reste grandiose.
Reste cette impression d’assister à un grand spectacle ambitieux et maladroit. De l’aveu même de Blomkamp, Chappie est à la croisée des chemins de RoboCop et de E.T.. En effet… On pense beaucoup à ces deux classiques et au final, si il ne démérite pas et se démarque bel et bien par moments, le film du cinéaste sud-africain donne surtout envie de revoir ces deux chefs-d’œuvres, dont la parfaite maîtrise ne fait que mettre en exergue les défauts d’un blockbuster explosif qui se rêvait différent, mais qui ne parvenait pas à l’être complètement.

@ Gilles Rolland

Chappie-ChappieCrédits photos : Sony Pictures Releasing France

 

Par Gilles Rolland le 5 mars 2015

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Trouble fêtes
Trouble fêtes
3 années il y a

Je me revisionne Chappie régulièrement. Le meilleur film de Bloomkamp selon moi.