[Critique] CLOCLO

CRITIQUES | 14 mars 2012 | Aucun commentaire

Rating: ★★★★½
Origine : France
Réalisateur : Florent Emilio Siri
Distribution : Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Ana Girardot, Joséphine Japy, Maud Jurez, Marc Barbé, Éric Savin, Sophie Meister, Robert Knepper…
Genre : Biopic
Date de sortie : 14 mars 2012

Le Pitch :
La vie et l’œuvre de Claude François. Ses succès, son incroyable parcours, ses drames, ses femmes…

La Critique :
Florent Emilio Siri n’a jamais souhaité centrer son film sur le seul nom de son personnage principal. Cloclo n’est pas le film d’un fan absolu. Intéressé par son sujet et par la possibilité de tourner une oeuvre musicale, Siri a juste réalisé un grand film. Un long-métrage plein de classe, de fougue et de lyrisme. Une œuvre qui n’a pas à rougir devant les meilleurs biopics américains et qui, ô bonheur, ne s’adresse pas uniquement aux amateurs du chanteur. Inutile de se priver d’un tel spectacle si vous en avez assez d’entendre à chaque soirée les mêmes tubes de Claude François et si vous zappez à chaque évocation de l’artiste à la télé ou à la radio (ce qui en substance est à peu près mon cas). Là n’est pas (uniquement) le sujet. Les gros fans quant à eux seront néanmoins aux anges. Quoi que peut-être un peu surpris par l’image que Siri donne de l’idole. Un point qui réjouira les autres, ceux qui désirent découvrir la face cachée de l’étoile de la chanson française. Ceux qui en ont assez des brossages de poil organisés prendront le film pour ce qu’il est : un grand moment de cinéma centré sur un destin hors-norme. Car c’est au travers des crises de nerfs, des excès de mégalomanie et des coucheries multiples, que le héros des yéyés apparaît le plus flamboyant et les plus déchirant.

Et puis, au delà de la réalisation pleine de souffle de Siri qui pour le coup, respecte non seulement son sujet mais fait preuve quand il le faut de suffisamment d’audace pour faire décoller son film largement au dessus de la masse, au delà du montage nerveux, qui fait passer ces deux heures et demi en un éclair, il y a Jérémie Renier. L’acteur livre une performance incroyable. Au risque d’employer une formule galvaudée, il convient de dire que Renier ne joue pas Claude François, mais qu’il est Claude François. Au delà de la ressemblance flagrante, le comédien s’approprie la voix et la gestuelle du chanteur. À certains moments, au détour d’un regard ou d’une mimique, l’illusion est plus que parfaite. Y-compris quand le modèle et la copie sont confrontées lorsque sur une pochette de disque apparaît le vrai Cloclo. Rénier habite son rôle avec un talent confondant. Dans l’outrance et dans l’émotion. Sur les planches ou dans l’intimité. Dans la colère ou dans la joie. En cela et pour tout un tas d’autres raisons, Renier égale les plus grands de la catégorie : les Val Kilmer (The Doors), les Jamie Foxx (Ray) ou les Joaquin Phoenix (Walk the line), pour ne citer qu’eux. En soi, le rôle d’une vie.

Cloclo est bel et bien un grand film. Une réflexion spectaculaire sur la célébrité et l’ambition et sur tout ce qui va avec. Tout le monde est au diapason. Benoît Magimel est tout à fait à sa place dans le costard de Paul Lederman, tout comme la multitude de seconds rôles qui croisent la route du héros.
C’est la grande classe. Une combinaison rare de talent et de sensibilité qui débouche sur une émotion authentique et puissante. Et encore une fois, pas besoin de porter Claude François dans son cœur pour être frappé par la chose. Une impression décuplée lors de certaines scènes clés. Ainsi, et si l’on ne devait retenir qu’une seule de ces scènes, ce serait sans aucun doute la séquence où François écoute pour la première fois la reprise de Comme d’habitude par son idole de toujours, Frank Sinatra. Une scène magnifique où il est difficile de retenir ses larmes. Elle cristallise la moelle et le propos profond du long-métrage et brise la couche de vernis qui entoure son sujet. Sous la célébrité, Claude François est un homme complexé, bourré de contradictions. Pas forcément attachant d’un premier abord, mais simplement humain. De quoi passer sur les petites longueurs et sur certains raccourcis un peu brutaux pour ceux qui ne connaissent pas bien la vie de Claude François.

La réussite du film repose précisément là-dessus et vu le personnage visé, la chose s’avérait ardue. Simplicité et sobriété se partagent l’affiche avec une réflexion bien plus poussée sur les mécanismes de la gloire et le besoin de reconnaissance. C’est brillant, touchant et constamment pertinent. Bravo !

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Studio Canal

Par Gilles Rolland le 14 mars 2012

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