[Critique] COLDWATER

CRITIQUES | 10 juillet 2014 | Aucun commentaire
Coldwater-poster

Titre original : Coldwater

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Vincent Grashaw
Distribution : P.J. Boudousqué, James C. Burns, Chris Petrovski, Octavius J. Johnson, Nicholas Bateman, Stephanie Simbari, Mackenzie Sidwell Graff…
Genre : Drame
Date de sortie : 9 juillet 2014

Le Pitch :
Impliqué dans plusieurs délits, Brad, un adolescent, est placé sur la demande de sa mère, à Coldwater, un camp de redressement pour mineurs. Isolé dans la nature, Coldwater impose à ses détenus de redoutables conditions de rétention. Dirigé d’une main de fer par un ancien colonel de l’armée américaine, le centre casse le moral des adolescents, à force d’humiliations et de tortures diverses. Sans savoir quand se terminera sa peine, Brad tente de tenir le coup…

La Critique :
Coldwater est un premier film. Une œuvre à la gestation longue et douloureuse, qui n’a vu le jour que grâce à l’acharnement de Vincent Grashaw, son réalisateur, également scénariste. Le script, Grashaw l’a écrit alors qu’il n’avait que 18 ans, s’inspirant de l’expérience traumatisante d’un proche, marqué par son passage dans un camp de redressement pour mineur. Depuis bien sûr, Grashaw a remanié son scénario, avec Mark Penney, mais tel qu’il est aujourd’hui, son travail présente bel et bien l’urgence inhérente à une jeunesse concernée.
Idem pour la réalisation. Formé à l’école du court-métrage, le cinéaste se montre viscéral et néanmoins contenu, quand il s’agit de traiter de la violence de son récit. Une violence certes difficile, mais jamais complaisante. Si sa mise en scène n’évite pas les clichés propres à la fougue typique des premiers films, ainsi qu’un certain maniérisme léger, elle touche au vif et fait montre d’une progression fluide et percutante.
Ponctué de flash backs, Coldwater débute alors que Brad, le protagoniste principal, se fait embarquer, direction le camp de redressement. On ne sait pas pourquoi, mais les faits sont là et par contre, on comprend très vite que le jeune va en baver. Ensuite, tout devient clair. Le film opère de réguliers allers-retours et replace l’action dans un contexte propre. La drogue, l’amour, la famille, la rage, et la vie d’un adolescent part en vrille suite à l’imbrication fortuite d’une suite d’événements malheureux, voire carrément tragiques.
On craint dans un premier temps que ces flash backs n’adoptent uniquement que cette patine indie, désormais un poil rabattue, nourrie d’une contemplation souvent mal maîtrisée. Mais non, pas du tout. Coldwater maintient un rythme soutenu qui ne faillit jamais. Qu’il cause du présent ou du passé. Tout vient à point et même si parfois, la réalisation de Grashaw prend des chemins curieusement détournés -surtout dans son dernier acte-, elle retombe toujours sur ses pieds et ne lâche rien.
Le parti-pris est clair, et remarquablement assumé, à défaut d’être vraiment original. Sur le papier et sur l’écran, Coldwater est un film cohérent et donc puissant.
On pense bien sûr à tout un tas de films de taule, comme par exemple au récent et excellent Les Poings contre les Murs. Si Coldwater se déroule dans un camp de redressement et non derrière les barreaux d’un pénitencier, les codes sont plus ou moins les mêmes et cloisonnent quoi qu’il en soit le film dans un périmètre justement défini par ces même codes.
Cela dit, la localisation (la forêt) et l’absence de lieux strictement rattachés à la prison classique, contribuent à offrir à Coldwater une identité relativement personnelle.
En passant sur le grand écran, Vincent Grashaw impressionne et se pose comme une authentique révélation. Bonne nouvelle, ce n’est pas la seule du film.

L’autre révélation pourrait tout à fait être le petit frère de Ryan Gosling. Le jeune P.J. Boudousqué a la même gueule d’ange rebelle, ce même regard sombre, cette même carrure et ce même magnétisme. Quand il est à l’écran, on ne voit que lui. Peut-être conscient de la ressemblance, le réalisateur a décidé d’en faire un garagiste. D’où les multiples comparaisons avec Drive qui fleurissent dans la presse. Le truc, c’est que Boudousqué n’est pas Gosling. Il lui ressemble, mais on se rend vite compte qu’il n’est pas qu’une photocopie de la star de N’oublie Jamais. Ayant eu la possibilité d’embaucher une tête d’affiche plus populaire, Grashaw a préféré tout miser sur cet inconnu, ici pour la première fois dans un film, après des passages dans des séries comme American Horror Story ou Pretty Little Liars. Et il a eu raison tant l’acteur habite son rôle avec une conviction et une maturité qui forcent le respect.

Non décidément, Coldwater tient presque du petit miracle. Un réalisateur sorti de nulle part, un beau gosse qui en a sous la pédale, et toute une escouade d’acteurs aussi remarquables qu’inconnus au bataillon. Parmi eux, il faut ainsi noter l’excellente performance de James C. Burns, dans le rôle du colonel. Un type jusqu’alors cantonné aux séries Z du genre de Dinocroc vs. Supergator qui, si il ne ressemble pas du tout à Ryan Gosling, rappelle par contre fortement ce bon vieux Ed Harris.

Coldwater témoigne de l’honnêteté du propos de son auteur. Le passage à l’âge adulte, le poids des responsabilité et la difficulté de parfois faire face aux conséquences de ses actes, font partie de l’ADN de ce portrait coup de poing d’une jeunesse en perte de repères. En tant que première œuvre, le film a ses défauts, mais tous sont pardonnables. L’impulsivité (la fin est un poil too much) et la volonté de mettre les formes justifient ces petits travers. Globalement, Coldwater s’apparente à une belle surprise. À une missive qui ne s’oublie pas et qui va certainement gagner du galon au fil des années, pour devenir une référence du genre.

@ Gilles Rolland

Coldwater-BoudousquéCrédits photos : KMBO

 

Par Gilles Rolland le 10 juillet 2014

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