[Critique] CRAZY AMY

CRITIQUES | 19 novembre 2015 | Aucun commentaire
Crazy-Amy-poster

Titre original : Trainwreck

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Judd Apatow
Distribution : Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson, Colin Quinn, John Cena, Ezra Miller, Mike Birbiglia, Vanessa Bayer, LeBron James, Tilda Swinton…
Genre : Comédie/Romance
Date de sortie : 18 novembre 2015

Le Pitch :
Amy profite de la vie. Libre et décomplexée, elle aime bien les soirées arrosées et n’hésite pas à multiplier les relations d’un soir, tout en fuyant toute forme d’engagement. Un jour néanmoins, son chemin croise celui d’Aaron, un médecin spécialisé dans le sport. Un homme charmant qui arrive à percer les défenses de la jeune femme…

La Critique :
C’est la première fois que Judd Apatow met en scène un film qu’il n’a pas écrit. Et pour cause ! Ici, c’est Amy Schumer qui est aux commandes. Et Amy Schumer, autant le dire tout de suite haut et fort, est extraordinaire !
Vue, ou plutôt aperçue dans les séries Louie et Girls et dans une petite poignée de films dont Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare, l’actrice est surtout populaire pour son show, Inside Amy Schumer, qui a mis en lumière son formidable talent et son sens de l’humour affûté depuis des lustres sur les scènes de stand-up de la Grosse Pomme. À l’instar de Louis C.K. ou de Jerry Seinfeld, Amy est donc une comédienne de scène, au sens comique du terme. Sa série, encore scandaleusement inédite chez nous, fait un carton outre-Atlantique en multipliant notamment les récompenses. Dedans, Amy y raconte sa vie et ses problèmes et partage ses pensées et ses ressentis. Judd Apatow, découvreur de talents de premier ordre, a vite repéré la tornade new-yorkaise au point de lui laisser carte blanche quant au scénario de son premier grand long-métrage, mais en l’encourageant à intégrer un maximum d’éléments auto-biographiques. Au final, Crazy Amy s’impose donc comme l’extension naturelle des spectacles de la belle et de sa série. Sans le côté stand-up bien sûr. On la suit alors qu’elle affirme un mode de vie fait de beuveries et de coucheries et on la voit succomber au charme d’un type à priori plutôt opposé à cette routine rock and roll. Le résultat est non seulement extrêmement réussi, mais aussi furieusement drôle, pertinent et émouvant.

Crazy-Amy-Trainwreck

Forcément, Crazy Amy, vu qu’il ne l’a pas écrit, est peut-être le moins « Apatow » de tous les Apatow. Pourtant, plusieurs éléments trahissent quand même un grand investissement de la part du réalisateur, qui a canalisé l’énergie de sa star, tout en conférant au long-métrage une patine qui lui permet néanmoins de s’intégrer au reste de sa filmographie. On retrouve par exemple ce méta-humour si caractéristique, avec des références à la culture pop précises (Game of Thrones, les Knicks, Peter Gabriel, il y en a pour tous les goûts) et beaucoup de personnalités viennent passer une tête. Certains, plutôt inattendus pour le coup, restent même un moment, à l’instar de LeBron James, excellent, et du catcheur John Cena, dans un rôle totalement à contre-emploi, à des milliers de bornes de ses précédentes apparitions au cinéma. Cena qui s’avère au passage authentiquement génial. Boosté à l’autodérision, il joue de son image publique et délivre une performance dévoilant un talent d’acteur qui, on l’espère, sera exploité dans le futur, dans autre chose que de gros films d’action où il se contente d’imiter Schwarzenegger (exercice dans lequel il est plutôt bon, mais là n’est pas le sujet). Des éléments caractéristiques de la signature Apatow, dont l’humour se rapproche d’ailleurs complètement de celui d’Amy Schumer. Un humour qui tâche, parfaitement efficace, plutôt fin dans sa vulgarité, et savamment mixé à une émotion qui n’hésite pas à prendre le pas régulièrement, sans jamais sonner faux.
Elle est d’ailleurs là la grande force de Judd Apatow : parvenir à émouvoir entre deux blagues bien grasses. Faire couler les larmes après avoir mis à rude épreuves les vessies. Le scénario d’Amy Schumer, qui est donc largement inspiré de sa propre expérience de vie, n’a aucun mal à rentrer dans le moule, tout en ne se privant pas d’en redéfinir quelque peu les contours. Certains éléments du récit sont carrément tristes, voire dramatiques, mais jamais Crazy Amy ne sombre dans le pathos. À chaque fois, une vanne fait mouche et permet, non pas de prendre de la distance avec l’émotion, mais plutôt de lui offrir un cadre différent, bien loin des orgies de guimauve et autres trucs tire-larmes. Ainsi, le film peut tout se permettre. Il peut aborder des sujets légers tout en parlant de quelque chose dans lequel nous pouvons tous nous reconnaître. Il évite de basculer dans la bouffonnerie et cause de la vie. Celle qui fait parfois marrer et parfois pleurer. Avec une pertinence redoutable.

Crazy Amy est bien un film de Judd Apatow. Un réalisateur qui a su construire une fabuleuse rampe de lancement à son actrice. Sans trop s’imposer, il lui a alors laissé la liberté suffisante afin qu’elle s’envole. Qu’elle se dévoile à un public auquel elle était étrangère et qui, on l’espère, ne pourra plus s’en passer à l’avenir. Le cinéaste et son actrice/scénariste se comprennent. La star, c’est elle. Lui reste en retrait. Le film traduit leur dialogue. Leur façon de se retrouver dans ce récit en apparence cousu de fil blanc, mais comme souvent quand on cause d’Apatow, qui s’avère bien plus original qu’il n’y paraît. Le truc n’est pas de savoir si Amy va finir avec Aaron. Non. Comme souvent, c’est le voyage et non la destination qui compte. En 2 heures, Amy Schumer nous captive, nous émeut et nous faire rire. Avec sa personnalité atypique et férocement attachante, sa drôlerie, et sa capacité à réduire au maximum la distance qui peut séparer une star de son public (en d’autres mot, vous auriez pu être en classe avec une fille comme elle), elle remporte la mise dès les premières scènes. Elle dévore l’écran avec une assurance folle, mais ne fait pas de l’ombre à ses partenaires.
Bill Hader, lui aussi issu de la scène, avec le Saturday Night Live, trouve l’un de ses meilleurs rôles, très loin de la caricature, tout en finesse, et l’escouade de solides seconds rôles, campés par Tilda Swinton (géniale), Ezra Miller (parfait de légèreté) ou Brie Larson (excellente) assure les arrières.
Crazy Amy est un grand film de comédiens. Un grand film de personnages également. Des gens ordinaires ou plus en marge, moqués puis parfois mis en valeur dans le seul but de souligner la complexité de l’âme humaine.
Dans ces circonstances, parler de comédie romantique est forcement réducteur, même si, au fond, jusqu’à preuve du contraire, cette étiquette n’a jamais rien eu de réducteur. Crazy Amy trouve le mélange parfait. Celui qui a le plus de goût et qui n’est jamais écœurant.

Un peu trash mais tendre, irrévérencieux et pertinent, furieux puis plus posé, rythmé à la perfection et porté par une actrice dont le talent l’a rend d’emblée incontournable, le nouveau Apatow est aussi un joli et vibrant portrait de femme moderne. Loin des clichés, il trace sa route, au son du Uptown Girl de Billy Joel et s’autorise toutes les incartades nécessaires à son bon développement. Feel good movie puissant, il s’impose sans mal comme l’une des meilleures comédies de ces dernières années, aux côtés de Mes Meilleures Amies, duquel il est finalement plutôt proche, sans non plus en répéter les gimmicks.
Amy Schumer débarque et oui, elle est aussi géniale qu’on vous l’a promis !

@ Gilles Rolland

Crazy-Amy-Bill-Hader-Amy-SchumerCrédits photos : Universal Pictures International France

 

Par Gilles Rolland le 19 novembre 2015

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