[Critique] CRAZY JOE

CRITIQUES | 11 juillet 2013 | 2 commentaires
Crazy-Joe-affiche

Titre original : Hummingbird

Rating: ★★½☆☆
Origine : Angleterre/États-Unis
Réalisateur : Steven Knight
Distribution : Jason Statham, Agata Buzek, Vicky McClure, David Bradley, Christian Brassington, Siobhan Hewlett, Santi Scinelli, Darren Lynch…
Genre : Thriller/Drame
Date de sortie : 10 juillet 2013

Le Pitch :
Ex-soldat des forces spéciales britanniques, Joey Jones vit dans la rue, depuis qu’il a déserté son poste. Activement recherché afin d’être présenté en cour martiale, il voit l’occasion de changer de vie lorsqu’il tombe par hasard sur le luxueux appartement d’un artiste richissime parti plusieurs mois à l’étranger. Entre temps, Joey noue aussi des liens avec une bonne sœur qui l’aide à se sortir du marasme dans lequel il se trouve. Peu à peu, l’ancien soldat remonte la pente et parvient même à devenir l’homme de main d’un ponte de la mafia chinoise. De quoi envisager de mettre en route une vengeance qu’il nourrit depuis longtemps…

La Critique :
Quand on pousse la porte de son cinéma pour voir un film avec Jason Statham, on s’attend forcement à quelque chose de précis. À de la baston, à des répliques qui claquent et à de la baston. En soi, les éléments essentiels à tout bon Statham movie qui se respecte.
Pour autant, Jason n’a pas uniquement passé son temps à tataner des méchants dans des rues sombres et sa filmographie jouit aussi de ruptures de ton parfois de très bon goût. Des ruptures de ton néanmoins toujours plus ou moins auréolées de bastons, car quand on voit le type, il faut bien se douter que les réalisateurs et les producteurs ne pensent pas à lui en premier lieu pour passer deux heures à l’écran à enfiler des perles. Et après tout, Statham n’a-t-il pas débuté chez Guy Ritchie (Arnaques, Crimes et Botanique, Snatch…), où il n’était pas exploité pour ses talents physiques, mais plutôt pour son aptitude à incarner une certaine idée du gangster britannique badass ?
Tout ça pour dire qu’il n’est pas extraordinaire de voir l’acteur au crane buriné embrasser régulièrement des rôles qui appellent une certaine nuance. Et justement, c’est le cas de Joey Jones, le personnage principal de Crazy Joe.

On sait que Statham sait faire autre chose que de taper des tronches. Il sait être drôle (il maîtrise l’humour pince sans rire à la perfection), possède un charisme indéniable, et gère les enjeux plus fins, où le drame domine. Pas de raison de lui jeter la pierre donc au sujet de Crazy Joe, le premier film du scénariste des Promesses de l’Ombre de David Cronenberg. Un film qui tente autre chose, sans jamais vraiment parvenir à toucher en plein cœur.

Vendu au public comme un Statham movie dans la lignée du récent et excellent Safe, Crazy Joe est davantage un drame urbain, voulu crépusculaire et habité par un héros persécuté par de nombreux démons. Un ancien soldat devenu sdf, qui picole, se shoote et à l’occasion cogne des types. Un homme au fond du trou qui décide un jour d’arrêter de creuser sa tombe pour remonter une pente ardue. Si ça vous rappelle Safe, c’est normal. C’est le premier défaut de Crazy Joe : pomper sur certains des précédents films de Statham. Comme dans Safe, Crazy Joe débute sur un Statham habillé de guenilles. Comme dans Safe, Crazy Joe voit Statham échanger les dites-guenilles contre un costard. À un moment, il se rase la tête aussi… Figure quasi imposée du Statham movie.
Ensuite, quand Statham quitte la rue, il devient chauffeur pour la mafia chinoise. Chauffeur, comme dans Le Transporteur. Ce qui nous amène au second défaut de Crazy Joe : ses ressemblances avec une production Besson de bas étage. Mêmes personnages féminins écrits à l’arrache (ici, pour résumer, les femmes sont soit des saintes, soit des putes et oui, les rôles sont interchangeables à divers degrés. On résume mais ce n’est pas loin). Ainsi, le personnage de la nonne qui aide le héros, aurait très bien pu se retrouver dans une production Besson et ce n’est pas le jeu un poil caricatural de la comédienne (Agata Buzek) qui arrange forcement les choses. Deux défauts que Joe se traîne comme des casseroles et qui s’accompagnent de petites fautes de goût, elles aussi responsables de la tiédeur d’un plat désiré brûlant.

Jason Statham tourne beaucoup. Trop diront certains même si pour le moment, il ne s’est jamais véritablement compromis. Y-compris quand les films dans lesquels il s’implique ne valent pas grand chose. Pour de nombreuses raisons, Statham arrive toujours à porter ses longs-métrages. Il sauve les meubles. Dans Crazy Joe aussi. Le caractère dramatique de cet ex-soldat traumatisé qui voit des colibris partout (le titre original du film signifie d’ailleurs « colibri », ce qui est beaucoup plus pertinent que le titre français mensonger) doit beaucoup à l’interprétation pleine de bonne volonté de l’acteur pourtant pas terriblement servi par un script bancal. C’est certainement lui qui confère ce petit supplément d’âme qui permet au film de perdurer après la projection. Sa performance est plus impressionnante qu’il n’y paraît, parce qu’elle repose en partie sur du vide. Statham comble ce vide et tisse avec fougue et volonté. C’est grâce à lui donc que Crazy Joe n’est pas catastrophique. Il cumule suffisamment de fautes pour peiner à s’extraire de la masse de thrillers anecdotiques qui squattent les salles de cinéma chaque année, mais possède un petit je-ne-sais-quoi qui reste.

@ Gilles Rolland

crazy-joe-jason-stathamCrédits photos : Metropolitan FilmExport

 

Par Gilles Rolland le 11 juillet 2013

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Karl Libus
Karl Libus
6 années il y a

Se petit je ne sais quoi, c’est Mr Jason Statham…

Karl Libus
Karl Libus
6 années il y a

Ce petit, désolé…