[Critique] ELYSIUM

CRITIQUES | 14 août 2013 | 7 commentaires
Elysium-affiche-france

Titre original : Elysium

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Neill Blomkamp
Distribution : Matt Damon, Sharlto Copley, Alice Braga, Jodie Foster, Diego Luna, William Fichtner, Wagner Moura, Brandon Auret, Josh Blacker, Faran Tahir…
Genre : Science-Fiction/Action
Date de sortie : 14 août 2013

Le Pitch :
En l’an 2154, l’humanité est clairement divisée en deux catégories : les plus pauvres, victimes de la violence, des maladies et de la surpopulation, qui vivent sur une Terre ravagée ; et les autres, les plus riches, retranchés sur la gigantesque base spatiale Elysium, où tout n’est que luxe, calme et volupté et où personne n’est malade. Max, un ouvrier abonné aux problèmes, doit, à la suite d’un tragique accident, à tout prix rallier Elysium. À la merci de la seule personne capable de le transporter sur-place, il accepte un marché aux conséquences aussi déterminantes qu’inattendues…

La Critique :
Ironiquement, la principale qualité d’Elysium peut aussi être considérée comme son principal défaut. Car Elysium ressemble beaucoup à District 9, le précédent -et premier- film du réalisateur sud-africain Neill Blomkamp. Un bon point donc, car on parle de District 9, à savoir l’un des films de science-fiction les plus réussis de ces dix dernières années, mais aussi un handicap, car certains pourront accuser Blomkamp de se répéter, à travers ses thématiques et ainsi de continuer à creuser dans une direction attendue. Comme certains peuvent accuser AC/DC de ressortir le même album depuis 30 ans. Ce genre de truc. Est-ce pour autant une mauvaise chose ? À vous de voir, mais il serait dommage de ne souligner que les points communs des deux films et ainsi de s’empêcher de jubiler devant ce qui restera comme l’un des grands trips s.f. de 2013 (pourtant chargée en la matière).

Continuant donc sur sa lancée contestataire, Blomkamp met en scène un futur où les riches et les pauvres sont séparés par quelques milliers de kilomètres. Les premiers vivants dans une station spatiale et les autres au milieu d’une Terre transformée en décharge géante. Comme le bidon ville de District 9 mais à l’échelle planétaire en somme. Pas question, du moins pas directement, de racisme ici, mais plutôt de clivages sociaux, poussés à l’extrême, pour une vision apparaissant malheureusement assez prémonitoire. Blomkamp a peut-être la tête dans les étoiles, mais ses pieds, eux, restent bien ancrés au sol, dans une réalité qu’il comprend et dont il se sert dans son œuvre.
Les aliens parias de District 9 sont ici remplacés par des humains sans le sou, regardés de haut par une élite qui s’en moque éperdument. Puissant, le pitch de départ permet à Blomkamp de captiver immédiatement. Comme son désir de centraliser son propos sur un homme certes sympathique, mais loin d’être parfait, notamment dans ses motivations initiales, purement égoïstes, rappelant une nouvelle fois, que le cinéaste campe ses positions. Ce qui lui permet par là même d’affirmer son côté « Cronenberg », en faisant subir à son anti-héros des transformations physiques viscérales et sauvages. Matt Damon en prend plein la gueule tout du long. Maladif, méchamment amoché, Max, son personnage, est lancé dans une course contre la montre, tout comme le héros de District 9. Et comme ce dernier, il ne peut souvent compter que sur lui-même.

Dans le rôle, Matt Damon s’en sort avec les honneurs, offrant un morceau de choix à sa filmographie déjà variée. À ses côtés, puisqu’on en est à parler des acteurs, Alice Braga incarne à merveille un certain idéal d’humanité, à l’opposé total de Jodie Foster, toute en mollets, froide et calculatrice et bien sûr, absolument impeccable.
Même si il n’est pas manichéen, Elysium aime à confronter des personnages qui se ressemblent. Sharlto Copley est un bon exemple, lui qui endosse avec une aisance confondante et une jubilation contagieuse, le rôle d’une authentique pourriture badass, égoïste et violente, en forme de double maléfique du héros. Rien que pour lui, le film vaut le déplacement, sachez-le. Acteur fétiche et ami de Blomkamp, Copley est parfait et méconnaissable et personnifie les intentions les plus primitives du réalisateur.
Car si il ne se défait pas de son désir de construire une sorte de satire sociale et politique, Neill Blomkamp profite aussi d’un budget décuplé (trois fois plus important que celui de District 9) pour faire parler la poudre. Mélange de mécaniques glaciales et impitoyables et de chair saignantes, son action a une sacrée gueule. Lors de ses fréquents accès de violence, Elysium impressionne et marque au fer rouge. Les coups font mal, les balles déchirent les corps et le sang explose dans un déferlement organique de sauvagerie primitive. Le tout assorti d’un esprit décomplexé conférant à l’ensemble un petit côté série B lui aussi ô combien bienvenu.

Malgré ses stars quatre étoiles et son budget confortable, Blomkamp ne sacrifie ni sa verve, ni sa façon de faire, sur l’autel d’un cinéma consensuel. Bâti sur une intrigue un peu simpliste et prévisible, mais néanmoins passionnante, il sait aussi s’arrêter de penser pour rassasier les appétits les plus voraces en matière d’action. Burné, Elysium l’est assurément, et cela grâce à la mise en scène immersive et pleine d’ampleur d’un réalisateur surdoué plus que jamais en pleine possession de ses moyens.
Alors que les craintes (légitimes) concernant la faculté de Blomkamp de s’affranchir des contraintes inhérentes à un film à gros budget s’étiolent au fur à mesure des minutes, Elysium s’installe tranquillement comme un objet de culte en devenir. La révolution ne se joue pas dans le script lui-même, mais plutôt dans la façon dont Blomkamp s’approprie des thématiques et des schémas cinématographiques un poil éculés pour accoucher d’un autre conte violent où la rédemption tient lieu de pivot. Ce n’est pas l’histoire qui compte, mais la façon de la raconter. On est ici en face d’un type qui a tout compris. Un gars qui ne regarde pas chez le voisins mais qui se contente de raconter sincèrement son histoire, en prenant en compte ses origines et son vécu. Avec sang froid, un brin de naïveté, et sans cynisme. Vivement la suite !

@ Gilles Rolland

Elysium-Matt-DamonCrédits photos : Sony Pictures Releasing France

Par Gilles Rolland le 14 août 2013

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Serge
Serge
8 années il y a

Excellente critique sans concessions qui donne envie.
Un rectificatif amical. “Sacrifié sur l’autel” et non l’hôtel 😉

Baboulinet
Baboulinet
8 années il y a

Wao.

Vu aujourd’hui, et j’avoue que je ne comprends pas cette critique. Mais vraiment pas.

La hargne du film est certes bienvenue, et change dans le paysage actuel de blockbusters ultra-droitiers et conformistes, quant à la direction artistique, elle est très plaisante.

Sorti de là, c’est une véritable catastrophe. Le scénar est un gruyère honteux et totalement incohérent. Je vais essayer de m’expliquer sans spoiler. On nous explique qu’Elysium est un sanctuaire inviolable. Et des fois, ça l’est. Sauf quand ça arrange les scénaristes, qui laissent aussi se poser peinards les personnages qui les arrangent. On a quand même un troisième acte qui se passe dans le ministère de la défense, le sanctuaire des supervilains, où officient… trois gardes. Pas quatre, pas cinq. Trois.
On nous rabache les oreilles avec les fameux medpacs des riches, qui peuvent soigner TOUT, sauf les bobos des persos que les scénaristes veulent faire mourir.
On ne s’attardera pas non plus sur les gunfights et affrontements, dont l’unique mécanique sera toujours : “tiens, je te tire dessus méchant !”
“mais nan gentil, c’est moi le meilleur, j’ai un plus gros flingue !”
“Attends méchant, j’ai trouvé un ENCORE PLUS GROS flingue dans la caisse à côté de moi muhahahahaha”.
Les deus ex machina pleuvent de tous les côtés, c’en est embarrassant.
Le problème, ce n’est pas la ressemblance avec District 9 (qui est inexistante, hormis l’aspect “favelas” du futur), mais la pauvreté de la mise en scène. On a droit à de la shaky cam dès que ça s’excite, ou pire à des resucées de TPS vraiment dégueulasses.
Et hélas, le film n’est que ça, un ramassis d’influences de jeux vidéos mal dégrossies.
Pour ma part, la plus grosse déception de l’année.

Baboulinet
Baboulinet
8 années il y a

Attention, je ne dis pas qu’il n’y a aucun rapport avec District 9, plutôt que les connexions ne me semblent pas étonnantes dans la mesure où il s’agit effectivement du même genre et du même réalisateur.
Le ressenti est une chose, et je ne prétends pas n’avoir pris aucun plaisir à voir le film.

Là où le plaisir ressenti devant District 9 était perpétuellement relevé par une réflexion pertinente sur le genre et le medium, le plaisir que je prends devant Elysium est tristement superficiel. C’est en grande partie dû au vide sidéral des personnages. Peu ou pas de motivations, monomaniaques, et donc creux.
Quant à la mise en scène, je suis désolé Gilles, mais concrètement que lui trouvez-vous ? Ça s’agite anarchiquement dès qu’il y a de l’action, ça singe la vue TPS régulièrement (au détriment de la lisibilité encore une fois, et de la netteté de l’image). Et sinon ça se contente de trembloter discrètement quand l’action retombe, parce que attention hein, c’est intense, fiévreux. Même les décors sont finalement assez mal exploités je trouve malgré leur réussite artistique indéniable.
Le manichéisme ne me dérange en rien. Par contre, la conclusion, elle m’agace au plus haut point. On ne peut pas nous dire pendant tout le film que l’opposition est toale, les riches affreux, les pauvres des victimes, nous présenter des hommes prêts à tout, pour conclure aussi fadement SPOILERS en nous disant “tout le monde est content, on va envoyer trois brancards youpi”. La montée qu’orchestre Blomkamp ne peut se terminer que dans le sang et l’annihilation, on en eme fera pas avaler le contraire au vu de ce qui précède. SPOILERS FINI.
Quand aux MEDPACS, je ne vais pas spoiler, mais je ne pense pas spécialement aux méchants, mais à d’autres personnages à qui ont dit très arbitrairement “ah ben nan, pour toi ça marche pas ! ” Je trouve ça beaucoup trop facile.
Bien sûr qu’Elysium est régulièrement impressionnant. Mais au prix de raccourcis qui me sidèrent. Il n’y a quasiment aucun système de sécurité qui protège la station ! Les mecs arrivent et se posent ! Et ça, trois fois dans le film ! C’est ça la forteresse des riches ?

Au final, comme à peu près tous les blockbusters de l’année, Elysium nous propose quelques belles séquences chaotiques, quelques formidables tours de force apocalyptiques, mais au service de rien. Strictement rien.

Ce qui je crois me déçois le plus, c’est que les blockbusters qui sortent du lot thématiquement se font très rares. Depuis quand ne nous a-t-on pas proposé autre chose que “join the army heu sorry I mean the resistance…” Elysium ne verse pas là-dedans, c’est heureux. Mais le voir si paresseux sur d’autres plans me déçoit terriblement.

Karl Libus
Karl Libus
7 années il y a

Bon bein voilà, vous avez tout dit messieurs… Sinon Elysium, pour moi un très bon film de SF… Pour le reste voir si dessus.