[Critique] GOLEM, LE TUEUR DE LONDRES

CRITIQUES | 31 janvier 2018 | Aucun commentaire

Titre original : The Limehouse Golem

Rating: ★★★★☆
Origine : Grande-Bretagne
Réalisateur : Juan Carlos Medina
Distribution : Olivia Cooke, Bill Nighy, Douglas Booth, Daniel Mays, Maria Valverde, Eddie Marsan, Henry Goodman, Sam Reid, Adam Brown…
Genre : Thriller/Adaptation
Date de sortie : 23 janvier 2018 (DTV)

Le Pitch :
À Londres, en 1880, un tueur aussi violent qu’insaisissable sème le trouble dans le quartier de Limehouse. Alors qu’une rumeur affirmant que le coupable ne peut être que le Golem, une créature des légendes hébraïques, Kildare, un inspecteur longtemps mis sur la touche par Scotland Yard, est mis sur l’affaire. Rapidement, il découvre que les assassinats pourraient avoir un rapport avec Lizzie Cree, une jeune actrice elle-même dans la tourmente…

La Critique de Golem, le Tueur de Londres :

On était un peu sans nouvelles de Juan Carlos Medina depuis la sortie en 2012 du très bon Insensibles, son premier long-métrage. C’est donc avec une certaine confiance mais surtout une joie non dissimulée que nous avons accueilli son nouveau film, porté par le grand Bill Nighy, qui, il faut être honnête, ne sera jamais assez présent sur les écrans à notre goût. Un long-métrage adapté du best-seller de Peter Ackroyd qui nous immerge dans l’Angleterre de la fin du 19ème siècle, dans les rues bien poisseuses d’une Perfide Albion plongée dans l’effroi…

Golem-Olivia-Cooke

Épouvante Victorienne

Si Juan Carlos Medina a mis si longtemps à revenir sur le devant de la scène, ce n’est pas pour changer son fusil d’épaule. Certes, l’intrigue de Golem n’a rien à voir avec celle d’Insensibles, mais les deux films ont cette capacité à prendre aux tripes pour imposer une atmosphère propre à un malaise prégnant. Golem qui se propose donc de nous prendre par la main pour nous faire goûter à la fange, dans des rues souillées par les pires raclures d’une partie de la population livrée à elle-même. Au cœur de cette cour des miracles, un assassin fait couler le sang et met la police en déroute. En marge, une jeune comédienne est accusée d’avoir empoissonné son mari… Un postulat des plus riches auquel vient s’ajouter un inspecteur mis au ban de Scotland Yard à cause de rumeurs au sujet de son orientation sexuelle, qui se saisit donc de l’affaire pour peut-être, malgré son âge avancé, enfin obtenir le respect. Une sorte de Sherlock Holmes sans le côté outrecuidant, mais bien doté d’un talent hors norme, perdu dans les enchevêtrements d’un monde qui traite la différence en ennemie et préfère se complaire dans un jeu d’apparences trompeuses que Juan Carlos Medina s’empresse d’exploiter à son compte. Car malgré son scénario qui se prend parfois un peu les pieds dans le tapis, Golem fait preuve d’une ambition à toute épreuve et n’a jamais peur d’assumer tous les détours qu’il prend ainsi que les pauses et autres parenthèses qu’il impose à la rythmique de son récit.
Et si l’écriture aurait gagné à être un peu plus fluide, elle ne laisse pour autant aucun personnage sur le carreau et use de subterfuges qui sont tous relativement efficaces pour permettre au film de s’envoler et de se montrer en permanence suffisamment immersif pour captiver sur la longueur.

Élémentaire ?

Il est évident que Golem n’a rien d’un vulgaire DTV produit à la va-vite par une équipe de producteurs avides d’engranger un maximum de dollars. Pensé comme un authentique thriller mais comprenant aussi suffisamment d’éléments horrifiques pour être rangé dans cette catégorie, ce film brille également par sa mise scène ambitieuse, racée et inspirée, ainsi que par sa production design aux petits oignons. La minutieuse reconstitution du Londres de 1880 donnant lieu à l’écran à de superbes évocations pleines de souffle. On sent bien que le réalisateur a parfois esquivé les contraintes budgétaires mais ses choix sont bons et judicieux et n’impactent pas la beauté plastique de son œuvre. Ainsi, au final, Golem vaut mieux que bien des longs-métrages projetés quant à eux dans les multiplexes.
Rappelant les meilleurs films du genre, à commencer par les adaptations les plus inspirées des récits de Sherlock Holmes, Golem, qui faisait office d’outsider sur le papier, n’a rien d’une tentative hâtive de raccrocher les wagons et sait s’imposer avec une flamboyance et une assurance indéniables.
Surtout qu’en l’occurrence, les acteurs sont tous à la hauteur. Olivia Cooke, que l’on a connue dans Bates Motel, trouve ce qui reste à ce jour son plus beau rôle. Troublante, pleine de vie, elle tient tête à Bill Nighy, son partenaire, qui est quant à lui aussi impeccable que prévu. Garant à lui tout seul d’un flegme et d’une classe toute britannique, le comédien éclaire Golem de son illustre présence et livre une performance pleine d’humanité et de sensibilité. Et finalement, il donne le ton d’un film qui n’a rien d’un thriller classique. En moins de deux heures, malgré des maladresses évidentes et quelques effets de style un peu surfaits, Golem, le Tueur de Londres sait aborder des thématiques sensibles en se focalisant sur des personnages marginalisés à cause de leur différence, de leurs stigmates ou simplement de leur sexe et ainsi dire beaucoup plus que son postulat ne le promettait de prime abord.

En Bref…
Passionnant, visuellement impressionnant, magnifiquement incarné et mis en scène, Golem, le Tueur de Londres n’a rien d’un film mineur bien au contraire. À vrai dire, seule son écriture, un peu maladroite et chargée et son dénouement lui aussi un peu trop ampoulé, l’empêchent de prétendre au sans faute.

@ Gilles Rolland

Golem-Bill-Nighy   Crédits photos : Megalys/Condor

Par Gilles Rolland le 31 janvier 2018

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