[Critique] GONE GIRL

CRITIQUES FOREIGN CORRESP. | 10 octobre 2014 | Aucun commentaire
Gone-Girl-affiche-France

Titre original : Gone Girl

Rating: ★★★★½ (moyenne)
Origine : États-Unis
Réalisateur : David Fincher
Distribution : Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Patrick Fugit, Kim Dickens, Emily Ratajkowski, Scoot McNairy…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 8 octobre 2014

Le Pitch :
Nick Dunne rentre chez lui, le chat attend bien sagement devant la maison, la porte d’entrée est grande ouverte ; à l’intérieur, le salon est tout retourné avec des éclats de verre éparpillés sur le sol. Et puis surtout, Amy, sa femme, n’est pas là. Gone girl…

La Critique (Nicolas) Rating: ★★★★☆ :
L’erreur fatale d’avoir lu le bouquin cet été (Les Apparences, de Gillian Flynn). Avec en plus le casting et une première bande-annonce en tête. Alors bien sûr, le plaisir a été immense de me prendre pour David Fincher pendant quelques jours. De rêver le livre en scénario, de fantasmer ses plus fortes scènes mises en images par le maître. Oui, intellectuellement c’était vraiment chouette. Mais depuis hier soir, je regrette. Dès la première minute du film, en fait. Impossible de rentrer dedans. Oui, c’est beau, c’est très beau, d’une brillante subtilité même, sans clinquant. Cinématographiquement, on a encore droit à une belle leçon. Après, pour moi, ça s’arrête là. C’est déjà un très gros là, vous me direz, mais c’est un là tout de même.
Évidemment, je ne dévoilerai rien ici de l’intrigue, le film repose tellement dessus. Ce qui est bien normal lorsqu’on connaît la richesse et la puissance de ses ressorts. C’est ça le problème, quand on sait déjà tout, il y a comme un énorme plaisir gâché. Sur Millenium, en revanche, je n’avais pas du tout eu le même ressenti. Faut dire, le délai entre le livre et le film était beaucoup plus long. Là, c’était vraiment trop présent, trop attendu.
Bref, je suis ressorti du film un peu perdu. J’ai un mal fou à savoir si j’ai découvert quelque chose de grand ou pas. C’est emmerdant pour un critique de ne pas savoir quoi penser. La solution serait, je pense, de l’oublier carrément et de le revoir dans quelques années. En attendant, la personne qui m’accompagnait semblait pas mal emballée. C’est peut-être un indice.

@ Nicolas Cliet-Marrel

Gone-Girl-Affleck-Fincher-Pike

La Critique (Gilles) Rating: ★★★★★ :
Le sourire de Ben Affleck. Ce même sourire qui a « éclairé » de multiples films, contribuant fut un temps, à construire l’image de beau gosse un peu niais que l’acteur s’est coltiné pendant de nombreuses années. L’expression d’un mec qui a tout gagné : les louanges (l’Oscar de Will Hunting), la célébrité, le fric et la belle nana (Jennifer Lopez). Ce même sourire qui a peu à peu contribué à coller à Affleck l’étiquette d’un mec négligeant, un peu paumé et principalement intéressé par l’image qu’il pouvait donner aux médias et à son public, pensant, rapidement à tort, que seul son physique avantageux allait pouvoir lui pardonner les multiples faux pas d’une filmographie chaotique, remplie de Gigli, de Pearl Harbor et de Daredevil foireux. C’est du moins une des hypothèses plausibles quant au gars qu’était devenu Affleck après son éclosion hollywoodienne, pendant que son ami de toujours Matt Damon bâtissait brique par brique une carrière en béton armé. David Fincher a pigé le truc. C’est du moins ce que Gone Girl suggère tant ce même sourire est épinglé. Quasiment d’emblée. Il caractérise le soupçon et la méfiance que peut inspirer cet homme, dont la femme a disparu dans la nature. Un gars sur lequel pèsent tous les soupçons et qui pourtant, sourit…

Hasard ou pas hasard, Gone Girl commence sur une disparition. Comme dans Millenium, une jeune femme n’est plus là et personne ne sait ce qui a pu advenir d’elle. En adaptant le best-seller de Gillian Flynn (elle signe d’ailleurs également le scénario), David Fincher n’a pas cherché à tout prix la nouveauté, probablement plus motivé par un récit riche en occasions de laisser parler l’expression d’un talent prompt à traduire les tortures du quotidien et par ce biais, à explorer la psyché de personnages plus ou moins mystérieux, cachés derrière un masque de normalité.

Trop parler de Gone Girl n’est pas conseillé. Comme tout bon Fincher, il s’agit ici d’un film qui se découvre. Qui s’apprécie, avec ses surprises et son ambiance, et qui peut ensuite faire l’objet de multiples échanges autour d’un verre. Celles et ceux qui se sont délectés du roman le savent, les autres ne vont pas tarder à la découvrir et on se demande d’ailleurs si ce ne sont pas ces derniers qui sont les plus vernis, eux qui ne se doutent pas de ce qui les attend au tournant (la critique de Nicolas, ci-dessus, va dans ce sens).

Sacrifiant presque à sa propre tradition, David Fincher fait plus ou moins l’impasse sur le générique. Gone Girl s’ouvre sur une succession rapide de vignettes, censées poser les limites du cadre. La maison, les rues, le voisinage, l’ambiance, le climat, ou toutes ces choses qui composent la teneur d’un tableau à l’intérieur duquel les personnages vont évoluer. Le montage est vif. Il traduit l’urgence d’une situation qui se profile et dont les tenants et les aboutissants ne vont pas tarder à envahir l’écran. Une femme a disparu et son mari est Ben Affleck. Dans l’inconscient collectif, et ce malgré ses efforts pour faire oublier qu’il fut notamment cette bête de tabloïds, mari de Jennifer Lopez, Affleck est suspect. Ce n’est qu’une interprétation, peut-être un poil capillotractée, mais il n’est pas si fantasque d’affirmer que Fincher se sert de ce que le public redoute chez Affleck pour donner immédiatement de l’ambiguïté à ce type paumé mais pas assez affligé pour être honnête, quand bien même sa chère et tendre est introuvable et que tout l’accuse. En cela et pour tout un tas d’autres raisons que nous tairons ici, le choix de Fincher est parfait. Ben Affleck trouve un de ses meilleurs rôles. Il est intense, tour à tour inquiétant, troublant, ambivalent, énervant et attachant. En un mot : fascinant. Idem pour Rosamund Pike, sexy, opaque, virginale, soumise puis dominatrice. Tous les deux évoluent au sein d’une entité amenée à se moduler suivant les méandres d’une histoire incroyable, faite pour coller avec les exigences d’un cinéaste complètement à sa place.

Gone Girl bouge sans cesse. La photographie, à nouveau sublime, léchée, glaciale et enveloppante de Jeff Cronenweth (fidèle de Fincher ayant notamment bossé sur Fight Club, Millenium ou Social Network), donne une âme à ces images, tout en suivant les ondulations des événements. Chez Fincher, tout est sous contrôle et la mécanique est parfaitement huilée. Les éléments de ce nouveau puzzle se mettent lentement en place, dans une valse passionnante de la première à la dernière minute. Sans faire de concession à son style et au discours d’un scénario retors, Fincher le génie fait encore un peu plus évoluer son cinéma en mettant un petit peu de côté la virtuosité flagrante qui pouvait habiter ses précédents longs (les plans-séquences de Panic Room, les trouvailles visuelles de Fight Club, etc…), pour adopter une normalité toute relative, car complètement remodelée à son image. La réalité devient sienne. Fincher est unique car il s’approprie tout ce qu’il touche au point de lui imprimer sa personnalité. De la même façon qu’un morceau de Led Zeppelin est reconnaissable dès les premières notes, un film de Fincher ne ressemble qu’à lui-même. Gone Girl, peut-être un peu plus que les autres car il intègre le champs lexical bien connu du réalisateur pour l’appliquer à une « routine » de thriller apparemment classique, mais pourtant complètement chamboulée par le grand manitou. Il autopsie le couple, démonte les mécanismes de l’amour et du mariage, mais désosse aussi les rouages des médias, des addictions qu’ils provoquent, et des dommages collatéraux qui vont avec, que l’on soit dans le cercle ou en dehors.

En parallèle, complètement en adéquation, Atticus Ross et Trent Reznor, à nouveau à la musique, n’en font pas des caisses. Leur génie se cadre sur la rythmique et sur le mode de fonctionnement de Fincher et se fait discret pour mieux exploser. Gone Girl, avec ses nappes omniprésentes, prend à la gorge, en serrant par à-coups successifs, car il forme au final une œuvre non seulement pertinente, mais surtout totalement cohérente avec elle-même et le genre auquel elle appartient.

Mieux vaut ne rien savoir de ce que cache cette pépite. On le répète. Une seule chose : Gone Girl est de ces films qui laissent pantois. Aucune faute de goût n’est à déplorer, les fulgurances, qu’elles soient stylistiques ou narratives, sont légion. Ben Affleck est excellent, Rosamund Pike devra batailler pour retrouver un rôle aussi puissant, Tyler Perry (!!!) est fameux, Neil Patrick Harris et Carrie Coon aussi. La fresque est spectaculaire. Immersif, Gone Girl est un chef-d’œuvre. Un de plus pour un cinéaste intouchable, qui du haut de son trône, sans la ramener, nous fait grâce d’authentiques bijoux amenés à rester graver dans les tables de loi du septième-art. Très fort.

@ Gilles Rolland

GONE-GIRL-Ben-Affleck-by-David-FincherCrédits photos : 20th Century Fox

Par Nicolas Cliet-Marrel le 10 octobre 2014

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