[Critique] GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD

CRITIQUES | 23 janvier 2019 | Aucun commentaire
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Rating: ★★★★½

Titre original : Green Book

Origine : États-Unis

Réalisateur : Peter Farrelly

Distribution : Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco, Damiter D. Marinov, P.J. Byrne, Don Stark, David An…

Genre : Drame

Date de sortie : 23 janvier 2019

Le Pitch :

1962. Don Shirley, un pianiste afro-américain, entame une tournée dans les états du Sud profond des États-Unis. À la recherche d’un chauffeur, il finit par embaucher Tony Lip, un videur italo-américain un peu rustre. Ensemble, les deux hommes vont parcourir les routes d’une région où règne encore la ségrégation. Histoire vraie…

La Critique de Green Book : Sur les routes du Sud :

Tony « Lip » Vallelonga, le personnage qu’interprète Viggo Mortensen dans Green Book, a longtemps été videur au célèbre Copacabana. C’est d’ailleurs là qu’il a côtoyé des sommités comme Frank Sinatra et Dean Martin. C’est encore là que Francis Ford Coppola l’a repéré pour finalement lui offrir un rôle dans Le Parrain, initiant une carrière d’acteur qui va conduire Tony Lip a jouer dans des films comme Raging Bull, L’Année du Dragon, Les Affranchis ou Donnie Brasco. Lip qui tint son dernier rôle dans Les Soprano, où il campait Carmine Lupertazzi. Mais avant d’être cette gueule reconnaissable entre mille, l’homme était donc un videur. Un videur qui un jour, profitant d’un congés forcé, fit le chauffeur pour une autre star, de la musique en l’occurrence, à savoir le Dr. Don Shirley, un pianiste virtuose aux multiples casquettes. Une histoire que raconte ici Peter Farrelly. Oui le même Farrelly que celui de Mary à tout prix, Dumb & Dumber et Fou d’Irène. Peter Farrelly pour la première fois en solo aux commandes d’un drame…

Green Book

On the road again

Oui, Peter Farrelly a pris tout le monde à revers en changeant de registre. Le truc, c’est qu’il n’a pas tant changé de registre que cela. Non car Green Book, si il penche bien sûr davantage du côté du drame, est aussi drôle par moment. C’est d’ailleurs l’humour, que le réalisateur maîtrise tant, qui lui permet de maintenir un équilibre assez impressionnant, en partie responsable de sa réussite. L’humour pour faire passer des vérités. Un humour transitant par le personnages de Tony Lip, cet homme amené à changer et à évoluer au contact de Don Shirley, avec lequel il finira par se lier d’amitié.

Rien d’original ? En effet. Pour autant, si Green Book ne met pas en avant une histoire follement originale, il fait par contre preuve d’une générosité et d’une sincérité à toute épreuve. Et ça, ça change tout !

Sud profond

On sent Peter Farrelly très à l’aise avec son sujet. Accompagné au scénario par Nick Vallelonga, le fils de Tony Lip, il gagne ses galons en respectant ses personnages et donc son sujet pour à l’arrivée faire valoir son talent au fil d’une succession de scènes fortes, jamais trop soulignées mais par contre parfois terriblement édifiantes et déchirantes. Avec ses airs de parfait candidat aux Oscars, Green Book est bien plus que cela. On pourrait croire qu’il s’agit en effet d’une œuvre académique mais au fond, le film va au-delà. Il sort du cadre pour ne pas se focaliser sur des lieux communs qu’il transcende par sa générosité et par cette volonté de dresser un pont entre deux époques. Celle du film et la notre. Au final, Farrelly parvient à livrer une œuvre en accord avec son temps, dénonçant un racisme crasse et s’imposant telle une ode à la tolérance, au pouvoir salvateur de la musique et de l’amitié. Green Book et son extraordinaire faculté à faire valoir une émotion prégnante qui fait passer le spectateur des rires aux larmes en un claquement de doigts, tout en conservant une cohérence somme toute assez rare dans ce genre d’exercice.

Les duettistes

Mais Green Book, c’est aussi un duo d’acteurs. C’est la performance incroyable, toute en nuances et en finesse d’un Viggo Mortensen à nouveau touché par la grâce, après son saisissant rôle dans Captain Fantastic. Un acteur investi (il a pris un bon paquet de kilos pour se fondre dans le personnage), jamais dans l’excès, touchant et parfaitement compétent quand il s’agit de traduire les changements que ce voyage dans le sud a provoqué chez Tony Lip. En face, dans un rôle tout aussi complexe, Mahershala Ali prouve sa capacité à tout jouer, lui aussi dans une parfaite mesure, jouant de son charisme et de son flegme pour redonner vie au prodige Don Shirley. C’est donc grâce à eux également, merveilleusement dirigés par Farrelly, que Green Book n’est pas un simple film à Oscars. C’est eux, avec leur sensibilité et ce désir ardent de faire les choses bien, que Green Book est un authentique plaidoyer pour la tolérance dénué du moindre cynisme. Un film immersif, passionnant, drôle et tragique. Un vrai bon morceau de cinéma dont on se souvient longtemps après la projection et dont les images, à jamais associées à la fabuleuse musique de Shirley, n’en finissent plus de résonner avec une puissance dingue à l’heure où la bêtise humaine nous rappelle sans cesse l’importance de la mémoire dans notre processus collectif d’évolution.

En Bref…

Peter Farrelly nous livre avec Green Book un film attachant, drôle et émouvant, à la puissance évocatrice décuplée. Une œuvre sensible et pertinente, magnifiquement mise en image et interprétée par deux acteurs au diapason. Une grande réussite.

@ Gilles Rolland

Green-Book-Ali-Mortensen
Crédits photos : Metropolitan FilmExport
Par Gilles Rolland le 23 janvier 2019

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