[Critique] HITCHCOCK

CRITIQUES | 26 janvier 2013 | 1 commentaire

Titre original : Hitchcock

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Sacha Gervasi
Distribution : Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, Jessica Biel, Danny Huston, Toni Collette, Michael Stuhlbarg, Michael Wincott, James d’Arcy, Ralph Maccio…
Genre : Biopic/Drame/Adaptation
Date de sortie : 6 février 2013

Le Pitch :
Hollywood, 1959 : La Mort aux trousses vient de sortir dans les cinémas. Alfred Hitchcock, alors au sommet de sa popularité, désire, pour son prochain film, prendre son public à revers. Cherchant un projet qui pourra le mener vers quelque chose de différent, il tombe sur Psycho, le livre de Robert Bloch inspiré par l’histoire du tueur en série Ed Gein. Happé par cette histoire ambiguë, effrayante et sombre, Hitchcock décide d’en réaliser l’adaptation, malgré les réticences de ses producteurs, mais soutenu par Alma, sa femme et collaboratrice de toujours…

La Critique :
Quelle drôle d’idée d’avoir confié un film sur Alfred Hitchcock à un réalisateur populaire chez les fans de heavy metal pour avoir offert au groupe Anvil, un regain de popularité avec le rockumentaire Anvil !. Sacha Gervasi, un scénariste (il a écrit Le Terminal de Steven Spielberg), devenu réalisateur propulsé à la tête d’un biopic sur l’un des plus grands cinéastes de l’histoire du cinéma. En soi, une belle promotion pour Gervasi qui ne cède pas à la pression et livre un long-métrage imparfait, mais globalement très attachant.

Hitchcock frappe, au premier abord, par une esthétique classique proche des productions luxueuses de la télévision américaine. Tout est très lisse et très classe dans cette production marquée par un soucis du détail permanent. La maitrise est formelle, mais manque d’audace, entretenant par ce biais cette esthétique télévisuelle aussi tenace qu’encombrante pour un film de cinéma de ce calibre. On parle tout de même d’Alfred Hitchcock et plus précisément d’Hitch sur le plateau de Psychose. Son plus grand succès. Le premier slasher de l’histoire du septième-art. Le chef-d’œuvre du thriller horrifique qui commença à légitimer un style (le film d’horreur) aux yeux du monde et des grands studios, jusque là allergiques à la discipline. Psychose est une œuvre si importante, que sa genèse, racontée par Gervasi, ne peut qu’apparaitre comme étant trop polie et manquant parfois cruellement de caractère. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur a précisément opté pour cette époque en particulier. Une époque sombre dans l’existence d’Hitchcock, qui tentait de négocier un virage des plus périlleux. Un géant aux pieds d’argile, forcé d’auto-financer son film pour imposer sa vision et prouver par celà qu’il n’existait pas de sous-genre. Un homme fragile, confronté au doute, en pleine crise conjugale, mais toujours décidé à aller de l’avant. L’occasion de traiter également du contrôle des studios et de leur frilosité était trop belle pour ne pas être saisi, même si en l’occurrence, la critique manque de profondeur.

Paradoxalement, si Hitchcock adopte bel et bien les apparences d’un beau téléfilm fastueux, il s’avère par contre beaucoup plus ambitieux dans son écriture. Trop peut- être, vu la durée du film. En 1h38, le métrage nous parle de Psychose, mais pas que. Il traite de la vie de couple d’Alfred, avec Alma, sa femme, mais aussi son plus fidèle soutien et sa collaboratrice la plus précieuse, de ses relations ambiguës avec ses actrices (blondes), de son ambition, de ses démons intérieurs et de son train de vie en général. En gros, il se disperse. Sacha Gervasi tente de dresser un portrait digne du géant. Il respecte son sujet, aucun doute là-dessus, mais la démarche est parfois maladroite. À l’image de ces séquences imaginaires où Hitchcock parle avec le tueur Ed Gein (modèle du Norman Bates de Psychose donc, mais aussi de Leatherface de Massacre à la tronçonneuse et d’Hannibal Lecter du Silence des Agneaux). Censées illustrer les peurs et les propres psychoses du cinéaste, ces scènes encombrent un récit un peu plan-plan. Les anecdotes ne manquent pas, beaucoup de passages s’avèrent truculents et le fait même de pénetrer les coulisses d’un chef-d’oeuvre comme Psychose s’avère passionnant, mais il manque quelque chose.
L’approche de Sacha Gervasi ne manque pas d’audace, mais le résultat manque par contre d’ampleur. Comme si, écrasé par l’ombre de son protagoniste principal, Sacha Gervasi avait perdu pied en cours de route, se contentant au final de survoler son sujet.
À sa décharge, il faut saluer l’excellent travail de reconstitution, basé sur de rares archives. Obligé de broder et de faire travailler son imagination, le scénariste John J. McLaughlin, remplit les blancs, en se basant sur le livre de Stephen Rebello.
Il en est de même pour les acteurs, très impliqués. Scarlett Johansson, fait une Janet Leigh parfaite, glamour à souhait et complètement à son aise dans un environnement qui semble s’accorder parfaitement avec son charisme. Helen Mirren aussi assure jusqu’au bout dans un rôle de femme forte, vivant dans l’ombre d’un génie pas toujours facile à gérer et à supporter. Un génie d’ailleurs incarné par Anthony Hopkins, le spécialiste du mimétisme. Déjà remarqué pour avoir prêté ses traits à Nixon ou à Picasso, le comédien nous sort tout l’attirail du rôle à Oscar (même si il n’y est pas nominé). Encombré de prothèses parfois gênantes, Hopkins arrive à communiquer une émotion et rend justice à son illustre personnage, malgré des gimmicks un peu grossiers. L’homme est doué et il le prouve une nouvelle fois ici.

Rappelant pour son caractère un peu anecdotique, le récent My Week with Marylin, Hitchcock parle d’une légende, en choisissant de se focaliser sur une série d’évènements précis censés illustrer au mieux la complexité du personnage. Le film de Gervasi est documenté et lève le voile sur les coulisses d’un film qui a contribué à changer le cinéma. Souvent passionnant, remarquablement rythmé, il n’exploite pas à fond toutes les pistes qu’il explore, mais brille par sa peinture des rapports d’Hitchock avec les femmes qui ont jalonné sa vie. Car elle est peut-être là la véritable identité du biopic de Gervasi : dans sa faculté à souligner l’importance des femmes dans le processus génial d’un réalisateur monumental sous bien des aspects. Un artiste théâtral à la scène comme à la ville, désormais héros d’un film un poil trop anecdotique et bancal, mais décidément attachant et instructif.

@ Gilles Rolland
still-of-anthony-hopkins-in-hitchcock-large-pictureCrédits photos : 20th Century Fox France

Par Gilles Rolland le 26 janvier 2013

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paulus
paulus
8 années il y a

il faut le faire car hitch etais formidable il nous tenais en haleine j aime encore bien de revoir ses films en noir et blanc