[Critique] INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE
Titre original : Indiana Jones and the Dial of Destiny
Rating: 




Origine : États-Unis
Réalisateur : James Mangold
Distribution : Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, John Rhys-Davies, Antonio Banderas, Boyd Holbrook, Toby Jones…
Genre : Aventure/Action/Fantastique/Suite/Saga
Durée : 2h34
Date de sortie : 28 juin 2023
Le Pitch :
1969. Alors qu’il vient de prendre sa retraite, Indiana Jones est approché par sa filleule. À la recherche du cadran de la destinée, un mystérieux artefact fabriqué par Archimède, cette dernière entraîne le célèbre archéologue dans une ultime aventure aux confins du monde. L’occasion pour Indiana Jones de s’opposer à un vieil ennemi…
La Critique d’Indiana Jones et le Cadran de la destinée :
Annoncé dès 2012, au départ à nouveau attribué à Steven Spielberg, l’architecte de la saga, Indiana Jones 5 arrive sur nos écrans une quinzaine d’années après le très discuté Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. Spielberg ayant entre temps quitté le navire pour laisser la place au vénérable James Mangold, le réalisateur salué de Le Mans 66, Logan, Walk the Line ou encore Copland. Un film attendu, redouté par certains, qui permet au plus célèbre archéologue de l’histoire du septième-art de s’offrir une ultime aventure, à presque 80 ans.
Magical Mystery Tour
Indiana Jones, 70 ans au compteur (contre presque 80 pour Harrison Ford donc), se réveille dans un appartement new-yorkais au son du Magical Mystery Tour des Beatles. La ville est en ébullition suite à l’arrivée des héros de la mission Apollo 11. Ronchon, fatigué mais toujours alerte, Indy s’apprête à prendre sa retraite de professeur quand l’aventure, la grande, la vraie, frappe une dernière fois à sa porte…
Cependant, Indiana Jones et le Cadran de la destinée débute en 1944 avec un Harrison Ford numériquement rajeuni, dans un train, pour une séquence d’action en adéquation totale avec les canons de la saga. Comme les autres volets, le film débute donc par une scène d’action. Les nazis ont volé la lance qui a blessé le Christ. Indy est sur leurs traces alors que les bombes pleuvent, accompagné d’un ami, ici incarné par Toby Jones. Premier constat : oui, le rajeunissement de Ford est impressionnant. Est-il parfait pour autant ? Non. À vrai dire, tout dépend de l’éclairage et si le personnage bouge.
Parfois, les ficelles sont voyantes et quand il côtoie des acteurs non retouchés par ordinateur, Indy et son lifting numérique peinent un peu à convaincre. Mais James Mangold, en jouant la carte de la générosité, avec une séquence absolument folle, parvient en quelque sorte à noyer le poisson pour raviver la magie de la franchise, en exploitant les ressorts jadis mis en place par Spielberg.

Passage de relais
Là était tout le défi pour Mangold : respecter le personnage, son héritage, celui de Spielberg, tout en imposant sa propre marque. Spielberg qui n’est donc jamais bien loin, dans le choix des angles, dans l’action et dans ces petits clins d’œil savamment disséminés ici ou là. On imagine sans mal que le passage de relais n’a pas du être facile. Respecter, relier le présent avec le passé mais aussi regarder vers l’avenir… Toucher au mythe au risque d’y laisser une marque indélébile et disgracieuse.
Mais au fond, Mangold peut remercier son mentor qui, avec Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, qui pour rappel, a déçu une large partie des fans, a paradoxalement ouvert une voie royale pour un cinquième volet. Et c’est d’ailleurs peut-être de cela dont Indy avait le plus besoin : de sang neuf et d’un peu de recul.
Cela dit, Indiana Jones 5 reste sage et ne prend pas de gros risque concernant la progression de son récit. Indy est donc à la recherche d’un artefact, ici un cadran confectionné par Archimède, il est rejoint par une acolyte avec laquelle le courant a parfois du mal à passer (raccrochant les wagons avec le buddy movie, comme pour le troisième et le quatrième volet), des méchants sont à sa poursuite, etc…
Il est d’ailleurs étonnant que les bad guys en question, emmenés par le génial Mads Mikkelsen, ici remarquable dans les habits d’un nazi révisionniste, adoptent exactement la même dynamique que les antagonistes du quatrième épisode. Indy trouve un indice, les méchants le rattrapent, il s’échappe, trouve un nouvel indice mais ses poursuivants finissent toujours par l’atteindre pour s’approprier ses découvertes. De ce côté-là, force est de reconnaître que Indiana Jones 5 joue la sécurité. Et au fond, ce n’est peut-être pas plus mal…
Time is on his side
Ce n’est pas plus mal car Le Cadran de la destinée a autre chose à offrir, exploitant à merveille l’âge de son héros. Indy n’est plus un jeune chien fou mais un retraité meurtri, un peu aigri qui néanmoins, retrouve goût à l’aventure quand sa filleule (incarnée par l’excellente Phoebe Waller-Bridge de la série Fleabag) vient bouleverser son quotidien alors tranquille. Quand il retrouve son chapeau et son fouet, les vieux réflexes remontent à la surface et même si jamais Indy ne se prête aux mêmes cascades folles des précédents volets, son énergie et sa sagesse font la différence.
En d’autres termes, James Mangold a le bon goût de ne jamais oublier que son héros n’a plus 20, 30 ou même 40 ans, compensant sa capacité à plonger à pieds joints dans l’action par une sagesse qui lui permet néanmoins de toujours avoir un temps d’avance. Indiana Jones et le Cadran de la destinée se transformant peu à peu en belle et touchante réflexion sur le temps qui passe, sur la vieillesse et l’héritage aussi. Réflexion parfaitement raccord avec tout ce qui a précédé, dans une ambiance plus mélancolique, où l’humour, s’il est bien présent et très bien dosé, se fait plus discret qu’auparavant.
Aventure old school
Fidèle à la saga, Indiana Jones 5 offre aussi un spectacle généreux et passionné. De la scène d’ouverture donc, à cette superbe course-poursuite à cheval dans les rues de New York, au beau milieu d’une parade, le film cale sa cadence sur celle de ses aînés et réussit à tenir en haleine. On remarque ici ou là des effets numériques et autres fonds verts un peu disgracieux mais finalement, la magie est bien présente, incarnée par un héros comme on en fait plus, certes âgé mais toujours charismatique et apte à nous coller des étoiles plein les yeux.
Parvenant à s’intégrer à la saga avec un naturel confondant, Indiana Jones 5 brille également par son écriture. Une écriture parfois audacieuse, notamment quand le film prend l’inévitable virage fantastique, au risque de déplaire à une partie des fans. L’histoire, certes moins propre à déclencher la polémique que celle des aliens dans Le Royaume du crâne de cristal a tout de même de quoi encourager les débats. Même si le choix de Mangold est cohérent et permet d’amener la saga à sa vraie conclusion…
On pourrait débattre pendant des heures quant à l’utilité d’avoir une nouvelle fois rameuté Indiana Jones, à l’heure où les vétérans font de la résistance. Reste que la fin que Mangold propose apparaît bien plus juste et émouvante que celle du Royaume du crâne de cristal. La belle conclusion de l’une des plus extraordinaires et exaltantes franchises du cinéma. Une fin où pour la dernière fois, le grand Harrison
Ford brille dans la peau de son personnage le plus emblématique (oui, davantage qu’Han Solo). Finissons d’ailleurs en lui rendant hommage : les esprits s’échauffent déjà au sujet d’Indiana Jones 5. Certains adorent, d’autres détestent. Je pense qu’un peu de recul est nécessaire pour mesurer la vraie valeur d’un film qui s’inscrit dans la continuité d’une saga aussi légendaire. Surtout quand on a grandi avec la saga en question. J’ai écrit cette chronique à chaud mais je sais que je pourrais véritablement situer Indy 5 dans la franchise dans quelques mois seulement, voire quelques années.
Car il s’agit d’Indiana Jones et pas d’un énième clone incarné par un acteur interchangeable. On parle d’Harrison Ford. Une star parmi les stars, visiblement très heureux d’avoir pu offrir à Indy une dernière aventure, tout du long aussi compétent dans l’action que pour traduire les nouvelles fêlures de son personnage. Un héros plus sage, un peu perdu, qui n’a pas dit son dernier mot et qui, bien qu’il n’ait plus rien à prouver, revient pour un dernier tour de piste sous la musique mythique du grand John Williams. Mythique… C’est bien le mot qui convient.
En Bref…
Certes marqué par des effets spéciaux un peu voyants, Indiana Jones et le Cadran de la destinée brille tout autant par sa générosité que par sa propension à respecter les codes de la saga tout en prenant une somme mesurée de risques. Porté par un Harrison Ford parfait, aussi émouvant que charismatique, ce cinquième et ultime volet est une grande réussite. Un vrai et bon film de cinéma populaire, dénué de cynisme, spectaculaire, touchant et drôle. La juste conclusion d’une saga mythique.
@ Gilles Rolland

