[Critique] INVISIBLE MAN

CRITIQUES | 28 février 2020 | Aucun commentaire
Invisible-Man-poster

Titre original : The Invisible Man

Rating: ★★★★☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Leigh Whannell

Distribution : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, Aldis Hodge, Storm Reid, Michael Dorman…

Genre : Fantastique/Épouvante/Horreur/Adaptation

Durée : 2h05

Date de sortie : 26 février 2020

Le Pitch :

En couple avec un brillant et richissime scientifique, aussi violent que pervers, Cecilia vit un calvaire. C’est alors que la jeune femme parvient enfin à prendre la fuite et se réfugie chez un ami. Terrorisée, n’osant plus sortir, elle redoute le retour de celui qui si longtemps, a fait de sa vie un enfer. Un jour, elle apprend que son ex fiancé s’est donné la mort en lui léguant une grosse somme d’argent. Une nouvelle qui précède le commencement de phénomènes aussi inquiétants qu’irrationnels. Tous les jours, Cecilia se sent observée. Au point de finir par se convaincre que son tortionnaire n’est pas mort mais bel et bien à ses côtés, attendant juste le bon moment pour à nouveau se déchaîner…

La Critique de Invisible Man :

Popularisé au cinéma grâce au classique de James Whale, l’Homme Invisible est né dans l’imagination du romancier H.G. Wells. Faisant partie intégrante de l’écurie des monstres du studio Universal, le personnage est maintes fois revenu sur grand écran depuis les années 30. Certaines de ses incarnations ayant plus marqué que d’autres. On se souvient notamment du film de John Carpenter avec Chevy Chase et bien sur du Hollow Man, L’Homme sans Ombre, de Paul Verhoeven avec Kevin Bacon. L’Homme Invisible qui revient sur le devant de la scène après le four de La Momie, qui avait pour lourde tâche d’introduire le nouveau Dark Universe d’Universal. Sans pour autant que ce film, réalisé par Leigh Whannell (Upgrade) n’ait un quelconque rapport avec le projet initial. Invisible Man racontant une histoire à première vue indépendante d’un quelconque univers partagé. Ceci étant dit, il faut bien avouer qu’au départ, y compris après la publication de la bande-annonce, il semblait plutôt difficile de se passionner pour cette nouveau incarnation, pour rappel fièrement propulsée par Blumhouse. Le studio bouffant un peu à tous les râteliers et ne garantissant donc pas l’intégrité de la démarche. Alors peut-être est-ce justement car nous n’en attendions pas grande-chose que cet Invisible Man apparaît aussi réussi. Mais peut-être est-ce simplement parce qu’il s’agit bel et bien d’une excellente surprise et donc in fine de l’un des meilleurs films produits par Blumhouse. Et non, ironiquement, celui-là, on ne l’a pas vu venir…

Invisible-Man

Invisible evil

La première qualité de Invisible Man est de se détacher de son modèle et donc de l’histoire imaginée par H.G. Wells. Oui l’homme invisible en question est aussi un scientifique et oui il s’appelle également Griffin mais c’est à peu près tout. Leigh Whannel ayant préféré s’approprier le mythe pour en livrer une interprétation plus intimiste et personnelle mais aussi plus actuelle dans sa façon de venir se greffer à une dynamique cruellement d’actualité, en plein débat post-MeToo. Car ici, l’homme invisible est avant tout un type violent. Un cinglé qui prend plaisir à maltraiter sa femme, aussi bien physiquement que mentalement, afin de totalement la soumettre. La première scène du film, qui voit Elisabeth Moss s’échapper de l’impressionnante demeure de son malade mental de fiancé annonce la couleur. D’où cette dimension beaucoup plus confidentielle et donc au final viscérale que dans la version de Paul Verhoeven par exemple. Le seul point qui peut être sujet à une petite déception concerne la folie de l’homme invisible. Une folie qui, auparavant, semblait naître de ce pouvoir fraîchement acquis mais qui, chez Whannel, était déjà présente depuis bien longtemps.

Cache-cache

Dans le premier rôle, à nouveau remarquable de justesse, solide et charismatique, Elisabeth Moss joue une femme battue qui tente de survivre. Tout d’abord face à un homme de chair et de sang puis face à une menace invisible dont la teneur ne fait pourtant aucun doute à ses yeux. Une menace à l’origine du cauchemar que la jeune femme va vivre, elle qui se retrouve projetée dans une spirale malsaine de plus en plus inextricable. Une montée en puissance parfaitement agencée par le réalisateur, qui prend son temps, s’emménageant de vrais moments de suspense grâce à des mouvements de caméra astucieux et diablement efficaces, avant de vraiment sauter à pied joints dans une horreur du coup terriblement palpable et franchement efficace. Il faut ainsi souligner que Invisible Man contient des séquences extrêmement réussies. Même les quelques jump scares s’avèrent parfaitement maîtrisés. Et si on pourra regretter l’aspect un peu attendu de la véritable fin, toute la partie qui la précède démontre brillamment de la capacité du métrage à non seulement faire flipper mais aussi à complètement s’approprier les codes de cette histoire maintes fois exploitée pour nous offrir un spectacle visuellement hyper inventif mais aussi percutant à plus d’un titre.

Intelligent, Invisible Man l’est assurément. Y compris quand il se joue de nos attentes pour nous prendre par surprise, honorant ainsi son cahier des charges en se payant le luxe de nous offrir du bonus. Généreux, Leigh Whannel a pleinement réussi son pari et au fond, grâce à l’angoisse qu’il parvient à distiller, à sa mise en scène pleine de bon sens et d’audace, et à ses comédiens, son film se pose sans problème comme l’un des meilleurs consacrés au célèbre et insaisissable personnage.

En Bref…

Plus de bandelettes et de lunettes de soleil pour ce nouvel homme invisible, qui s’impose avec flamboyance grâce à l’intelligence de sa mise en scène et de son écriture. Surprenant, y compris dans son traitement du mythe de H.G. Wells, porté par la toujours solide Elisabeth Moss, fonceur et malin, cet étonnant film d’épouvante est ainsi beaucoup moins mineur que prévu. Une authentique bonne surprise, pleine d’énergie et d’audace qui sait également aborder un sujet important et donc miser sur un double-discours, à l’instar de certains classiques de l’horreur des années 70/80.

@ Gilles Rolland

The-Invisible-Man-Elisabeth-Moss
Crédits photos : Universal Pictures France
Par Gilles Rolland le 28 février 2020

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