[Critique] IT COMES AT NIGHT

CRITIQUES | 22 juin 2017 | Aucun commentaire
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Titre original : It Comes At Night

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Trey Edwards Shults
Distribution : Joel Edgerton, Carmen Ejogo, Kelvin Harrison Jr., Riley Keough, Christopher Abbott…
Genre : Horreur/Drame
Date de sortie : 21 juin 2017

Le Pitch :
Un virus mortel a semble-t-il décimé une grande partie de la population mondiale. Depuis ce cataclysme, Paul, Sarah et Travis vivent reclus dans leur maison, à l’orée de la forêt, redoublant de prudence pour ne pas faire se faire contaminer et pour se protéger des éventuels rôdeurs. Un jour, un homme pénètre dans leur demeure…

La Critique de It Comes At Night :

Si on se demande souvent comment certains films peuvent être privés d’une sortie en salle, l’inverse est beaucoup plus rare. Ce qui, dans le cas de It Comes At Night, une petite production portée par un réalisateur inconnu au bataillon, est une excellente nouvelle, tant nous avons ici affaire à quelque chose d’atypique. Ce qui ne signifie pas que ce film d’horreur à petit budget s’avère extrêmement original, mais plutôt qu’il va à l’encontre d’à peu près tous les gros gimmicks chers à l’épouvante moderne…

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Infectés

Précédé d’une promo des plus mystérieuses, It Comes At Night est un film d’infectés. Un sous-genre qui a connu quelques fulgurances mais qui reste plutôt rare, se confondant parfois avec le film de zombie comme par exemple avec 28 Jours plus tard, de Danny Boyle.
Nous voici donc dans la forêt, aux côtés de Joel Edgerton, Carmen Ejogo et Kelvin Harrison Jr. des acteur qui campent des personnages qui ne savent pas grand chose de ce qui a pu se produire pour en arriver à cette situation dramatique. Le monde semble être tombé suite à l’attaque surprise d’un agent pathogène particulièrement agressif. Nous comme eux, n’avons pas toutes les clés pour saisir les tenants et les aboutissants de la chose. Trey Edwards Shults, le réalisateur, préférant nous immerger dans le quotidien de ces survivants sans chercher à expliquer à tout prix le pourquoi du comment. Le mystère n’en est que plus grand, tout comme l’inquiétude de voir débarquer à tout moment quelqu’un ou quelque chose.

Derrière la porte rouge

Garant d’un solide savoir-faire dans la construction d’une tension croissante responsable d’une peur sourde, le cinéaste économise ses effets mais prend soin, notamment à travers les cauchemars du personnage de Kelvin Harrison Jr, de nous gratifier de quelques scènes graphiques bien dégueulasses, qui viennent se télescoper avec les craintes qui pèsent sur cette famille menacée par un mal rodant aux alentours mais qui ne montre jamais son visage. À l’heure des jump scares, It Comes At Night repose sur un parti-pris particulièrement risqué. Un parti-pris qui s’avère néanmoins payant tant le film est immersif et parvient à nous communiquer très efficacement les angoisses à la source de sa mécanique plus savante qu’il n’y paraît.
On pourrait peut-être juste lui reprocher d’être un peu trop nébuleux. Une ou deux pistes pour vraiment comprendre n’auraient pas été de trop mais on comprend aussi la volonté du réalisateur ainsi que ses velléités. Lui ce qui l’intéresse, c’est de livrer un discours politique sur la peur de l’autre, parfaitement raccord avec des questions d’actualité. Comme Romero ou Tobe Hooper avant lui, Shults utilise l’horreur pour faire dans la critique sociétale. C’est un peu maladroit mais ça fonctionne et It Comes At Night de faire figure d’œuvre remarquablement actuelle dans l’Amérique d’aujourd’hui qui est pilotée par un homme qui a fait de la peur de l’autre un de ses chevaux de bataille.

Œuvre graphique

Cela dit, c’est bien sur un plan visuel que It Comes At Night se démarque avec le plus de flamboyance et d’assurance. Véritable tableau de maître, il témoigne du talent d’un réalisateur garant d’une vraie vision, qui réussit à livrer un film très soigné mais jamais outrecuidant ou trop démonstratif. Faisant de la maison dans laquelle les personnages survivent une sorte de labyrinthe dans un autre labyrinthe (la forêt), il exacerbe la peur, joue sur des mécanismes simples qu’il sublime et touche au vif à plusieurs reprises en donnant du corps à une épouvante viscérale du plus bel effet. Une impression renforcée par un casting implacable, emmené par un Joel Edgerton toujours aussi intense, lui qui est remarquablement épaulé par l’impeccable Carmen Ejogo ou encore la troublante Riley Keough, pour ne citer qu’eux…

En Bref…
Visuellement très efficace, tendu et garant d’une horreur viscérale, It Comes At Night porte en lui un discours politique et social qui, si il n’a pas l’efficacité espérée et rend le scénario un peu nébuleux, contribue à la construction d’une tension remarquable. En somme, voici le parfait antidote à des productions opportunistes qui n’ont rien de spécial à offrir que des frissons en carton. Ici, c’est du costaud.

@ Gilles Rolland

It-comes-at-night-Edgerton  Crédits photos : Mars Films

Par Gilles Rolland le 22 juin 2017

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