[Critique] J. EDGAR

CRITIQUES | 22 janvier 2012 | Aucun commentaire

Titre original : J. Edgar

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur :  Clint Eastwood
Distribution : Leonardo DiCaprio, Naomi Watts, Armie Hammer, Josh Lucas, Judi Dench, Josh Hamilton, Geoffrey Pierson, Cheryl Lawson, Dermot Mulroney, Lea Thompson, Gunner Wright, Dylan Burns, Jeffrey Donovan…
Genre : Biopic
Date de sortie : 11 janvier 2012

Le Pitch :
La vie et l’œuvre de John Edgar Hoover, directeur du FBI de 1935 à 1972. Son accession au pouvoir, ses manigances et sa vie privée et publique, ou comment pénétrer les arcanes du pouvoir américain, à travers le prisme de l’un des grands puissants du XXème siècle.

La Critique :
L’évidence saute aux yeux sans même avoir vu le film. Qui d’autre que le légendaire Clint pouvait prétendre brosser à l’écran le portrait de J. Edgar Hoover, l’une des figures mythiques de l’histoire américaine ? Lui même profondément inscrit dans la chronologie de son pays, au travers de son œuvre, Eastwood a largement contribué, d’abord en tant qu’acteur, puis comme cinéaste, à raconter l’Amérique. Son amour des grandes figures et sa rigueur faisaient de lui l’homme de la situation. Le résultat finit de convaincre, même si la direction empruntée peut, par moment, surprendre.

J. Edgar est un film long. Trop long diront certains à juste titre. Une longueur accentuée par une volonté d’étoffer au maximum le propos. Très documenté, le long-métrage s’attarde, traine, est souvent austère et, il faut bien le dire, piétine régulièrement. Le pire étant l’impression que Clint ne souhaite pas s’attarder sur les évènements qu’il serait légitime de juger importants, à l’instar de la mort de JFK, expédiée en trois coups de cuillère à pot.
Eastwood préfère étudier l’homme, quitte à rendre brouillonnes ses actions ou à prendre des raccourcis hasardeux, qui ne font que semer un peu plus le spectateur. C’est Hoover le centre du sujet et moins, comme on aurait pu le penser, l’évolution de tout un pays. C’est dommage car il aurait été intéressant de confronter un peu plus le directeur du FBI à certains évènements majeurs de son époque.
Un choix contestable pourtant rattrapé par l’approche de l’homosexualité d’Hoover. Une inclinaison sexuelle profondément refoulée, prétexte à quelques-unes des scènes les plus intenses du film. Le traitement d’Eastwood surprend, lui qui se traine depuis ses débuts une image de réactionnaire. Il prend son monde à revers, filme avec pudeur la honte d’un homme en combat perpétuel contre lui-même. Et c’est là que J. Edgar est le plus intéressant : dans sa faculté à sonder la condition d’un homme de pouvoir complexé et conscient de l’influence perfide de sa célébrité (et dont les actes sont irrémédiablement influencés par ce caractère instable). Du coup, ces scènes où le petit garçon peu sûr de lui et tragiquement seul prend le dessus sur le personnage public, sont beaucoup plus intéressantes que toutes les autres. Même si forcément, les deux facettes sont intimement liées.

Malgré cela, J. Edgar est bel et bien un film passionnant. Jamais soporifique, Eastwood arrive à captiver malgré les défauts cités plus haut. Son film fascine. Pour sa beauté plastique notamment, grâce à une superbe photographie qui souligne le non moins superbe travail de reconstitution. L’immersion est totale du début à la fin.
Les acteurs ne sont bien évidemment pas étranger à cette fascination. DiCaprio est une nouvelle fois stupéfiant. Qu’il soit naturel ou couvert de prothèses (pour un vieillissement bluffant), l’acteur fait preuve d’une maturité parfois terrifiante. Tête brulée au génie probant, DiCaprio embrasse la carcasse de Hoover avec une conviction qui force l’admiration. Son aura habite la pellicule et son charisme donne du corps à un personnage ambigu et complexe.
Naomi Watts est elle aussi stupéfiante. Stupéfiante de retenue et de discrétion, elle bouffe néanmoins littéralement l’écran à chacune de ses apparitions dans un rôle pourtant ingrat. Enfin, il convient de saluer la performance parfaite d’Armie Hammer. L’acteur, remarqué dans The Social Network est lui aussi impeccable, en bras droit et souffre douleur, habitant une personnalité de l’ombre aux rôle multiples, à cheval entre le privé et le public.

Une escouade de comédiens entourée de solides seconds rôles, qui habitent ensemble l’œuvre d’un réalisateur admirable. Admirable, car si J. Edgar n’est pas exempt de défauts, il démontre d’une ambition intacte. Avec J. Edgar, Eastwood continue de nourrir une filmographie complexe. Son dernier film est classique. Et si ce classicisme peut rebuter, il cache toujours l’esprit d’un franc tireur. Un artiste toujours en pleine possession de ses moyens qui continue de tenter des choses nouvelles. Au risque de décevoir on est d’accord. Pourtant, film après film, malgré les critiques, Clint perdure et imprime de sa patte unique le moindre plan de son œuvre. Avec intelligence et cohérence.

@ Gilles Rolland

 

Par Gilles Rolland le 22 janvier 2012

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