[Critique] JIM ET ANDY

CRITIQUES | 23 novembre 2017 | 1 commentaire
Jim-et-Andy-poster

Titre original : Jim & Andy : The Great Beyond – Featuring A Very Special, Contractually Obligated Mention of Tony Clifton

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis/Canada
Réalisateur : Chris Smith
Distribution : Jim Carrey, Andy Kaufman, Milos Forman, Danny De Vito, Paul Giamatti, Courtney Love, Judd Hirsch, George Shapiro, Tony Clifton, Michael Stipe…
Genre : Documentaire
Date de sortie : 17 novembre 2017

Le Pitch :
Jim Carrey revient sur sa performance dans le rôle d’Andy Kaufman dans le film Man On The Moon , de Milos Forman. L’occasion pour lui d’également évoquer son parcours depuis ses débuts en tant que comique de scène et de parler de son métier et de sa place dans l’industrie du cinéma, la société, le monde…

La Critique de Jim et Andy :

Fin 1999 : le film Man On The Moon, réalisé par Milos Forman, le fameux metteur en scène d’Amadeus et de Vol au-dessus d’un nid de coucou, sort aux États-Unis. Centré sur la vie et l’œuvre du comique de génie Andy Kaufman, une personnalité très controversée, le film vaudra notamment un Golden Globe à Jim Carrey ainsi qu’un MTV Award (qu’il viendra chercher déguisé en Jim Morrison). Carrey justement, à l’époque, vient d’apparaître dans Truman Show, de Peter Weir et prouvé au monde qu’il pouvait largement sortir du cadre de la comédie, avec une aisance folle. Man On The Moon cependant, si il n’est donc pas le premier drame que l’acteur inscrit dans sa filmographie, tient une place centrale dans sa carrière. Un long-métrage qui a demandé un investissement inimaginable de la part du comédien qui ne s’est pas contenté de jouer un rôle. Tous les jours, dès l’instant où il montait dans la voiture censée l’amener sur le plateau, peut-être même avant, jusqu’au moment de se coucher, il était Andy Kaufman. Kaufman ou son alter-ego l’ignoble Tony Clifton. C’est précisément cela que raconte Jim et Andy, le documentaire incontournable de Chris Smith…

Jim-&-Andy-Jim-Carrey

Le grand au-delà

C’est face caméra, le visage dévoré par une impressionnante barbe, qu’un Jim Carrey très sobre prend place au début du film. Le but étant de discuter avec lui de la façon dont il a entrepris de jouer Andy Kaufman dans le biopic tourné par Forman à la fin des années 90, mais aussi d’aborder sa carrière et sa vision du métier de comédien.
Depuis quelques années, Jim Carrey a cessé de rire. Donnant déjà volontiers, et ce de manière régulière, dans le drame, au fil de films qui ont fait date, l’acteur a décidé de se faire plus rare au début des années 2010. Ici, il apparaît très concerné, lunaire, mélancolique quand il s’agit d’évoquer son passé et en particulier son regretté père, disparu peu de temps après la sortie de The Mask. Quand il raconte le tournage de Man On The Moon, Carrey explique qu’Andy Kaufman est « revenu » pour tourner son propre film. Pour narrer sa propre histoire. Des propos que le documentaire illustre grâce à des images tournées à l’époque par Bob Zmuda, l’alter ego d’Andy Kaufman et Lynne Margulies, la petite-amie du comique, tous les deux ayant participé au biopic à l’instar de nombreux autres intervenants qui y jouent leur propre rôle. On peut donc voir Jim Carrey brutalement s’effacer au profit de Kaufman qui déboulait sur le plateau tous les matins, sans jamais laisser la place à Carrey. Bien sûr, si on fait preuve d’un peu de cynisme, la démarche de l’acteur peut paraître abusée. Après tout, les américains sont connus pour leurs méthodes plutôt hardcore qui consistent à perdre ou à gagner des kilos pour un rôle et non pas l’interpréter mais plutôt devenir le personnage. Mais ici, c’est encore autre chose. On navigue dans des sphères autrement plus perchées. Sur le plateau, en dehors des prises, Kaufman ne redevenait pas Carrey. Quand quelqu’un allait saluer Carrey, en lançant un « Salut Jim ! », ce dernier lui répondait « Tu veux dire Andy ? », allant même jusqu’à critiquer Carrey et sa propension à vouloir à tout prix se faire aimer de tout le monde en permanence. Troublés, les partenaires de jeu de l’acteur comme Paul Giamatti et Danny De Vito, ou encore le réalisateur Milos Forman, ont fini par accepter cet état de fait. Carrey raconte d’ailleurs qu’un jour, Forman l’a appelé en lui disant qu’il ne supportait plus le comportement de Kaufman sur le plateau. Carrey lui demanda alors si il voulait que Jim revienne, avant de se voir répondre par Forman que non, Kaufman pouvait rester. Une expérience éreintante à plus d’un titre pour tous, mais aussi inoubliable tant la tentative de reproduction de la réalité que fut ce long-métrage ne cessa de se télescoper avec la réalité même, pour au final devenir bien autre chose qu’un simple tournage.

Derrière les rires

Chef-d’œuvre incontournable, Man On The Moon ne s’est pas fait dans la facilité et la décontraction. Ce qui est bien entendu dû au sujet lui-même, Andy Kaufman, un artiste unique en son genre, à la personnalité débordante et joyeusement envahissante, qui a redéfini à lui seul les contours de la comédie, sans cesser d’aller toujours plus loin pour outrepasser les limites. Celles du bon goût, de l’outrance et toutes les autres par la même occasion. Jim & Andy fait donc le parallèle entre les débuts de Kaufman et ceux de Carrey, dans le show de Johnny Carson notamment, alors que Carrey exprime son admiration et sa fascination pour Kaufman, auquel il a souhaité payer un vibrant tribut en lui laissant occuper le temps du tournage, son corps, louant ses talents pour s’exprimer une ultime fois devant un public médusé et semer le trouble, jusqu’au bout… Rarement un film, aussi ambitieux soit-il, n’a autant brouillé les pistes entre le réel et la fiction, la vérité et le mensonge. Comme Andy Kaufman lui-même au temps de sa gloire. Le documentaire pour sa part, raconte mais respecte aussi la même dynamique, en cela que si il a pénétré les coulisses du métrage et décortique la méthode Carrey de bien des façons, n’entend pas non plus répondre à toutes les questions. Chris Smith, le réalisateur en poste, se sert des images tournées par Bob Zmuda et Lynne Margulies pour appuyer les propos de Jim Carrey mais pour en quelque sorte également offrir un parfait complément à Man On The Moon, 18 ans après sa sortie, avec une sincérité bouleversante, qui fait écho à celle dont Carrey fait preuve.
Sans filtre, ce dernier se livre sur sa célébrité, revient sur les ambitions du jeune comique plein de rêves qu’il fut, et disserte avec une honnêteté désarmante sur sa condition de star hollywoodienne et son statut d’acteur ayant enchaîné les succès jusqu’à toucher le toit du monde…
On s’aperçoit alors, même si on le savait déjà, à quel point Jim Carrey est génial. À quel point il est humain et à quel point sa vie comme son œuvre, découle de tout un tas de choses qui au final trouvent une cohérence dont peu peuvent probablement se targuer à ce niveau.
Traversé de moments hallucinants, truffé d’anecdotes folles, émouvant et drôle, Jim & Andy est indispensable car en plus de rendre une nouvelle fois hommage au génie d’Andy Kaufman, il met aussi en lumière le talent et le caractère profondément complexe de celui qui, le temps d’un film, lui a permis de revenir sous les projecteurs faire son numéro. Cette superstar qui nous a fait tant rire et qui aujourd’hui, sans ambages, sans faire semblant, dévoile une facette de sa personnalité qui ne fait que le rendre un peu plus fascinant et passionnant.

Pas vraiment prévu au départ pour jouer Andy Kaufman (Milos Forman ne voulait pas, entre autres raisons), Jim Carrey a tourné lui-même son audition, reproduisant des sketches de Kaufman au Saturday Night Live. À la vue de ses vidéos, Bob Zmuda n’en crut pas ses yeux. Sur l’écran, Andy n’était pas Andy. C’était Jim. Edward Norton et Nicolas Cage, initialement prévus, n’étaient plus envisageables. Les ressemblances, physiques forcément, mais pas seulement, entre Jim Carrey et Andy Kaufman, étaient trop nombreuses. Ce que le documentaire se charge de souligner. À ce stade, il convient d’ailleurs peut-être de davantage parler de possession…

En Bref…
Andy et Jim est un documentaire absolument indispensable. Un objet filmique aussi étrange que fascinant, sur Andy Kaufman, sur Jim Carrey, sur le fait de jouer un rôle ou devenir quelqu’un d’autre, sur la dévotion et l’ambition. Sur la passion aussi et la folie, qui guette tous ceux qui franchissent à de trop nombreuses reprises les limites. Au-delà des rires, Jim et Andy lève le voile sur un génie finalement méconnu qui n’a cessé de flirter avec ces dites-limites. Incontournable !

@ Gilles Rolland

Jim-&-Andy  Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 23 novembre 2017

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