[CRITIQUE] LA MALÉDICTION : L’ORIGINE

CRITIQUES | 12 avril 2024 | Aucun commentaire
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Titre original : The First Omen

Rating: ★★★☆☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Arkasha Stevenson

Distribution : Nell Tiger Free, Sonia Braga, Ralph Ineson, Bill Nighy…

Genre : Horreur/Épouvante/Préquel

Durée : 1h59

Date de sortie : 10 avril 2024

Le Pitch :

En 1971 à Rome, la jeune Margaret s’apprête à entrer dans les Ordres. Alors qu’elle prend ses marques dans son couvent, elle ne tarde pas à se rapprocher d’une fillette que tout le monde semble éviter. Elle découvre alors, au fil de plusieurs événements étranges, que les sœurs préparent l’arrivée de l’Antéchrist…

La Critique de La Malédiction : L’Origine

Préquel du premier film de la saga La Malédiction, réalisé en 1976 par Richard Donner, qui est à juste titre considéré comme un film culte, aux côtés de L’Exorciste et Rosemary’s Baby (pour rester dans la même thématique), La Malédiction : L’Origine n’a donc rien à voir avec le remake affreux (mais pas dans le bon sens) de John Moore, sorti en 2006. Un long métrage plutôt surprenant (dans le bon sens cette fois-ci), dont le seul véritable défaut, et il est quand même énorme, est d’exister. Explications, sans spoilers…

Il était une fois Damien

Le lancement de ce curieux projet avait de quoi laisser dubitatif. Comment raconter les origines de La Malédiction sans parler de Damien, le fils du Diable, qui pour rappel, naît au début du film de 1976 et grandit dans les deux suites avant de disparaître du dernier volet, l’obscur téléfilm de 1991 que tout le monde a oublié ? En cela ce préquel s’intéresse donc, non pas à Damien, mais à sa mère. Un peu à son père aussi…

Le problème, comme souligné plus haut, c’est donc que ce film ait été mis en route, on s’en doute, juste pour capitaliser sur une franchise culte. Et si le résultat est, comme nous allons le voir, plutôt convaincant, la seule raison d’être de La Malédiction : L’Origine est d’exister pour tenter de nous vendre une histoire un peu étrange, qui évoque Rosemary’s Baby tout en tentant de raccrocher les wagons avec le premier épisode. Une démarche pour le moins bancale qui néanmoins, débouche sur un long métrage qui, il faut bien le reconnaître, parvient à s’imposer avec un peu plus d’intensité que la majorité des projets opportunistes du même genre.

Faux-semblants au couvent

La Malédiction : L’Origine se déroule donc à Rome, dans un couvent. Premier film d’Arkasha Stevenson, il fait tout de suite preuve d’un certain soin quand il s’agit de reproduire le grain d’image des films d’antan, afin par la suite de venir se greffer plutôt habilement à La Malédiction premier du nom. Les décors sont soignés, les costumes aussi, les éclairages sont travaillés et finalement, sur un plan purement visuel, ce nouvel opus fait excellente figure.

Dommage que le compositeur Mark Korven, à force de vouloir nous balancer des effets tonitruants pour nous forcer à avoir peur, ait oublié d’écrire des mélodies dignes de ce nom (rappelons que pour le premier film, Jerry Goldsmith avait tout de même tricoté une partition beaucoup plus convaincante).

Il convient aussi de saluer la prestation de Nell Tiger Free qui ne démérite jamais, y compris quand elle doit vraiment donner de sa personne. Dans la mesure, alors que son rôle était bien casse-gueule, la jeune fille découverte dans Game of Thrones s’en sort avec les honneurs, sous la supervision d’un Bill Nighy très discret.

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Bill Nighy dans La Malédiction en pleine crise de foi. Tous droits réservés : Phantom Four/The Walt Disney Company France.

Horreur moderne

La Malédiction : L’Origine fait aussi preuve d’un étonnant sens du jusqu’au-boutisme. Les séquences chocs sont nombreuses et n’hésitent pas à aller loin. Le tout sans avoir recours à des effets faciles comme les jump scares, qui sont peu nombreux et plutôt réussis. Le soucis, c’est qu’on sent que le réalisateur a voulu pomper le style A24 pour faire de son préquel un objet plus arty, que l’on pourrait éventuellement ranger, avec un peu d’indulgence, au rayon « elevated horror ».

La Malédiction : L’Origine est donc plus extrême, plus tendu et plus radical que bien d’autres films du genre mais sa démarche ne sonne pas avec l’authenticité souhaitée. Mais il faut dire que son simple statut de préquel, et son scénario pas vraiment convaincant, même s’il réussit la jonction avec La Malédiction, suffisent à refroidir quelque peu l’enthousiasme.

Impossible également de ne pas voir dans tous ces passages cauchemardesques, où l’héroïne est assaillie de visions plutôt hardcore, une tentative là encore de noyer le poisson. Surtout qu’au final, le film en fait un peu trop. Paradoxalement, alors qu’il essaye de s’élever au-dessus de la masse, il ne parvient jamais à vraiment trouver le même équilibre que son modèle ou que les références du genre.

Et ce n’est pas la fin, qui semble vouloir développer une saga dans la saga, qui nous incite à penser le contraire. Une fin symptomatique d’une incapacité à correctement doser. Doser les effets, doser les retournements de situations, doser les références au premier film… Tout compte fait, ici comme souvent, le problème est surtout relatif à un dosage hasardeux.

En Bref…

Certes plutôt extrême, possédant un côté indéniablement malsain, graphiquement soigné et porté par l’interprétation ô combien intense de Nell Tiger Free, La Malédiction : L’Origine reste plombé par un scénario prétexte qui ne parvient jamais à justifier son existence. Et s’il est sans aucun doute bien emballé et plutôt incarné, il n’arrive jamais à vraiment transcender sa condition de préquel opportuniste.

@ Gilles Rolland

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Nell Tiger Free, la vraie bonne raison de voir le film. La Malédiction : L’Origine. Tous droits réservés : Phantom Four/The Walt Disney Company France.
Par Gilles Rolland le 12 avril 2024

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