[Critique] LES KAÏRA

CRITIQUES | 6 juin 2012 | Aucun commentaire

Rating: ★★★☆☆
Origine : France
Réalisateur : Franck Gastambide
Distribution : Medi Sadoun, Franck Gastambide, Jib Pocthier, Ramzy Bedia, Alice Belaïdi, Pom Klementieff, Demon One, François Damiens, Izm, Eric Cantona, Elie Semoun, François Levental, Alex Lutz, Armelle, Katsuni, Cut Killer, Doudou Masta…
Genre : Comédie
Date de sortie : 11 juillet 2012

Le Pitch :
Moustene, Abdelkrim et Momo sont inséparables depuis une quinzaine d’années. Au chômage, sans copines ni avenir, les trois amis passent leur temps à fantasmer sur des projets qui ne voient jamais le jour, dans leur cité de Melun. Un beau matin, alors qu’ils glandent, Moustene, Abdelkrim et Momo tombent sur une annonce dans un magazine spécialisé dans le cinéma exotique pour adulte, visant à recruter des acteurs pour tourner dans un film X. Ils voient là leur chance de se sortir de leur précarité et du marasme qu’est devenu leur vie. Commence alors une incroyable aventure, entre Paris et Melun…

La Critique :
Je n’ai jamais vu une seule image de la série Kaïra Shopping, qui popularisa le trio Sadoun/Gastambide/Pocthier. Pour moi, Kaïra Shopping rimait surtout avec les publicités Pepsi qui mettaient en scène les trois larrons et Éric Cantona. Aucune raison d’attendre avec impatience un film que je ne serais probablement pas allé voir si Gaumont n’avait pas organisé une avant-première en présence des Kaïra et de François Damiens, qui reste l’un des européens les plus drôles du moment.

Résultat des courses, pas de François Damiens, mais Ramzy, qui joue dans le film. Déception et amertume assortis du pressentiment tenace que l’heure et demi qui s’annonce risque de paraître interminable. Parce que bon, soyons sérieux deux secondes. Trois mecs qui compilent à eux seuls tous les clichés inhérents à la banlieue, une escouade de guest stars (Elie Semoun, Ramzy, Cantona…) et une bande-annonce pas du tout engageante, on fait mieux comme formule gagnante.

Quelle surprise donc de se marrer dès le début ! Rire franchement devant des gags souvent bien gras et vulgaires et se dire que tout compte fait, le film ne sera pas la catastrophe tant redoutée. On rit au début, mais aussi à la fin et au milieu. Incroyable non ? Ben en fait, pas tant que ça.

Les Kaïra n’est certes pas la comédie de l’année. Loin de là, même si les vannes risquent d’avoir raison à une ou deux reprises des zygomatiques les plus tenaces. Ce qui fait toute la différence, c’est le talent avec lequel l’acteur/réalisateur/scénariste Franck Gastambide emballe son film.

Ses personnages sont, ô surprise, relativement attachants. Attachants dans leur bêtise et dans leur faculté à cumuler les catastrophes. Leur vie est en ruine et leur ambition stagne six pieds sous terre. Le scénario place ces loosers dans des situations proches de celles dans lesquelles ont pu parfois se retrouver les héros des comédies américaines des Frères Farrelly ou de Judd Apatow. Pour preuve, la séquence clé du « sanglier » ou encore celle du sex shop. Une manœuvre maligne qui permet aux Kaïra de sortir de la banlieue et ainsi d’éviter de se contenter de parodier les classiques du genre comme La Haine. Des scènes réussies qui donnent de la substance à un script assez mince mais efficace. Téléphoné, le film de Gastambide préfère enfiler les sketchs et se concentrer sur la bonne tenue de ces derniers, plutôt que de rendre cohérent l’ensemble. Ce qui en ressort est plus qu’à son tour brouillon, mais surprend par sa capacité à toujours rebondir.

Les Kaïra ont plus d’un tour dans leur sac et cela même lorsque le long-métrage tente l’exercice casse-gueule du mélo dans la comédie. Un travers observable dans nombre de films français, qui d’un coup, laissent la gaudriole de côté pour se la jouer romantique, grave ou carrément dramatique. Les Kaïra tente sa chance et là encore, prend à revers. Certes, les pianos larmoyants, tout à coup juxtaposés aux beats d’un rap qui régalera les amateurs, ont de quoi déconcerter, mais la sincérité de l’écriture et le jeu des acteurs sauvent la sauce. Que ce soit le face à face langoureux d’un mec et de la nana qu’il kiffe depuis toujours où encore le final qui convoque le grandiose d’un orchestre philharmonique (en exagérant à peine). C’est assez maladroit mais si on fait la comparaison avec des trucs infâmes comme Camping, Les Kaïra remporte la main avec mention. Malgré tout le film n’évite pas tout le temps le syndrome Plus belle la vie

Crétin, foutraque (avec de superbes plans de la banlieue vue du ciel certainement soutirés à France 3 Infos), super vulgaire, parfois abstrait (pour ceux qui ne maitrisent pas le jargon) et furieusement con, Les Kaïra réussit là où beaucoup ont échoué. Grâce à ses trois interprètes, véritables piliers du métrage, à certains de ses guests, François Damiens en tête, une nouvelle fois hilarant dans un rôle conforme à l’image de François l’Embrouille et à un sens comique rythmé et parfois redoutable. Les Kaïra rappelle en ce sens Dikkenek, c’est dire le niveau. Avec un supplément de cœur, ce qui au fond, même si là n’est pas le principal, est plutôt appréciable. Notamment au travers d’un message sincère sur la condition de ses banlieusards, souvent réduits aux colonnes des faits divers. Comme quoi, le rire est peut-être la solution…

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Mandarin Cinéma – Gaumont

Par Gilles Rolland le 6 juin 2012

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