[Critique] LES MILLER, UNE FAMILLE EN HERBE

CRITIQUES | 17 septembre 2013 | 1 commentaire
Les-Miller-une-famille-en-herbe-affiche

Titre original : We’re the Millers

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Rawson Marshall Thurber
Distribution : Jennifer Aniston, Jason Sudeikis, Emma Roberts, Will Poulter, Ed Helms, Nick Offerman, Kathryn Hahn, Molly C. Quinn, Tomer Sisley, Thomas Lennon, Mark L. Young, Matthew Willig, Luis Guzmán…
Genre : Comédie
Date de sortie : 18 septembre 2013

Le Pitch :
David, un dealer à la petite semaine, se voit forcé par son boss de ramener du Mexique une grosse quantité de marijuana. Afin de passer inaperçu à la frontière, il embauche sa voisine stripteaseuse, son voisin et une jeune fille un peu paumée, et crée les Miller, soit la typique petite famille américaine, parfaite pour se fondre dans la masse. Cependant, malgré toutes les précautions de David , le périple va prendre une tournure pour le moins explosive…

La Critique :
À voir l’affiche et les forces en présence, Les Miller avait tout de la comédie américaine basique. Ni trop drôle, ni trop plombante, et en aucun cas mémorable. À l’arrivée, après presque deux heures de mésaventures sur la route avec ces joyeux drilles, un constat inattendu s’impose : Les Miller est une très bonne comédie. Non seulement on rigole, mais on rigole beaucoup. Et à intervalles réguliers en plus ! Excellente surprise fidèle aux promesses d’une bande-annonce pourtant riche, le film se paye le luxe de surprendre. Car tout n’est pas dans le trailer. De nombreux gags très efficaces explosent sans prévenir et la tournure que prennent les choses au fil des minutes débouche sur un trip bien plus excitant que prévu et donc, fatalement, plus mémorable qu’on ne l’aurait pensé en premier lieu.

Un indice aurait pu nous mettre sur la piste et nous laisser penser que Les Miller avait le potentiel de nous en mettre plein la vue. Cet indice tient en trois mots : Rawson Marshall Thurber. Un nom à coucher dehors pour un réalisateur discret, qui rentra dans la cour des grands il y a de cela quelques années avec une petite bombe à fragmentations : Dodgeball, le film à la gloire du ballon prisonnier, avec Vince Vaughn et Ben Stiller. Un petit monument de gaudriole décomplexé qui trahissait le bagout d’un cinéaste gentiment tourné vers une provocation fédératrice de rires en cascade.
Revoici donc Thurber avec un road movie à priori sans prétention, aux faux airs de comédie familiale sur fond de thriller au goût prononcé de marijuana.

Si Les Miller est si drôle c’est qu’il repose sur un savant mélange de dialogues redoutablement rythmés et un poil référentiels (si vous voulez de la référence qui fait plaisir, restez jusqu’à la fin) et de situations farfelues mais néanmoins suffisamment ancrées dans le réel pour faire mouche. Le véritable « exploit » est d’être parvenu à tirer partie des forces combinées de ces personnages diamétralement opposés mais pourtant contraints de mener à bien une mission à hauts risques.
Sorte de buddy movie x 2 (vu qu’ils sont quatre), Les Miller exploite la moindre caractéristique de ses protagonistes pour tisser une intrigue au dénouement certes téléphoné, mais louable dans sa faculté à ne jamais perdre son objectif de vue. Cet objectif est bien évidemment de mettre à rude épreuve vos muscles faciaux.
L’important ici n’est pas la destination, mais la façon dont se déroule le voyage. On sait très bien, vu qu’on n’est pas chez Tarantino non plus, que les Miller ne vont pas se faire dessouder dans une gargote mexicaine sordide par des dealers défoncés au crack. Dans ce genre d’histoire, le champ d’action est limité. Thurber le sait et nous aussi. Jamais le réalisateur ne prend son public pour une bande de buses. Lui, ce qui l’intéresse (et nous aussi), c’est comment Les Miller vont se dépatouiller avec les événements qui vont jalonner leur périple. Comment vont-ils arriver à passer outre l’animosité qui règne entre-eux au début, et comment vont-ils se défaire des dealers qui sont à leurs trousses. Là, le film fait le job, rien de moins.
L’autre gros point fort du long-métrage est sa faculté à offrir à ses comédiens suffisamment de liberté pour livrer des performances plus qu’honnêtes. Jennifer Aniston la première qui joue le contre-emploi en incarnant une stripteaseuse. Ce n’est certes pas la première fois que l’ex-Friends tente le rebrousse-poil par le biais d’un jeu hyper-sexué (voir le fadasse Comment tuer mon boss ?), mais c’est par contre la première fois qu’elle y parvient. Sans trop prendre de risques quand même, Jennifer Aniston trouve sa place dans la famille Miller et apporte sa pierre à l’édifice. N’ayons pas peur des mots : Les Miller est l’un de ses meilleurs films. L’actrice profite de la belle dynamique de groupe et tire son épingle du jeu. Car en effet, le truc ici, c’est que c’est le groupe qui l’emporte, pas un acteur en particulier. Emma Roberts, insupportable dans Scream 4, prouve qu’elle en a finalement sous le pied et qu’elle arrive à sortir des ornières du fameux rôle de la post-ado tête à claques en jouant habilement avec les codes en vigueur. Will Poulter aussi en jette. À vrai dire, c’est carrément lui la révélation du lot. En ne cessant de surprendre, par sa faculté à aller et venir dans le registre pourtant limité du puceau un peu benêt, le jeune acteur est l’une des grandes forces du film. Et il y a Jason Sudeikis. Le moteur de l’ensemble. Toujours à sa place, moins étriqué que dans nombre de ses films, il veille au grain et n’est jamais bien loin quand il s’agit de relancer une machine qui grâce lui ne s’essouffle jamais vraiment.
Finalement, seul Tomer Sisley, le bad guy du lot, se démarque pour de mauvaises raisons. Monolithique, il pourrait, pour le coup, apprendre deux ou trois trucs sur le jeu d’acteur de Steven Seagal, pourtant pas connu pour sa capacité à multiplier les expressions faciales.
On n’oubliera pas de louer la fantasque et fougueuse Kathryn Hahn, véritable machine à fou rire infatigable et le « tout en retenue » Nick Offerman, le faux-jumeau de Zack Galifianakis, à la moustache audacieuse.

Qui l’aurait cru ? Les Miller, une famille en herbe est un bon film. Plus que ça : c’est une excellente comédie américaine. De celles que l’on se repasse les jours de pluie pour s’en payer une bonne tranche. Tout à fait conscient des limites imposées par son scénario, le réalisateur a vu juste et ne pète jamais plus haut que son cul. Il n’est pas non plus cynique. Son but, et celui de tous les acteurs du film, est de faire rigoler le public. Et puisqu’on rigole, beaucoup et souvent, on peut dire que le pari est gagné haut la main.

@ Gilles Rolland

les-miller-une-famille-en-herbe-we-re-the-millers-2Crédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 17 septembre 2013

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