[Critique] L’HOMME AUX POINGS DE FER

CRITIQUES | 2 janvier 2013 | Aucun commentaire

Titre original : The Man with the Iron Fists

Rating: ★½☆☆☆
Origine : États-Unis/Chine
Réalisateur : RZA
Distribution : RZA, Lucy Liu, Russell Crowe, David Bautista, Zhu Zhu, Pam Grier, Rick Yune, Daniel Wu, Jamie Chung, Dennis Chang, Gordon Liu…
Genre : Action/Arts-Martiaux/Aventure
Date de sortie : 2 janvier 2013

Le Pitch :
En pleine période féodale, un petit village chinois est la proie de féroces attaques de la part d’un redoutable clan. Un forgeron réputé, un agent du gouvernement et une fine lame s’unissent pour en venir à bout et ainsi rétablir la paix…

La Critique :
Pour son premier film, RZA (co-fondateur du Wu Tang Clan) n’a pas lésiné. Tournage en Chine, présence de pointures au casting, dont Russell Crowe, Lucy Liu, Daniel Wu ou encore la légende Gordon Liu (star de La 36ème Chambre de Shaolin), budget confortable et Corey Yuen à la chorégraphie des combats, rien n’était trop beau pour accompagner l’entrée de RZA dans le monde merveilleux de la mise en scène. Des coudées larges imputables au parrainage de tonton Tarantino, qui produit le film, sans pour autant transmettre quoi que ce soit de son talent à son nouveau poulain.

On le sait, et ce depuis un bail, la présence de pointures à la production ne veut pas dire grand chose. Spielberg a produit Transformers, Sam Raimi a filé du blé pour monter tout un tas de navets pseudo-horrifiques anecdotiques et Wes Craven s’est compromis un nombre incalculable de fois en accolant son nom à des films navrants. Ici, Tarantino ne fait pas mieux. Car certes la démarche est louable, mais le résultat, lui, est loin de convaincre.
À l’instar de Tarantino, RZA, grand admirateur du cinéma d’action asiatique (tout spécialement les films des Shaw Brothers, de Bruce Lee et plus généralement du genre Wuxia), a opté pour un collage ambitieux de plusieurs de ses influences. L’Homme aux poings de fer est donc un grand hommage au cinéma qui a accompagné le réalisateur débutant depuis sa plus tendre enfance et qui, rappelons-le, a aussi contribué à donner naissance à son groupe, le Wu Tang Clan, lui-même vecteur de nombreux clins d’œil à cet univers super dense.
Les amateurs de bastons câblées apprécieront peut-être, mais rien n’est sûr tant le premier long-métrage de RZA fait surtout office de gros bordel à ciel ouvert, pas spécialement séduisant et stimulant dans sa façon de faire passer une abondance d’images et d’effets pour autant d’idées de mise en scène.
Manquant cruellement d’inspiration quand il s’agit de mettre en image le scénario qu’il a écrit avec Eli Roth, RZA fait preuve d’un manque de maturité flagrant, tout spécialement si on s’intéresse au découpage de son film, parfois relativement scandaleux. Les scènes se succèdent, les flots de sang aussi et l’indifférence pointe le bout de son nez. Au final, on se fout un peu de ce qu’il adviendra de personnages de toutes façon tellement mal croqués, qu’ils en deviennent tôt ou tard tous antipathiques (à divers degrés certes mais quand même).
Il n’y a qu’à voir Russell Crowe et sa bedaine volontaire passer la première moitié du film à se pavaner en compagnie de trois prostitués chinoises, avec l’air de se foutre royalement de ce qui peut bien se passer à côté, pour comprendre que si RZA a pris la chose avec un sérieux de toute façon indéniable, c’est certainement loin d’être le cas de tous les membres de l’équipage.
Lucy Liu nous ressort le même numéro que dans Kill Bill, le catcheur David Bautista (aka Batista) à l’air de bien s’amuser à se changer en grosse barrique plaquée or et RZA tente de nous faire croire à un personnage pseudo-mystique, soi-disant inspiré du regretté chanteur Isaac Hayes, tellement caricatural qu’il en devient comique.

Et vas-y que je t’empile les références même pas déguisées, pour en mettre plein la vue. Un coup d’Opération Dragon par ci, un autre de Kill Bill par là, une large rasade de bastons homériques entre des types qui voltigent dans tous les sens sans que la caméra ne soit capable de rendre justice aux chorégraphies et hop, voilà un beau bordel bien criard, bancal à souhait et plutôt vulgaire.

Plein de bonnes intentions super mal canalisées, L’Homme aux poings de fer ne tient jamais debout, n’est jamais drôle, ou alors involontairement, jamais cool non plus, malgré ses nombreuses postures censées lui conférer un cachet grindhouse funky, et bien entendu jamais à la hauteur des réalisations de Tarantino, dont il s’inspire sans jamais chercher à s’en cacher. L’ombre du maitre plane en permanence. Toujours pour nous rappeler que le type qui se cache derrière la caméra a beau avoir toutes les cartes en main, il ne sait pas quoi en faire et finit par saloper le boulot.
À sa décharge, il faut tout de même souligner l’indigence d’un scénario un peu con, qui, de toute façon, ne pouvait pas décemment déboucher sur un film digne de ce nom.

Au final, la principale qualité du film de RZA est de mettre un peu plus en évidence le talent de Tarantino. En jouant ouvertement sur ses terres, RZA s’est brulé les ailes, même si, encore une fois, il faut lui reconnaître le cran d’avoir essayé avec une fougue indéniable. C’est déjà ça…

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Universal Pictures International France

Par Gilles Rolland le 2 janvier 2013

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