[Critique] LIVE BY NIGHT

CRITIQUES | 19 janvier 2017 | Aucun commentaire
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Titre origine : Live By Night

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Ben Affleck
Distribution : Ben Affleck, Chris Messina, Zoe Saldana, Sienna Miller, Elle Fanning, Chris Cooper, Brendan Gleeson, Anthony Michael Hall, Scott Eastwood…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 18 janvier 2017

Le Pitch :
Boston, dans les années 20 : la Prohibition bât son plein mais l’alcool coule à flots dans les tripots. Fils d’un haut gradé de la police, Joe Coughlin est passé depuis bien longtemps de l’autre côté de la loi. Au point d’attirer l’attention des deux caïds rivaux qui ont fait des rues de la ville leur terrain de bataille. Pris entre deux feux, Joe va essayer de tirer son épingle du jeu et va miser gros…

La Critique de Live By Night :

Dennis Lehane, le romancier qui a écrit Ils vivent la nuit, a déjà été adapté au cinéma. Par Clint Eastwood, avec Mystic River et par Martin Scorsese, avec Shutter Island. Pour autant, de son propre aveu, c’est avec Ben Affleck qu’il a réussi à créer une vraie complicité. Et ce depuis qu’Affleck, voici maintenant une dizaine d’années, a décidé de se lancer dans la mise en scène en portant à l’écran Gone Baby Gone, un best-seller de Lehane. L’écrivain estime Affleck, le pur bostonnien, qui le lui rend bien. Pas étonnant alors que Lehane pense que Gone Baby Gone soit justement le meilleur film tiré de l’un de ses bouquins. Malgré Eastwood. Malgré Scorsese. C’est Ben Affleck qui a visiblement su comprendre l’essence même de l’univers du romancier. Affleck qui est justement revenu vers lui pour adapter un autre de ses livres…

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Boston Empire

C’est fort d’un Oscar (meilleur film pour Argo), d’un César (meilleur film étranger pour Argo), de deux Bafta (meilleur film et meilleur réalisateur pour Argo) et de deux Golden Globes (meilleur film et meilleur réalisateur pour Argo) que Ben Affleck a attaqué la mise en chantier de son quatrième long-métrage. Fini l’acteur repenti qui cherche dans la mise en scène ce que l’acting ne lui offre pas. Aujourd’hui, les rôles dans les films à la ramasse et les unes des tabloïds sont loin. Le cinéma américain a appris à compter sur ce self made man accompli, qui a su prouver encore une fois, comme il avait pu le faire avec son pote Matt Damon à ses débuts, qu’on était décidément jamais mieux servi que par soi-même. Personne ne lui proposait le genre de personnage qu’il souhaitait jouer ? Il s’est mis au boulot et est devenu réalisateur. Un bon réalisateur. Très bon même. Dès son premier film. Le deuxième, puis le troisième ont cartonné et propulsé Affleck à l’étage au-dessus. Là où le respect est de mise et où personne ne se moque plus en vous regardant de haut. Sa réussite présente, Ben Affleck ne la doit qu’à lui.
Avec Live By Night, il nous propose ainsi une immersion à l’époque de la Prohibition, dans sa ville de cœur, Boston, et nous prouve au passage qu’il continue, consciemment ou non, à marcher dans les traces de Clint Eastwood.
Live By Night, plus que ses livraisons précédentes, va en effet dans ce sens et démontre le goût d’Affleck pour un académisme très respectueux et pétri d’une classe qui se fait de plus en plus rare dans le cinéma d’aujourd’hui. Ses références, Affleck est allé les chercher du côté des grands classiques. De ces classiques du film de gangster et du romantisme. Sans chercher à s’en cacher, il renoue avec une verve oubliée et délicieusement désuète et y parvient avec les honneurs.
Épaulé par Robert Richardson, un chef opérateur justement versé dans ce style précis (il a bossé sur Aviator, Inglourious Basterds…) qui lui offre la possibilité de donner du corps ses ambitions, Affleck construit une ambiance qui nous est familière (on pense bien sûr à Boardwalk Empire) mais en s’appropriant les thématiques du récit pour les inscrire dans la continuité de son œuvre. Affleck parvient ainsi à se démarquer. Live By Night est bien son film. Il adapte Lehane mais s’inscrit dans une logique à lui. Par rapport à Gone Baby Gone, The Town et même Argo, dans une moindre mesure.

Chevalier Blanc

Au scénario, devant et derrière la caméra, Ben Affleck porte Live By Night sur ses épaules encore largement marquées par les séances de cross-fit de Batman vs Superman. Solide à tout point de vue, il fait montre d’une ambition folle, parfaitement maîtrisée. La reconstitution qu’il nous offre est spectaculaire. Que l’on parle des bas-fonds de Boston ou des quartiers chauds de Miami. On y est, pas de doute  Visuellement, Live By Night fait le maximum et il le fait bien. La mise en scène du réalisateur étant en plus remarquable de pertinence, dans les moments intimes, où l’émotion jaillit parfois sans prévenir, mais aussi dans l’action, abondante, à l’image de ces fusillades vraiment intenses, traversées par des éclairs de violence sourde.
Devant l’objectif, Affleck est un meneur d’homme. En blanc la plupart du temps, il incarne une certaine idée du gangster à l’ancienne, dont chaque geste est soumis à un code d’honneur qu’il est parfois le seul à suivre. Séducteur, son rôle va dans le sens de la démarche du metteur en scène et sait évoluer pour gagner en épaisseur. Il répond à cette volonté d’y aller franco avec le souffle romanesque. Ailleurs, beaucoup d’éléments auraient pu faire office de clichés mais pas ici. Ici, ils font partie d’un tout. D’une œuvre qui ne se réclame pas d’une quelconque originalité mais dont le but est avant tout de payer un tribut à un âge d’or pas si lointain et de faire les choses correctement.
Quand il nous cause des relations complexes entre un père et son fils, d’un couple uni par un amour impossible ou de rédemption, Affleck arrive toucher au vif. Le plus fort étant que son film dessine en filigrane une cartographie de l’Amérique, et plus largement, du monde d’aujourd’hui. Le racisme est abordé, comme la construction de ce pays sujet à tant de fantasmes.
Live By Night est un authentique et sincère polar romantique à l’ancienne, mais c’est aussi un film sur notre société. Peut-être le dernier de l’ère Obama ou le premier de l’ère Trump c’est selon. Ben Affleck a extirpé du roman de Dennis Lehane l’essence même de thématiques universelles, qui en disent bien plus qu’elles ne peuvent le laisser paraître au premier abord. Franchement, c’est brillant.

Quatre à la suite !

On passera alors sur le début, peut-être un peu laborieux, car après l’introduction, quand l’histoire se met en place, Live By Night avance bille en tête pour ne plus jamais faire de surplace. Soutenu par une kyrielle d’excellents comédiens, qui plus est dirigés à la perfection, ce long-métrage surprend et émeut. Galvanise et donne à réfléchir. Au détour d’une réplique du génial Chris Messina, il peut même faire rire. L’étincelle qui se transforme en flamme dans les yeux de Zoe Saldana, à nouveau impeccable, la fragilité touchante de Chris Cooper, la verve de Sienna Miller, l’étonnante maturité limite flippante d’Elle Fanning et l’aplomb d’Affleck dont les fêlures transparaissent et contribuent à faire de ce rôle l’un de ses meilleurs…  Live By Night est un grand film. Comme cette fin, parfaite, mesurée, réfléchie et lourde de sens. Comme cette ultime réplique qui reste en tête, et colle la chair de poule. Balèze !

En Bref…
D’une classe folle, Live By Night ravive les braises d’un âge d’or auquel Affleck rend hommage tout en prenant bien soin de continuer à tracer sa route. Fluide, rythmé, racé, sexy, violent et passionnant, voici un long-métrage qui fait plaisir. Aussi généreux que personnel, il s’avère ambitieux et éloquent et confirme, même si au fond, c’était parfaitement inutile, à quel point Ben Affleck est doué avec une caméra entre les mains.

@ Gilles Rolland

Live-by-night-chris-cooper-ben-affleck  Crédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 19 janvier 2017

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