[Critique] HOW I LIVE NOW (MAINTENANT C’EST MA VIE)

CRITIQUES | 14 mars 2014 | Aucun commentaire
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Titre original : How I Live Now

Rating: ★★★☆☆
Origine : Angleterre
Réalisateur : Kevin Macdonald
Distribution : Saoirse Ronan, Tom Holland, George McKay, Harley Bird, Anna Chancellor, Corey Johnson…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 12 mars 2014

Le Pitch :
Elizabeth, ou Daisy comme elle préfère s’appeler, arrive en avion au Royaume-Uni pour visiter ses cousins campagnards, laissant derrière elle sa vie d’américaine anorexique pleine de névroses. Initialement réticente à l’idée d’interagir avec eux, Daisy se montre plus chaleureuse en apprenant que sa mère décédée s’est fait une vie là-bas avant elle. Leur tante diplomate part à Genève pour une conférence urgente, et Daisy connaît les feux de l’amour en compagnie d’Edmond, l’aîné de la famille. Mais la paix de leurs vacances idylliques est soudainement brisée quand une guerre éclate après que Londres soit anéanti par l’explosion d’une bombe nucléaire. La loi martiale est déclarée, l’armée débarque pour séparer les filles des garçons, et Daisy doit élaborer des plans de survie afin de retourner à la ferme de ses cousins par tous les moyens possibles…

La Critique :
Voilà qui devient intéressant. Après avoir passé bien trop longtemps à subir un régime dérisoire d’adaptations de romans pour teenagers, endurant les éloges haletants faits à la satire dystopique datée des Hunger Games et souffrant à travers les morales d’abstinence de Twilight et de ses innombrables déclinaisons, l’effet d’avoir enfin quelque-chose à se mettre sous la dent est celle d’une douche froide. Chapeau à How I Live Now pour aller le plus loin possible, sacrifiant potentiellement son public destiné, pour tenir au moins quelques-unes de ses promesses. On a affaire à un sale petit numéro ici, montrant toutes les dents que ses prédécesseurs n’ont jamais eues et reprenant l’histoire d’ados intrépides qui se débrouillent dans la merde tous seuls contre ces méchants étrangers qui envahissent leur patrie avec plus de tripes que quasiment tout le genre réuni. Les australiens ont Demain, Quand La Guerre a Commencé ; les anglais ont How I Live Now.

Salué par la critique, le roman à succès de Meg Rosoff, est généralement classé sous le label teenager parce qu’il correspond au genre de maintes façons. Son héroïne – une américaine vénère et boudeuse aux piercings de rebelle qui malgré tout insiste pour qu’on l’appelle Daisy – séjourne en Angleterre quand la Troisième Guerre Mondiale éclate et Londres se fait écraser par une bombe nucléaire. Le pays devient un état cruellement militaire, avec l’armée tentant de garder l’ordre et n’engendrant que le carnage et le chaos. Les choses, bien sûr, se gâtent vraiment rapidement, et davantage plus qu’une histoire pour ados typique, où même la présence de monstres surnaturels ne casse jamais complètement la béatitude et les roucoulades amoureuses. Ici, des gens meurent, les cadavres pourrissent et s’empilent, les gamins tuent et se font tuer, et le danger de soldats violeurs rôde dans les parages. La violence est brève mais brutale, et même les chanceux en sortent traumatisés.

Hélas, il faut se méfier, parce que tous les souhaits ne sont pas toujours souhaitables, et même le plus coriace des repas nécessite un régime équilibré. Quoi que l’on puisse dire sur les aventures de Bella Swan ou de Katnis, au moins elles savaient qui viser et avaient un but à atteindre. How I Live Now est une affaire curieusement dépourvue d’orientation, marchant d’un pas lourd à travers beaucoup de menaces et de misères. Et le film a beau essayer, les éléments pour ados (des jeunes femmes domptées par des beaux gosses costauds avec de gros muscles et de jolis cheveux, des regards rêveurs saisis en slow-motion) ne s’en vont jamais pour de bon. Comme avec l’action entre vampires et loups-garous dans la série Twilight, le film est en guerre contre lui-même, pris dans une bataille rageuse entre l’amour naïf et un sombre réalisme.

C’est le côté réaliste et oppressant qui domine, heureusement. Disons que le partage est plutôt 60-40 que fifty-fifty. Beaucoup d’amourettes à l’eau de rose embourbent la première moitié, où Daisy débarque des States pour passer l’été avec ses cousins. Elle est froide envers tout le monde, quoique un peu moins dans le cas de l’aîné, Edmond (un George McKay omniprésent) et sa belle gueule d’ange. Heureusement, c’est un cousin assez éloigné (oui, on parle d’un film où l’histoire d’amour passionnée se passe entre cousins).

Au début, ils ignorent l’horreur autour d’eux, même quand, dans la scène la plus glaçante du film, la capitale mord la poussière hors-champ et que la campagne ensoleillée voit toute sa couleur et sa lumière aspirées de l’écran, pour être remplacées par une retombée de cendres évoquant toutes les âmes perdues dans l’explosion, avant que la pluie ne vienne tout nettoyer après. Nos amants se réconfortent dans des montages sur-éclairées accompagnés par la musique de Nick Drake, murmurant à l’oreille des vaches alors que le maquillage vénère de Daisy s’efface symboliquement. Mais le bon temps ne peut pas durer, et How I Live Now a le mérite de pousser le bouchon et d’inclure du sexe et beaucoup de gros mots.

Et puis il y a Saoirse Ronan, une des jeunes actrices les plus éminemment regardables à l’écran en ce moment. Ronan a un don pour s’aventurer vers des projets intéressants qui marchent souvent en sa faveur, puisqu’elle finit par être la présence la plus intéressante dans les débâcles qui ont tendance à s’ensuivre. Luttant vaillamment avec un accent américain dans le sillage d’une ouverture punk-rock, elle enchaîne avec des degrés variants de maussade-attitude, affichant un dédain impoli qui reste cohérent, malgré tout. Par accident ou par intention, le scénario à trois auteurs a rendu son personnage farouchement antipathique dans une tentative débile de modérer le monologue interne du bouquin en fragments de phrases chuchotées en voix-off pour expliquer l’insécurité du personnage. Même lorsque l’aspect survival s’empare du récit, Daisy ne cherche toujours pas à être aimée, allant même jusqu’à gueuler sur une fillette en pleine forêt simplement parce que sa voix devient insupportable.

Comme beaucoup de corvées post-apocalyptiques, How I Live Now passe un peu trop de sa deuxième moitié sur une route répétitive vers l’inévitable, attendant que les choses aillent de mal en pis. L’atmosphère troublante d’anticipation qui hante le film comme un nuage, pèse sur l’ensemble dès le début, bricolant son futur sinistre en arrière-plan et insinuant les petits détails d’une Angleterre lourdement militarisée à travers des aperçus de points de contrôle et du terrorisme à la télé. La guerre est observée à distance, puisque la préoccupation n’est pas de la comprendre, mais d’y survivre. L’inspiration ici est clairement Les Fils de L’Homme, mettant en scène une poursuite déguenillée à travers la fin du monde, mais le réalisateur Kevin Macdonald n’est pas l’homme de spectacle magistral qu’est Alfonso Cuarón, et ne cherche pas à l’être. Le style documentaire qu’il avait apporté au Dernier Roi d’Ecosse refuse les compromis et permet au film de garder les pieds sur terre. Et quand vient le moment où les garçons sont séparés des filles, on a l’affreux sentiment qu’ils ne seront jamais plus réunis.

Mais ça ne dure que quelques secondes. L’étiquette teenager est là pour nous rassurer : même si les choses ne sont pas parfaites, nos héros ne seront jamais sans espoir. How I Live Now est plus ténébreux que l’on pourrait le penser, et c’est admirable. Mais il est évident qu’un filet de rattrapage est prêt à nous sauver de la chute libre.

@ Daniel Rawnsley

how-i-live-now-castingCrédits photos : UGC Distribution

Par Gilles Rolland le 14 mars 2014

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